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Théâtre, cinéma, musique, expos… Les choix du service culture de «Libé» cette semaine

logo de Liberation Liberation 14/05/2022 SERVICE CULTURE

Cette semaine, nous avons aimé, entre autres, le film en diptyque et les captivants personnages de femmes de Suis-moi, je te fuis et Fuis-moi, je te suis de Kôji Fukada, l’inaltérable révolte de Jean-Pierre Mocky dans les neuf films de sa rétrospective, les poubelles fondues aux formes diablesses de la sculptrice Anita Molinero au Musée d’art moderne de la Ville de Paris et l’entêtant album Tambour Vision de Bertrand Belin. A écouter en observant les oiseaux dans trois livres qui parlent de nos amies les bêtes ailées.

Cinéma

Rétro : Jean-Pierre Mocky, homme d’humains

«Solo» (1969) de Jean-Pierre Mocky. © Fournis par Liberation «Solo» (1969) de Jean-Pierre Mocky.

Le héros mockien est un être traqué, toujours en fuite. L’après 68, dont il aura été sans doute l’un des meilleurs radiographes, lui inspire un chapelet de polars politiques d’une sécheresse étonnante, dans lesquels il reprend du service devant la caméra en solitaire désabusé, notamment dans le génial Solo, inspiré des hard-boiled américains, et dont le désenchantement et la thématique du terrorisme d’extrême gauche font aussi écho au poliziottesco, genre alors en vogue dans l’Italie des années de plomb (de la fin des années 60 à la fin des années 80). Mocky, le dernier des indépendants, aura inventé un cinéma populaire unique en son genre : le sien. La mini-rétrospective de neuf films du cinéaste, actuellement en salles, rappelle la profusion et la variété de son œuvre, allant du polar politique au fantastique. Lire notre article.

Ia Tête contre les murs, les Dragueurs, Un drôle de paroissien, la Cité de l’indicible peur, Solo, le Témoin, Litan : la Cité des spectres verts, A Mort l’arbitre, Agent trouble, en salles en versions restaurées.

«Suis-moi…» et «Fuis-moi…», amants doubles

Un diptyque de Kôji Fukada. © Fournis par Liberation Un diptyque de Kôji Fukada.

On pourrait facilement prendre Tsuji pour un Don Juan. Joli garçon, ce commercial dans une entreprise de jouets batifole au travail avec une jeune collègue un peu naïve sous l’œil tolérant de Naoko, sa régulière. Et puis surgit dans sa vie une troisième femme, pétrifiée d’angoisse, qu’il sauve in extremis après qu’elle eut calé à un passage à niveau. Tout, dans les premières minutes de Suis-moi, je te fuis et Fuis-moi, je te suis, nouveau diptyque du quadra Kôji Fukada, semble désigner Tsuji comme le centre de gravité de la fiction, mais on découvre vite que ce centre se révèle vide, creux. Tout se joue en réalité à la périphérie, à côté de lui. Du côté des femmes. Lire notre article.

Suis-moi, je te fuis et Fuis-moi, je te suis de Kôji Fukada, avec Kaho Tsuchimura, Win Morisaki, Kei Ishibashi… 1 h 49 et 2 h 04. Premier film en salles cette semaine, le second à partir du 18 mai.

Série

«Parlement» : saison 2, amendements adoptés

Xavier Lacaille, Georgia Scalliet et William Nadylam dans l'épisode 9 de la saison 2. © Fournis par Liberation Xavier Lacaille, Georgia Scalliet et William Nadylam dans l'épisode 9 de la saison 2.

Depuis sa première saison, la série créée par Noé Debré a inventé quelque chose dans le paysage de la fiction française, un je-ne-sais-quoi que l’on pensait plutôt attaché aux séries britanniques : mélange d’ironie et de résignation mais avec une pointe survivante d’idéalisme, on est loin de la peinture virtuose d’un univers à la West Wing, mais plutôt dans l’évocation type The Office, volontiers versée dans l’absurde, de la vie de bureau d’une institution ; avec un penchant pour la «romcom» occasionnant son lot de scènes charmantes, comme une leçon de bise à la française (bien en l’air et à côté de la joue comme il se doit) ou une danse solitaire dans un bureau sur de la variété française. Lire notre article.

