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A Rennes, les cafés-concerts craignent pour leur survie

logo de Liberation Liberation 29/12/2019 Pierre-Henri Allain
Dans le Vieux-Rennes, en 2014. © MIGUEL MEDINA Dans le Vieux-Rennes, en 2014.

La multiplication des fermetures administratives de petits lieux pour nuisances sonores et le poids financier des exigences de mise aux normes inquiètent un collectif d’acteurs culturels, dans un centre-ville de plus en plus gentrifié.

A l’instar d’autres capitales régionales, Rennes serait-elle en voie de gentrification galopante, avec disparition progressive des lieux alternatifs, hausse des prix de l’immobilier et aménagements urbains aseptisés ? Le dernier coup de gueule d’un collectif de plus d’une cinquantaine d’acteurs culturels de la capitale bretonne pourrait en être un symptôme. Dans une tribune largement diffusée sur les réseaux sociaux, ces derniers s’inquiètent des menaces qui pèsent sur les bistrots et autres cafés-concerts qui ont fait la réputation de l’ex-capitale du rock hexagonal. Des menaces n’ayant d’autres motivations selon eux que d’accueillir et contenter de nouvelles populations, davantage attirées par les appartements de standing et les enseignes de renom que par les arrière-salles où se produisent les jeunes pousses locales.

«Muséification»

«Quand Rennes brandit la démocratie culturelle et se gargarise d’être une "ville rock" pour faire joli dans ses dépliants […], en réalité, elle entreprend un travail méthodique de destruction culturelle et de muséification de son centre-ville», dénonce le collectif, qui met en cause les autorités préfectorales et municipales, ainsi que la multiplication des fermetures administratives de petits lieux pour nuisances sonores ou l’exigence de mises aux normes impossibles à tenir financièrement.

Organisateurs de concerts ou musiciens, les membres du collectif estiment également que «ces endroits font tache dans le processus de gentrification du centre-ville en général et de la place Sainte-Anne en particulier», haut lieu de l’animation rennaise avec ses multiples terrasses et ses maisons à pans de bois qui bordent le récent Centre des congrès. Ils pointent aussi «la concentration de la quasi-totalité des établissements aux mains de quelques entrepreneurs qui spéculent à la hausse», empêchant les initiatives indépendantes ou plus marginales.

Mixité sociale

Un constat que partage Frank Darcel, ex-guitariste du groupe Marquis de Sade et candidat aux prochaines municipales pour qui la réalisation du Centre des congrès, la mise en service de la LGV (ligne à grande vitesse) qui met Rennes à une heure et demie de Paris et la multiplication des projets immobiliers, procèdent du même objectif : «faire venir des gens de Paris qui ont de l’argent».

«La mairie a décidé de sanctuariser le Vieux-Rennes avec comme priorité de faire place nette autour du Centre des congrès en en finissant avec les concerts de rock», écrit-il dans un communiqué, précisant à Libération : «Il faut dégager tout ce qui dérange pour accueillir les Parisiens en manque de calme.»

Au-delà de la question des cafés-concerts, force est de constater que la hausse des prix de l’immobilier (11% sur un an dans le centre) rend plus difficile l’accès au centre-ville. Même si Rennes conserve une politique de mixité sociale volontariste qui permet de contenir ce phénomène. «Nous ne sommes pas Bordeaux, Lille ou Montpellier, observe Laurent Hamon, élu écologiste, mais avec un taux de construction très élevé, les habitants se sentent dépossédés de leur ville.» Pas sûr, en outre, que la récente annonce d’un futur Zénith en périphérie console les mélomanes en mal de petits lieux.

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