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A Lyon, les «étudiants fantômes» s’inquiètent d’un retour à la fac «à l’arrache»

logo de Liberation Liberation 21/01/2021 Maïté Darnault
A Lyon, ce jeudi. Le cortège s'est arrêté quelques minutes devant le Crous où Anas étudiant, s'était immolé le 8 novembre 2019. © Hugo Ribes A Lyon, ce jeudi. Le cortège s'est arrêté quelques minutes devant le Crous où Anas étudiant, s'était immolé le 8 novembre 2019.

Plusieurs centaines de jeunes ont défilé ce jeudi, alertant sur la précarité et l’isolement, alors qu’une minorité d’entre eux doivent faire leur retour dans les amphis lundi 25 janvier.

Difficile de trouver un étudiant de première année dans le regroupement qui se forme vers midi ce jeudi devant la Manufacture des tabacs, dans le VIIIarrondissement de Lyon. Ce site universitaire est le point de départ d’une manifestation contre la précarité étudiante à l’appel d’une intersyndicale menée par Solidaires, l’Unef et le collectif Génération Covid. «Les L1 ont peut-être peur de rater les cours», suggère Alexandra, 19 ans, en deuxième année de licence d’anglais.

Les première année, les plus jeunes de cette cohorte d'«étudiants fantômes», comme ils se surnomment, doivent en théorie faire leur retour sur les bancs des facultés à compter du 25 janvier. Mais cette réouverture annoncée par le Premier ministre, Jean Castex, ne concernera d’abord que les classes de travaux dirigés, qui devront être dispensés en demi-groupes. En déplacement à Paris-Saclay ce jeudi, Emmanuel Macron a annoncé que les étudiants qui le souhaitent pourraient retourner suivre des cours en présentiel un jour par semaine à l’université, en respectant une jauge de 20% des effectifs, valable pour tout le semestre. Il a également annoncé la possibilité de deux repas par jour à 1 euro dans les restaurants universitaires.

«Moi aussi, je veux revenir à la fac pour me sentir moins seule, dit Alexandra. J’ai beaucoup de problèmes d’anxiété et le fait de ne voir ni mes camarades ni les profs n’arrange rien.» Après un premier confinement chez sa mère, à la campagne, avec une connexion Internet aléatoire, elle a préféré rester à Lyon pour le reconfinement, «mais je passe mes journées à ne voir que des murs et un écran d’ordinateur». Alexandra vit dans la résidence universitaire Allix du Crous, dans le Varrondissement de Lyon, où une jeune femme a tenté de se défenestrer le 12 janvier, avant d’être mise hors de danger. Trois jours plus tôt, un étudiant s'était grièvement blessé en sautant du quatrième étage sur le campus de la Doua, à Villeurbanne, dans la métropole de Lyon.

Alexandra en fac d'anglais et Clément en Histoire Géo. Lyon, jeudi 21 Janvier 2021. © Hugo Ribes Alexandra en fac d'anglais et Clément en Histoire Géo. Lyon, jeudi 21 Janvier 2021. Alexandra et son camarade Clément à Lyon, ce jeudi. Photo Hugo Ribes. Item pour Libération

«Personne n’a reçu d’info claire»

Dans la foule de plusieurs centaines de personnes qui marchent en direction du rectorat de Lyon, nombreux sont les slogans à réclamer une réouverture plus large des amphis : «Suicides d’étudiants, l’Etat a du sang sur les mains», «Etudiants confinés, oubliés, massacrés», «Fac fermée, envie d’abandonner». «Il y en a plein qui décrochent, beaucoup sont déprimés même si on essaie de s’entraider, dit Lisa, 21 ans, en master de relations internationales. Le gouvernement doit prendre en compte notre appel à l’aide, on est la génération qui représente le futur.»

Pour l’accueil progressif des première année, «un premier pas, pas suffisant», juge-t-elle, «rien n’a été mis en place clairement, tout se fait à l’arrache». Une des membres du collectif Génération Covid abonde : «Même les présidents d’université ne savent pas encore comment ça va se passer, personne n’a reçu d’info claire.» La difficulté sera de s’adapter à chacun, malgré la solitude décuplée par le «distanciel». Certains étudiants ont quitté Lyon début novembre, résiliant leur bail pour retourner chez leurs parents. D’autres, vivant avec des personnes fragiles ou eux-mêmes à risque, craignent le retour à la fac.

«A budget égal»

Mathias, membre du syndicat étudiant Solidaires et étudiante en Master Urbanisme. Lyon, jeudi 21 Janvier 2021. © Hugo Ribes Mathias, membre du syndicat étudiant Solidaires et étudiante en Master Urbanisme. Lyon, jeudi 21 Janvier 2021. Mathias à Lyon, ce jeudi. Photo Hugo Ribes. Item pour Libération

«Il faut plus de moyens pour nous accueillir dans de bonnes conditions sanitaires», considère Robin, 19 ans, en deuxième année de sciences sociales. Mathias, 22 ans, étudiante en urbanisme, syndiquée à Solidaires, regrette également d'«énormes effets d’annonce» : «Tout est improvisé. Beaucoup de groupes de TD en L1 sont à 40 personnes ; s’il faut des groupes de 10 maximum, soit on fait une sélection, mais qui la fait, comment, soit on fait quatre groupes, il faut alors quatre profs ou payer un prof quatre fois. Le ministère dit aux universités de se débrouiller, mais à budget égal.»

A mi-parcours, les manifestants font «une minute de bruit» suivie d’une ola au pied du siège lyonnais du Crous. C’est devant ce bâtiment qu’Anas K., étudiant de 22 ans, s’était immolé par le feu le 8 novembre 2019. Preuve pour Robin que «la précarité existait avant le Covid et, dit-il, qu’elle existera toujours si rien n’est fait».

Le cortège s'est arrête quelques minutes devant le CROUS de Lyon où Anas étudiant, s'était immolé le 8 novembre 2019. LYON, jeudi 21 Janvier 2021. © Hugo Ribes Le cortège s'est arrête quelques minutes devant le CROUS de Lyon où Anas étudiant, s'était immolé le 8 novembre 2019. LYON, jeudi 21 Janvier 2021. Devant le CROUS de Lyon, ce jeudi. Photo Hugo Ribes pour Libération

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