«Parlement», sur FranceTV Slash, depuis le 9 mai. Reprise de la saison 1 sur France 5 chaque lundi à 21 heures.

«Gaslit», la farce cachée du Watergate

Sean Penn et Julia Roberts dans «Gaslit». © Fournis par Liberation Sean Penn et Julia Roberts dans «Gaslit».

Audacieux à la limite du farcesque, fataliste comme une parabole talmudique relue par les Coen (auxquels on pense souvent), Gaslit est une série de victimes – les femmes éprises de leur conscience, dans l’ombre des hommes de pouvoir qui n’ont jamais eu besoin d’y recourir – et de monstres, de clowns et de pieds nickelés. Mitchell d’abord, attorney general perpétuellement repus de son bon droit au pire (Sean Penn, kiffant), le taré Gordon Liddy (Shea Whigham, formidable) ou Bob Haldeman (Nat Faxon, dégoûtant). C’est par le biais de ces «soldats» dégénérés que s’ourdit l’affaire, lamentable, et notre plaisir à la découverte, ou redécouverte, que les grandes catastrophes de l’histoire sont aussi, souvent, le fait de gros abrutis. Lire notre article.

Gaslit de Robbie Pickering. Huit épisodes sur Starzplay.

«Oussekine», une famille en heurts

Les frères Mohamed et Ben Amar (Tewfik Jallab et Malek Lamraoui) et leur mère Aïcha (Hiam Abbass). © Fournis par Liberation Les frères Mohamed et Ben Amar (Tewfik Jallab et Malek Lamraoui) et leur mère Aïcha (Hiam Abbass).

Un fils, un frère, un ami. Un mélomane, un sportif, un étudiant. Un Algérien, un Arabe, un Français. Voici Malik Oussekine, jeune homme plein de promesses, qui envisageait de devenir prêtre, et dont cette série aurait pu raconter la vie, mais qui est mort d’une sordide et très politique façon. Et Oussekine, l’excellente série d’Antoine Chevrollier sur Disney +, doit nous raconter tout autre chose : l’anéantissement, et ses conséquences, d’un jeune homme sous les coups de trois policiers, en marge d’une nuit de contestation étudiante, en plein Paris. C’était le mois de décembre 1986, la jeunesse était vent debout contre le projet de loi Devaquet, qui envisageait de refonder l’université en une institution moins juste et moins ouverte, et son meurtre a changé pour toujours la trace de Malik dans le monde, et la manière dont le nom d’Oussekine, comme ceux plus tard de Rémi Fraisse ou d’Adama Traoré, sonne à nos oreilles. Un nom devenu, dans sa musique même, celui de l’injustice et du crime d’Etat, indissociable du mot «affaire» qui le précède presque systématiquement. Lire notre article.

Oussekine d’Antoine Chevrollier. Quatre épisodes, sur Disney +.

Expositions

A Saint-Etienne, le design à virage humain

Moulage en mousse de l’habitacle d’une Peugeot 106, du plasticien Laurent Faulon, visible dans l’exposition «Autofiction». © Fournis par Liberation Moulage en mousse de l’habitacle d’une Peugeot 106, du plasticien Laurent Faulon, visible dans l’exposition «Autofiction».

Cette année, la Biennale internationale du design de Saint-Etienne fait sa mue écologique, écoresponsable, soustractive, collective, associative. Et ne s’en porte que mieux. Car, depuis sa création en 1998, la Biennale a balancé entre différentes acceptions du design, se fourvoyant en 2015 avec un thème directeur, le «beau», qui renvoyait à une vision bourgeoise, décorative (et floue) de la discipline, avant de corriger le tir en 2017 avec une édition centrée autour du monde du travail et de ses mutations à travers l’émergence des tiers-lieux. C’est cette veine, plus politique et sociale, que creuse cette douzième occurrence de la Biennale de Saint-Etienne, reportée d’un an à cause de la pandémie de Covid-19 et dont la durée s’étend sur quatre mois, contre un seul pour les précédentes. Lire notre article.

