Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

A Paris, la manifestation propalestinienne tourne à la confusion

logo de Liberation Liberation 15/05/2021 LIBERATION, AFP
Une poubelle brulait lors d'une manifestation pro-palestinienne à Paris dans le quartier de Stalingrad, le 15 mai 2020. © Stéphane Lagoutte Une poubelle brulait lors d'une manifestation pro-palestinienne à Paris dans le quartier de Stalingrad, le 15 mai 2020.

Les autorités craignaient d’importants débordements à Paris, les tensions n’ont été que légères. Entre 2 500 et 3 500 personnes ont pris part à la manifestation interdite en soutien à la cause palestinienne dans la capitale, selon le ministère de l’Intérieur. En début de soirée, la préfecture de police de Paris a indiqué avoir interpellé 44 personnes et un gendarme a été blessé. Un bilan bien moins lourd que ceux des protestations des gilets jaunes ou même des récentes mobilisations contre la loi sécurité globale.

Les premiers accrochages avaient pourtant eu lieu avant même le début «officiel» du rassemblement, alors que des petits groupes de personnes tentaient de rallier Barbès à partir de 14 heures. Les policiers et gendarmes ont effectué des tirs de canons à eau et de grenades lacrymogènes, noyant alors plusieurs rues du quartier sous un nuage de fumée. De très nombreux véhicules des forces de l’ordre avaient pris position autour du quartier en début d’après-midi. Au total, pas moins de 4 200 policiers et gendarmes ont quadrillé le quartier.

En début d’après-midi, une porte-parole de la préfecture de police avait averti sur BFM de la «stratégie claire» mise en place par Didier Lallement : «la dispersion immédiate des personnes qui se rassemblent sur place». Résultat : plusieurs petits groupes de manifestants ont été repoussés dans diverses rues du nord de la capitale, comme en témoignent plusieurs vidéos de journalistes de Libération.

La situation s’est progressivement tendue au fil de l’après-midi. Des grappes de quelques dizaines ou centaines de manifestants, souvent jeunes, se déplaçaient dans les rues du nord du XVIIIe arrondissement et cherchaient à revenir vers Barbès, puis République et Bastille. Mais les forces de l’ordre les repoussaient à nouveau avec de nombreuses grenades lacrymogènes, et ont réalisé des arrestations.

En début de soirée, quelques points chauds subsistaient, vers la porte de Clignancourt, notamment au bout du boulevard Ornano. Les policiers maintenaient la pression sur des petits groupes de personnes, les tirs de lacrymogènes répondant aux quelques jets de projectiles sporadiques au milieu de la circulation des voitures. Un gendarme a été blessé dans ces échauffourées. Après avoir brièvement perdu connaissance, il a été transporté à l’hôpital mais dans un état stable, a appris Libération.

Les organisateurs de la manifestation pro-Palestine avaient décidé de maintenir leur appel à défiler ce samedi à 15 heures à Paris, en dépit l’interdiction confirmée par la justice vendredi soir, qui a rejeté un recours en référé-liberté déposé par les avocats de l’Association des Palestiniens en Ile-de-France. Un recours devant le Conseil d’Etat avait été envisagé, mais n’a finalement pas été déposé.


Vidéo: Paris: nouvelle journée de manifestation contre la loi "sécurité globale" (AFP)

VIDÉO SUIVANTE
VIDÉO SUIVANTE

«Parce que nous refusons de taire notre solidarité avec les Palestiniens, et que l’on ne nous empêchera pas de manifester, nous serons présents (au métro) Barbès» samedi «à 15 heures», a affirmé l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, ainsi qu’une petite trentaine d’autres organisations, telles Attac, l’Action Antifasciste Paris-Banlieue, le Nouveau Parti Anticapitaliste. Les organisateurs entendent défiler «pacifiquement» jusqu’à la place de la République puis celle de la Bastille, a précisé l’un des organisateurs Walid Atallah.

Les commerces du quartier fermés

En amont de la manifestation, la préfecture de police a annoncé samedi matin «un arrêté de fermeture des commerces dans le quartier de Barbès-Rochechouart». Celui-ci est entré en vigueur à partir de 12 heures. «La fermeture des commerces restant ouverts dans le cadre du confinement a pour objectif d’éviter au maximum les dégradations pouvant être commises par des rassemblements violents de personnes qui s’en prendraient à ces commerces et qui pourraient utiliser des éléments de mobilier comme armes par destination contre les forces de l’ordre», explique l’institution en charge de la sécurité dans la capitale dans un communiqué.

De plus, la préfecture de police a prévenu dans un message sur Twitter que «participer à une manifestation interdite fait l’objet d’une verbalisation à hauteur de 135 euros».

L’interdiction de manifester avait été décrétée jeudi soir par le préfet de police de Paris, Didier Lallement, à la demande du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en raison de risques de «graves troubles à l’ordre public constatés en 2014». En juillet 2014, plusieurs manifestations avaient été organisées en France pour dénoncer l’offensive israélienne dans la bande de Gaza. Le 19 juillet notamment, plusieurs milliers de manifestants avaient bravé l’interdiction de manifester à Barbès, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Le rassemblement avait dégénéré rapidement.

«J’ai demandé au préfet de police d’interdire les manifestations de samedi en lien avec les récentes tensions au Proche-Orient», avait tweeté le ministre de l’Intérieur, en référence à la manifestation prévue samedi à 15 heures à Barbès. Ailleurs en France, «consigne a été donnée aux préfets d’être particulièrement vigilants et fermes», avait poursuivi Darmanin. C’est dans ce même quartier que les organisateurs ont prévu de défiler ce samedi.

Vendredi soir, le tribunal administratif a estimé que le contexte «tant international qu’intérieur» ne permettait pas «d’estimer que les risques de troubles graves» ne «seraient pas aussi importants voire supérieurs à ceux avérés en 2014», selon la décision.

Des rassemblements prévus dans de nombreuses villes

Dans un télégramme envoyé à l’ensemble des préfets et consulté par l’AFP, le ministre a rappelé «le précédent du 19 juillet 2014 à Paris». Il a demandé aux préfets de «mobiliser les services de renseignement» pour «assurer le suivi» des rassemblements et «anticiper les risques de débordement». Et de ne pas hésiter à interdire les manifestations si leurs déclarations sont hors délai, représentent un risque de «troubles à l’ordre public» ou ne «respectent pas les règles de l’état d’urgence sanitaire». Il appelle également les préfets à assurer la «protection des lieux de culte, écoles, centres cultures et commerces de la communauté juive».

Dans le reste de l’Hexagone, certaines manifestations ont été interdites ce samedi, comme à Nice. En revanche, des rassemblements statiques ou des manifestations sont autorisés, à Lyon, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nantes, Rennes, Toulouse, Lille, Metz, Strasbourg ou encore Saint-Etienne. Au total, environ 22 000 personnes ont manifesté en soutien aux Palestiniens dans 60 rassemblements samedi en France, selon l’Intérieur.

Depuis lundi, plus de 130 Palestiniens ont été tués dont une quarantaine d’enfants, et des centaines de personnes ont été blessées dans la bande de Gaza, selon un dernier bilan palestinien. En Israël, 9, personnes ont été tuées dont 2 enfants et près de 600 personnes ont été blessées.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon