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«Elle se sentait suivie»... Au procès du meurtre de Julie Douib, son ex-compagnon nie la préméditation

logo de Le Parisien Le Parisien il y a 1 jour Zoé Lauwereys, envoyée spéciale à Bastia (Haute-Corse)

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France : le procès du féminicide de Julie Douib s'est ouvert à Bastia
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Le procès de Bruno Garcia-Cruciani s’est ouvert ce jeudi à la cour d’assises de Haute-Corse, à Bastia. Renvoyé pour l’assassinat de Julie Douib, la mère de ses deux enfants, le quadragénaire encourt la réclusion à perpétuité.

« Justice pour Julie. » Le visage fin, hâlé de Julie Douib apparaît sur les grilles du palais de justice de Bastia (Haute-Corse). Ce jeudi matin s’est ouvert aux assises le procès de Bruno Garcia-Cruciani, 44 ans, accusé d’avoir abattu à l’Ile-Rousse en mars 2019 Julie Douib, 34 ans, son ex-compagne, la mère de ses deux petits garçons. Un drame inscrit dans un contexte tendu de séparation et de violences conjugales qu’elle dénonçait aux autorités depuis plusieurs années.

La jeune femme aux yeux noisette est devenue bien malgré elle un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes. Durant cinq jours, Bruno Garcia-Cruciani, qui nie la préméditation, est jugé pour l’assassinat de son ex-compagne.

Après 13 ans de vie commune, Bruno Garcia-Cruciani et Julie Douib se séparent fin septembre 2018. Le premier invoque des infidélités de sa compagne. Julie, elle, se plaint de violences physiques et psychologiques qu’elle dénonce depuis plusieurs mois auprès de voisins, amis et même les autorités. Lors de la lecture des faits, la présidente se borne à citer « plusieurs plaintes et mains courantes », certaines déposées par les proches de Julie pour des menaces de mort. Dans la salle d’audience, Lucien et Violette, les parents de la jeune femme, écoutent concentrés l’exposé des faits. Leurs doigts sont noués, unis face au calvaire de leur fille.

Julie Douib semble prendre les choses en main. Dès l’été 2018, la jeune mère de famille consigne des fichiers sur son ordinateur : 37 photos d’elle portant des hématomes, de son téléphone brisé et des enregistrements de « scènes de disputes ».

Durant cinq jours, Bruno Garcia-Cruciani, qui nie la préméditation, est jugé pour l’assassinat de son ex-compagne Julie Douib. AFP/Pascal Pochard-Casabianca © PASCAL POCHARD-CASABIANCA Durant cinq jours, Bruno Garcia-Cruciani, qui nie la préméditation, est jugé pour l’assassinat de son ex-compagne Julie Douib. AFP/Pascal Pochard-Casabianca

En janvier 2019, Bruno Garcia-Cruciani obtient la garde des deux petits garçons, Julie Douib un droit de visite. Mais cette première décision du juge aux affaires familiales ne semble pas altérer l’emprise que l’accusé tentait d’imposer à son ex-compagne. « Elle se sentait suivie. Elle était suivie », témoigne à la barre un enquêteur de la brigade de recherche de Calvi. La veille de son meurtre, la jeune femme se plaint encore lors d’un rendez-vous au cinéma : une nouvelle fois, elle aperçoit son ex rôdant autour de sa résidence dans son Berlingo Citroën blanc. Là où, dans le bâtiment B de la résidence de la Mer, au deuxième étage droite de ce petit immeuble style années 80, Julie Douib s’est installée après la séparation.


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Réfugiée dans un parking

Des témoins diront même avoir vu le quadragénaire « caché dans des buissons » de la résidence. Au point de contraindre Julie à se réfugier par trois fois dans un parking du centre-ville de l’Ile-Rousse. « Elle rentre précipitamment sur le parking de La Poste, elle ne met pas de clignotant, elle tourne brusquement », décrit l’enquêteur qui a analysé la vidéosurveillance.

Le soir même, l’accusé exhibe une arme et son silencieux devant ses enfants, selon leurs témoignages. Le père de famille tire deux coups de feu dans son jardin. Le 3 mars 2019 au matin, Bruno Garcia-Cruciani quitte brusquement son domicile, pour se rendre, dit-il, au stand de tir où il avait ses habitudes jusqu’à l’automne 2018. Il emporte l’arme de poing et le silencieux. Mais, peu après 11 heures, il se présente à la porte de Julie. Un premier tir à bout portant, dans la chambre des enfants. Julie court jusqu’à son balcon. Deux autres coups de feu. Bruno Garcia-Cruciani quitte les lieux.

Dans le petit 3-pièces de la résidence, une voisine suit les traces de sang et trouve Julie Douib allongée sur le dos, grièvement blessée à l’abdomen. « Il m’a tuée », souffle-t-elle avant de s’éteindre quelques minutes plus tard.

Dans le même temps, Bruno Garcia Cruciani se présente à gendarmerie de l’Ile-Rousse, accompagné de son beau-frère et d’un ami. « Amenez-moi à la gendarmerie, j’ai fait une connerie », aurait lancé le suspect à ses proches. Entre ses mains, une boîte à chaussure renferme l’arme et son chargeur. Le silencieux et des cartouches sont restés dans l’appartement.

Dans son historique, «tentative de meurtre», «partir vivre en Thaïlande»

L’accusé avait-il ce matin-là l’intention de s’en prendre à la mère de ses enfants ? C’est en tout cas ce qu’a retenu le juge d’instruction dans son ordonnance de mise en accusation qui le renvoie devant la cour d’assises de Haute-Corse pour assassinat. Lui, nie toute préméditation. Il « n’a jamais contesté qu’il était l’auteur des coups de feu. (…) Il se souvient de deux tirs, mais pas d’autres coups de feu », note le magistrat.

Pourquoi deux jours avant les faits tape-t-il dans un moteur de recherche les mots « peine pour homicide avec arme », « tentative de meurtre » ou « avocat en droit criminel » ? Pourquoi dès février recherche-t-il sur Internet des renseignements pour « partir vivre en Thaïlande » ou s’y « établir » ? Pourquoi fait-il venir sa sœur et son beau-frère depuis Toulon quelques jours avant l’homicide ?

Dans le box, l’accusé confirme qu’il n’avait pas l’intention de tuer son ex-compagne. S’il a sorti son arme chez elle, c’est pour « l’impressionner ». « Vous avez tiré une fois dans la chambre des enfants sans être sûr de l’avoir touchée. Après, sur le balcon, il est possible dites-vous que vous ayez tiré une deuxième fois, vous avez toujours évoqué un trou noir ? » interroge la présidente. Crâne rasé de près, t-shirt noir, Bruno Garcia Cruciani plisse le front et acquiesce. Il encourt la réclusion à perpétuité.

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