«Bifurcations. 12e Biennale internationale du design» à la Cité du design et dans les autres grands sites d’exposition de la métropole, à Saint-Etienne (42000) jusqu’au 31 juillet. Rens. : www.biennale-design.com

Agence Noor à la BNF : quinze ans saisissant

Dans un centre de désintoxication, à Freetown, au Sierra Leone. © Fournis par Liberation Dans un centre de désintoxication, à Freetown, au Sierra Leone.

Le site de la Bibliothèque nationale de France (BNF) a beau être immense, l’agence Noor n’y dispose que d’une seule salle pour son digest. Objectivement, c’est un peu juste. Cela permet néanmoins de se faire une idée fiable de l’engagement qui fédère les quatorze photographes défilant sous une bannière à consonance arabe («lumière» en VO), cependant que résolument cosmopolite, avec pas moins de onze nationalités représentées. Lire notre article.

«Ce monde qui nous regarde : 15 ans de l’agence Noor», BNF François Mitterrand, galerie des donateurs, 75013, www.bnf.fr, entrée libre, jusqu’au 5 juin.

Anita Molinero et la société de consumation

Anita Molinero, «Ultime caillou», 2009. © Fournis par Liberation Anita Molinero, «Ultime caillou», 2009.

Anita Molinero ne réduit pas la matière en charpie. Elle y tresse des torsades, y forme des plis, y moule des excroissances qui leur prêtent des allures monstrueuses (mais pas féroces). A l’image de cette poubelle sur roulettes, juchée sur des parapets de parpaings, dont la peau fondue est étirée jusqu’à ce que deux cornes lui poussent sur le devant. La plupart des sculptures intègrent d’ailleurs leur propre dispositif de monstration. Ce qu’Anita Molinero tente de digérer ou de prendre en main, à travers eux, c’est la société industrielle, ses enrobages polluants, ses déchets encombrants, son régime de production toxique. Lire notre article.

Anita Molinero, Extrudia, au musée d’Art moderne de Paris (MAM), jusqu’au 24 juillet.

Musiques

Kendrick Lamar, jour de prophète

Kendrick Lamar. © Fournis par Liberation Kendrick Lamar.

Je, tu, il, elle, eux, elles, iel, Kendrick Lamar est un artiste qui sait penser aux autres. On le vérifie plus précisément que jamais sur Mr. Morale & the Big Steppers, son expansif cinquième album, dont l’ininterrompu aller-retour entre la première personne et toutes les autres aboutit en quelque sorte à un nouveau genre de rap, l’ego trip collectif. On se demande d’ailleurs si le Californien avait le choix de faire autrement, lui qui a été canonisé héros culturel et politique de l’Amérique progressiste en trois albums seulement, pour sa plume et son ouverture d’esprit à tous les endroits – de son amour du jazz à sa critique acerbe de la gang culture –, puis achevé d’élever la culture rap vers le panthéon de la respectabilité en recevant le prix Pulitzer musique en 2018 pour DAMN. Lire notre critique.

Kendrick Lamar, Mr. Morale & the Big Steppers (Universal)

Sault, foison d’or

On a pu lire que Air était atmosphérique ; il n’en est rien ; le disque demande une attention de chaque instant pour apprécier et déchiffrer ses enchevêtrements de langages, de cultures, d’époques, et sa narration si sophistiquée. C’est un disque de fusion au sens le plus élevé, et un pas de géant pour la musique de Sault que, décidément, aucune formule creuse d’aucun critique ne saurait claquemurer dans une triviale définition. «I Hear a Symphony», chantaient autrefois les Supremes. Air en impose un écho inattendu et faramineux. Lire notre critique.

Sault, Air (Forever Living Originals)

Bertrand Belin : «J’aime les aplats, les droites, je fais moins d’arabesques»

Bertrand Belin à Paris le 14 avril. © Fournis par Liberation Bertrand Belin à Paris le 14 avril.

