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Affaire Preynat-Barbarin : «Grâce à Dieu» sortira-t-il le 20 février ?

logo de Liberation Liberation 15/02/2019 Bernadette Sauvaget
Une personne médite lors d'une messe pour rendre hommage aux victimes abusées sexuellement par le Père Preynat, le 7 novembre 2016 à l'église Saint Luc de Sainte-Foy-les-Lyon © JEFF PACHOUD Une personne médite lors d'une messe pour rendre hommage aux victimes abusées sexuellement par le Père Preynat, le 7 novembre 2016 à l'église Saint Luc de Sainte-Foy-les-Lyon

Le film de François Ozon sur l'affaire Preynat-Barbarin est au cœur d'une bataille judiciaire qui pourrait empêcher sa sortie prochaine.

La sortie de Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon, est tout sauf un long fleuve tranquille. Prévue dans 300 salles le 20 février, elle est désormais suspendue à la décision qui sera rendue lundi, en milieu d’après-midi, par la chambre des référés du tribunal de grande instance de Paris. La défense du père Bernard Preynat, prêtre soupçonné d’avoir abusé de plus de 70 jeunes scouts dans les années 80 et 90 à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône), a, en effet, demandé le report de sa sortie. En cause, selon elle, l’atteinte à la présomption d’innocence de l’abbé, qui n’a toujours pas été jugé (la date du procès n’a pas été fixée). «Le report de la sortie du film équivaudrait à une interdiction», a plaidé, vendredi à l’audience, Me Paul-Albert Iweins, un des avocats de la production. Evoquant une censure qui serait, selon lui, «le véritable motif» de la démarche du prêtre.

La situation, en soi, est inédite. Aucun film, ces dernières décennies, n’a fait l’objet d’une interdiction ou d’un report, hormis les Noces rouges de Claude Chabrol, en 1973. Ce film racontait l’histoire d’un empoisonnement et d’un meurtre commis par un couple d’amants diaboliques dans la Creuse. Par décision administrative, sa sortie avait été décalée de quinze jours, le temps que le procès, en cours, se termine.

Un film centré sur les victimes

Pour ce qui concerne Grâce à Dieu, la bataille se joue entre la liberté d’expression et la présomption d’innocence. «La liberté d’expression, c’est, pour moi, un droit fondamental», a déclaré François Ozon à Libération vendredi. «Elle n’est pas absolue, a rétorqué à l’audience Me Emmanuel Mercinier, un des conseils du prêtre. Elle est enserrée dans des limites comme la diffamation, l’injure ou le respect de la présomption d’innocence.» Pour l’avocat, «l’atteinte à la présomption d’innocence est caractérisée». «Pendant les deux heures quinze du film, le père Preynat est-il présenté comme coupable des faits pour lesquels il est poursuivi judiciairement, mis en examen ou témoin assisté? La réponse est assurément oui», a ajouté MMercinier.

L’affaire est manifestement plus complexe. Si le film de François Ozon raconte bien l’affaire Preynat-Barbarin, le récit se centre du côté des victimes, pour mettre à jour leur itinéraire poignant, souvent peu exploré, et leur prise de parole. Sans caricature, Grâce à Dieu montre comment des hommes atteignant la quarantaine se mobilisent peu à peu pour briser le poids du silence et la loi de lomerta. Bref, ce n’est pas, en tant que tel, l’histoire de l’affaire du prêtre qui, lui, apparaît seulement à trois ou quatre reprises dans le film. «Il ne s’agit pas de donner au spectateur la possibilité de juger Preynat», a défendu, à l’audience, Me Benoît Goulesque-Monaux, l’autre avocat de la production.

Un deuxième référé se tiendra à Lyon lundi

Comme le confirme François Ozon à Libération, la sortie du film était programmée dès le printemps 2018. «Nous pensions que les procès auraient déjà eu lieu, tant celui du cardinal Barbarin que celui du père Preynat», affirme le réalisateur. De fait, le procès de l’archevêque de Lyon et de ses cinq collaborateurs, qui s’est tenu à Lyon début janvier 2019 et dont le délibéré sera rendu le 7 mars, a été déprogrammé à deux reprises. Quant à l’affaire du père Preynat, la procédure judiciaire a pris, elle aussi, du retard. A l’audience, les avocats de la production ont surtout expliqué que les éléments de l’affaire rapportés par le film étaient largement publics. Par ailleurs, l’abbé incriminé avait lui-même reconnu à plusieurs reprises sa culpabilité. Un deuxième référé se tiendra à Lyon lundi: Régine Maire, ancienne collaboratrice du cardinal Barbarin, a demandé que son patronyme soit supprimé du film d’Ozon… 

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