Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Anxiété, fatigue oculaire, prise de poids... Ce que la crise sanitaire fait à notre corps

logo de leJDD leJDD 24/03/2021 Antoine Malo
Le stress, le télétravail ou encore la sédentarité liés à la crise sanitaire et aux confinements ont entraîné des douleurs et une prise de poids, mais aussi une modification du cerveau. © Sipa

Le stress, le télétravail ou encore la sédentarité liés à la crise sanitaire et aux confinements ont entraîné des douleurs et une prise de poids, mais aussi une modification du cerveau.

Stress, anxiété, dépression… C'est sans doute dans les têtes que l'année écoulée a fait le plus de mal. Elle aurait même modifié notre cerveau. Des chercheurs de l'université de Tel-Aviv (Israël) ont constaté par IRM une augmentation du volume de l'amygdale, responsable de la régulation émotionnelle, après l'irruption de la pandémie. Sans doute est-ce le résultat du stress chronique engendré par l'incertitude et l'isolement social. Des expériences chez des souris montrent que ce même stress déclenche la synthèse de cortisol, hormone qui va affecter trois zones cérébrales : l'amygdale, donc ; le cortex cérébral préfrontal, où s'élaborent les tâches cognitives complexes ; et l'hippocampe, région impliquée dans l'apprentissage et la mémoire.

Sommeil, mémoire, agressivité... Le stress aurait modifié notre cerveau

"Le cortisol va accroître le stress oxydant à l'échelle du neurone, ce qui peut altérer ses propriétés et ses fonctions, explique le neurobiologiste Baptiste Libé-Philippot. Les synapses vont aussi se modifier, devenir notamment moins plastiques." Avec comme effet des problèmes de sommeil et de mémoire, une baisse de l'attention, une "sensibilité marquée pour les stimuli négatifs tels que les images violentes", précise-t‑il. L'agressivité et l'anxiété seraient accentuées par la production d'une autre hormone, la neurokinine B, elle aussi générée par le stress associé à l'isolement social. Certaines populations seraient plus sensibles à ces modifications, comme les enfants, dont le cerveau est encore en construction. 

Lire aussi - Covid-19 : "Qu'il y ait une augmentation de la souffrance mentale, c'est absolument indéniable"

Hausse du taux de myopie et fatigue oculaire

"Depuis un an, j'ai observé une accélération de la myopie chez certains enfants et adolescents que je suivais déjà en consultation", affirme l'ophtalmologiste Stéphane Prat. Les conclusions d'une étude chinoise parue en janvier et portant sur 120.000 mineurs suivis depuis 2015 sont d'ailleurs accablantes : en 2020, le taux de myopie a été multiplié par près de quatre chez les enfants de 6 ans (21,5%, contre 5,7%). Deux pistes pour l'expliquer : l'utilisation excessive des écrans et le manque de lumière du jour, nécessaire à la production de dopamine qui aide au développement de la rétine chez les plus jeunes. Chez les adultes, rester le nez sur un ordinateur peut entraîner sécheresse oculaire (les yeux rivés sur un écran clignent jusqu'à deux fois moins souvent) et fatigue visuelle (maux de tête, picotement, douleurs dans les yeux…) "Les écrans de petite taille augmentent les contraintes visuelles d'accommodation en vision de près", souligne aussi Stéphane Prat. Résultat : la presbytie se déclare de plus en plus tôt, parfois dès 25 ans.

Lire aussi - Covid-19 : les enfants, ces oubliés de la pandémie

La crise nous fait grincer des dents

Sous l'effet du stress et d'un mauvais sommeil, le bruxisme (le fait de grincer des dents) touche un nombre croissant d'individus. Selon une étude de l'université de Tel-Aviv menée sur 1.800 Israéliens et Polonais, le bruxisme nocturne a frappé pendant le premier confinement 32% des sujets (contre 17% auparavant), celui de la journée 36% (contre 10%). Touchant majoritairement les femmes et les 35-55 ans, il peut entraîner des douleurs maxillaires, des migraines, voire ébrécher des dents.

Dos : la lombalgie du télétravailleur

Plein le dos du Covid! Selon une enquête Santé publique France, 10,4% des Français ont contracté une lombalgie au cours du premier confinement. Dans un sondage BVA, ils étaient même 90% à se plaindre du dos. Prise de masse grasse, position assise prolongée, mauvaise posture du télétravailleur et perte du tonus musculaire sont à l'origine de ces douleurs qui touchent également les épaules et le rachis cervical. Les articulations du bassin, des genoux et des chevilles souffrent aussi, "surtout en cas de pathologies préexistantes", précise Nicolas Barizien, médecin du sport. Son conseil : "Manger moins et mieux, avoir une activité physique régulière, se doter d'une bonne chaise et d'une bonne souris, se lever toutes les vingt minutes et faire une pause toutes les deux heures." 

Augmentation des risques cardiaques

Anxiété, alimentation grasse, consommation en hausse d'alcool et de tabac… Depuis un an, les ingrédients sont réunis pour augmenter les risques cardiaques. L'université de Toulouse a montré que 63% des 536 sujets étudiés, âgés de 50 à 89 ans, ont présenté une aggravation du risque cardio-vasculaire pendant le premier confinement. Selon l'Inserm, le nombre d'arrêts cardiaques a doublé en Île-de-France entre mars et mai 2020 à cause de la saturation des systèmes de soins ou de l'interruption du suivi médical des patients, conséquences du Covid.

Entre le masque et l'anxiété, la peau étouffe 

Sale temps pour l'épiderme! L'anxiété, encore elle, a fait bondir les maladies comme l'eczéma ou le psoriasis. Selon un sondage auprès de 7.000 sujets entre décembre et février, 40% des personnes atteintes de dermatose ont vu leur pathologie s'aggraver. Avec le Covid est né aussi le fameux "mascné", néologisme englobant boutons et rougeurs après un port prolongé du masque. En septembre, la Société française de dermatologie estimait que cela "n'interdit en rien" de le porter et conseille de bien hydrater son visage et de ne rien appliquer sur les zones irritées.

Les Français ont pris du poids

2,5 kilos. C'est le poids pris en moyenne durant le premier confinement, selon un sondage Ifop de mai 2020. Une étude menée par l'Equipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren) établit, elle, un surplus de 1,8 kilo chez 35% des sujets étudiés. Parmi les causes de cet empâtement, il y a la baisse d'activité physique. "Les 6.000 pas quotidiens recommandés pour rester en forme ont été divisés par deux, souligne Nicolas Barizien, médecin du sport. Ça n'a pas été accompagné d'un plus faible apport énergétique." Au contraire. Une étude internationale parue dans la revue de l'Obesity Society montre une surconsommation de nourriture grasse et sucrée. Sans compter le grignotage pour lutter contre l'ennui et l'effet "proximité du frigo" en télétravail. Ce recours compulsif à la nourriture pourrait aussi se loger dans une partie méconnue de notre cerveau : l'aire tegmentale ventrale. Des études du MIT, relevées par le docteur en neurosciences Sébastien Bohler, ont montré que cette zone était activée en cas de jeûne social et de jeûne alimentaire. Pour compenser le manque des autres, nous nous rabattons sur la nourriture. Point rassurant : à la sortie du premier confinement, les beaux jours ont favorisé la reprise du sport et la perte du poids acquis.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Le Journal du Dimanche.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon