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Aide aux détenus : gros dépit après le hara-kiri du Genepi

logo de Liberation Liberation 04/08/2021 Ludovic Séré, AFP
Centre pénitentiaire de Riom, en janvier 2020. © Albert Facelly Centre pénitentiaire de Riom, en janvier 2020.

Qu’est-ce que le Genepi ?

Créé par les pouvoirs publics à la suite des violentes émeutes qui avaient secoué les prisons, notamment durant l’été 1974, le Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées animait également «hors la prison» de nombreux colloques et campagnes de sensibilisation autour de la question carcérale et de la place de la prison dans la société. Cette association étudiante s’occupait historiquement des détenus en milieu carcéral puis de leurs réinsertions.

Dans les établissements pénitentiaires, des cours ainsi que des activités favorisant l’ouverture culturelle étaient ainsi dispensés par des membres de l’association. En dehors, le Genepi servait à informer le public et à sensibiliser aux problématiques carcérales.

Interrogé en 2008 par Libération, le président de l’association d’alors, Arnaud Philippe, expliquait : «L’association est indifférente au passé pénal des détenus et intervient auprès de tout type de personnes dans la moitié des prisons françaises. Le Genepi travaille en relation avec l’administration pénitentiaire. L’association est apartisane mais pas apolitique et a un devoir de témoignage. Elle prend ainsi position sur les grands thèmes de société qui tournent autour de la question carcérale.»

Pourquoi la dissolution ?

«Nous refusons de faire perdurer une association qui n’a pas été pensée comme un outil de lutte contre l’enfermement et n’a jamais servi l’intérêt des prisonniers et prisonnières», a indiqué le Genepi dans un communiqué, rejetant l’héritage du mouvement. L’association, qui avait changé d’orientation et se revendiquait désormais comme association «féministe et anticarcérale», explique être arrivée au bout de sa logique «abolitionniste». En clair : pas question de continuer à intervenir en prison, même pour alléger la condition des détenus. Ce serait aux yeux des militants rester complices d’un système carcéral produit d’une politique pénale de l’Etat qui n’a jamais envisagé de véritables alternatives à la prison.

«Nous refusons de nous contenter d’une critique réformiste de la taule et de la justice, seule possibilité entendue par l’Etat et discours dominant formulé par le Genepi pendant plus de quarante ans», enfonce la direction actuelle de l’association dans ce texte. Dans les faits, l’Administration pénitentiaire avait rompu ses liens avec l’association en 2018 en ne renouvelant par la convention triannuelle qui lui assurait des subventions.

Quelles sont les réactions ?

Plutôt négatives. Du côté associatif, et notamment chez des anciens militants du Genepi, on considère que peu est toujours mieux que rien. Beaucoup critiquent la «radicalisation» des nouveaux militants ces dernières années et mettent en avant l’utilité de l’association. Collaboratrice au Sénat et se présentant comme une ancienne membre du Genepi, Marion Boulay estime par exemple que dissoudre l’association est «égoïste» et «bourgeois». «C’est nier ce que nous ont répété les détenus toutes ces années, “vous nous faites du bien”, tout simplement.»

«Je reste béate devant tant de bêtise et d’ignorance, notamment sur l’histoire du Genepi et sur celle de la pensée critique et radicale de la prison», surenchère Mathilde Robert, une avocate spécialisée dans le droit des détenus.

Plus largement, il est difficile de trouver des réactions ne serait-ce que compréhensives au sujet de cette dissolution. «Ce n’était pas une asso où des grands anciens gardent la main mais une organisation vivante traversée par son époque mais fidèle à ses valeurs, écrit sur Twitter Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam. Je suis donc triste et désolée et moins pour ceux qui ne pourront pas vivre cette expérience militante confrontée à la réalité qui bouscule, forme et transforme que pour les milliers de détenus qui bénéficiaient de ces moments, de ce lien.»

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