«Lorsque j’ai écrit ma première chanson à la fin de l’adolescence, ça revêtait une importance vraiment immense. Je pouvais écouter et réécouter beaucoup mes premières chansons et me dorloter dedans dans un rapport un peu régressif. C’étaient les premières choses dont j’étais l’artisan, je n’avais rien fait avant à part les dessins à l’école et les cadeaux de fête des mères. J’ai 51 ans maintenant, il s’est passé des choses, je pense que le métabolisme n’est pas tout à fait le même. Maintenant, j’ai envie d’avoir des chansons qui me remuent sur scène, parce que j’aime bien danser, c’est quelque chose qui a poussé petit à petit dans ma vie.». On aime le nouvel album de Belin, c’est déjà pas mal, et puis, les semaines passant, on réalise qu’il accompagne notre vie. Ça, c’est plus rare. Rencontre avec Bertrand Belin autour d’une bière sans alcool pour regarder dans le ventre de Tambour Vision. Lire la rencontre.

Bertrand Belin, Tambour Vision (Wagram)

Livres

«Le Droit à la différence» de Maurice Samuels : les noces difficiles de Marianne et Salomon

Portrait de Rachel Félix par Friederike Emile August O’Connell. Maurice Samuels examine le cas de la plus grande tragédienne sous la monarchie de Juillet, qui revendiqua ouvertement sa judéité. © Fournis par Liberation Portrait de Rachel Félix par Friederike Emile August O’Connell. Maurice Samuels examine le cas de la plus grande tragédienne sous la monarchie de Juillet, qui revendiqua ouvertement sa judéité.

Dans le Droit à la différence, le professeur de littérature à Yale montre comment la place des juifs dans la République a permis à celle-ci de forger, modifier ou trahir ses principes, avec des interprétations différentes au fil du temps. Le livre qui date de 2016, a été révisé pour sa traduction. Il est plus que jamais d’actualité : même si l’on y vote à 41 % pour Le Pen et si l’on y est envahi par de misérables discours de guerre civile, qu’ils soient de droite ou de gauche, la France prétend demeurer, non plus la fille aînée de l’Église, mais la mère nourricière de l’universalisme républicain. Lire notre article.

Maurice Samuels Le droit à la différence. L’universalisme français et les juifs, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Cyran, La Découverte, 300 pp., 22 €, (ebook : 14,99 €).

Observations, récits et poèmes : trois livres pour les amoureux des oiseaux

Le naturaliste s’amuse à lister tous ceux qu’il a repérés depuis janvier («bécassine, grive musicienne, merle, pinson, rouge-gorge, bouvreuil…»), au total près d’une soixantaine d’espèces. Sa manière de les décrire les rend parfois aussi «intrigants que les héros d’un drame de HBO», selon un critique britannique. Il y a en effet du detective et du spy novel dans la manière dont il les suit. Ainsi du trafic de nids du troglodyte mâle qui compte piéger un max de femelles. «Le petit coq va ainsi d’une famille à l’autre, voyageur de commerce bigame dans un thriller des années 30.» Contemplations naturalistes chez Henry Beston et John Lewis-Stempel, conversations poétiques pour Marielle Macé, trois livres passionnés de vie volatile. Lire notre article

Harry Beston, la Maison du bout du monde, postface d’Eric Dussert, traduction révisée Corti «Biophilia», 189pp., 19 €.John Lewis-Stempel, la Prairie. La vie privée d’un champ anglais, traduit de l’anglais par Patrick Remaux, illustrations de Sandra Lefrançois, Klincksieck «De Natura Rerum», 253pp., 23,90€.Marielle Macé, Une pluie d’oiseaux, Corti «Biophilia», 383pp., 23€. Louis-Ferdinand Céline, Guerre, édition établie par Pascal Fouché. Gallimard, 188 pp., 19 € (ebook : 13,99 €).

Retrouvez chaque jour dans notre édition papier, les pages culture avec un survol complet des sorties cinéma le mercredi, et des cahiers Images (photographies, BD, séries, jeux vidéos, etc.), Musiques et Livres le week-end. Plus d’actualité culture encore sur le site de Libération et dans notre newsletter quotidienne.

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