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La mort d’André Tubeuf, écrivain et musicographe

logo de Le Monde Le Monde 27/07/2021 Pierre Gervasoni

Entré en musique par le biais du disque avant de devenir une référence de la critique musicale, professeur de philosophie, il s’était illustré dans de nombreux textes, de la simple notice à la biographie documentée. Il est décédé le 26 juillet, à l’âge de 90 ans.

Normalien, agrégé de philosophie, l’écrivain et musicographe André Tubeuf, qui est mort le 26 juillet, à l’âge de 90 ans à Paris, était « entré » en musique par le biais du disque avant de devenir une référence de la critique musicale, en marge de ses activités d’enseignant. Brillant esprit, oreille subtile et plume de qualité supérieure, il s’est illustré dans de nombreux textes, de la simple notice à la biographie documentée, comme un précieux guide d’écoute. En particulier pour tout ce qui touchait à la voix.

André Tubeuf naît le 18 décembre 1930 à Smyrne (aujourd’hui Izmir), en Turquie, où son père, ingénieur des travaux publics, participe à la construction de chemins de fer. Sa mère, née dans l’île de Crète et fille du consul de France à Salonique, élargit l’horizon oriental de la famille. Au milieu des années 1930, celle-ci se fixe à Zonguldak, ville minière sur les rives de la mer Noire, où le jeune André fréquente une école dirigée par des franciscaines avant de poursuivre ses études au lycée français d’Istanbul.

Au printemps 1941, les Tubeuf quittent la Turquie pour séjourner quelques mois en Syrie (à Alep, une ville dans laquelle le collégien se sent plus proche de la culture française) puis, jusqu’à la fin de la guerre, à Beyrouth (Liban). Les disques (entre autres, des enregistrements de représentations à la Comédie-Française) permettent à André Tubeuf de découvrir l’univers du théâtre et de s’imprégner d’une langue (celle de Racine ou de Corneille) qu’il maniera plus tard avec une dextérité de maître.

Formation en autodidacte

Fin 1946, il entre en khâgne au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Le théâtre l’attire toujours autant (notamment celui de Jean Giraudoux défendu par Louis Jouvet) mais la musique commence à résonner en lui, par l’entremise des émissions de radio, qu’il écoute, en douce, pendant les cours de latin grâce au poste à galène que lui a bricolé l’un de ses deux frères. Ces écarts d’attention scolaire ne l’empêchent pas d’entrer, en 1950, à l’Ecole normale supérieure, situation qui lui octroie davantage de liberté – et de finances – pour aller au concert, voire à l’Opéra, sans toutefois renoncer à la formation en autodidacte par voie discographique. Si André Tubeuf est impressionné par les œuvres (principalement de Bach et de Beethoven), il l’est tout autant par les interprètes, pianistes (Wilhelm Kempff, Artur Schnabel, Dinu Lipatti) ou violonistes (Yehudi Menuhin, Fritz Busch).

A cette époque, il se prend de passion pour le chant, « pas pour le plaisir des turlututus » précisera-t-il, en 2016, au cours d’une série d’entretiens avec Lionel Esparza diffusés sur France Musique, mais parce que « le chant était le seul instrument » qu’il pouvait pratiquer.

Reçu à l’agrégation de philosophie en 1954, André Tubeuf est nommé à Nancy, puis, en 1957, à Strasbourg, ville dont il deviendra vite un des grands animateurs culturels et dans laquelle sa maison sera un lieu de passage obligé pour de nombreux artistes de renom. Ces rencontres déboucheront, dans la plupart des cas, sur de savoureux écrits, pour présenter un disque (comme ceux de la mythique collection « Références » publiée par EMI) rédiger un portrait (d’Elisabeth Schwarzkopf à Dietrich Fischer-Dieskau) ou nourrir un essai (L’Offrande musicale, Robert Laffont, 2007).

Dispensés jusqu’en 1992 sans aucune préparation et sans le moindre livre en main, mais en concentrant tout l’intérêt dans la parole, ses cours de philosophie laissèrent suffisamment de temps à ce disciple de Vladimir Jankelevitch pour accepter par deux fois des responsabilités au ministère de la culture (dans le cabinet de Jacques Duhamel en 1972, puis dans celui de Michel Guy, en 1975) et pour s’investir dans la critique musicale, en collaborant à l’hebdomadaire Le Point, à partir de 1976, mais aussi pour des magazines spécialisés tels que L’avant-Scène Opéra, Diapason ou Classica. Et, bien sûr, pour publier une trentaine de livres, dont un Schubert, à paraître en septembre chez Actes Sud. On y retrouvera sans doute l’habileté d’André Tubeuf à mettre des mots sur la musique et celle, plus rare encore, d’en mettre sur l’écoute.

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