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Castex en campagne à Lille pour le masque obligatoire

logo de Liberation Liberation 03/08/2020 Sheerazad Chekaik-Chaila
Lors de sa visite, Jean Castex s'est rendu dans l'atelier de fabrication de masques de l’usine Résilience à Roubaix. © Aimee THIRION Lors de sa visite, Jean Castex s'est rendu dans l'atelier de fabrication de masques de l’usine Résilience à Roubaix.

En déplacement dans la métropole lilloise, où le masque est devenu obligatoire dans les zones d'affluence, le Premier ministre a visité usines et centres de test pour vanter cette mesure.

«Le Premier ministre arrive ? Vous lui direz que c’est une hérésie de porter le masque en faisant du vélo. Ça ne ventile pas !» Après avoir délivré son message, la cycliste file sur son vélo électrique en direction des gares de Lille, où est attendu le Premier ministre, Jean Castex, qui vient pour parler port du masque et tests de dépistage. Depuis minuit, le masque est devenu obligatoire dans les parcs, les grands marchés de plein air, les rues piétonnes et toutes les zones d’affluence de la Métropole européenne de Lille. La mesure se généralise un peu partout en France, encouragée par le gouvernement. «Il faut que nous comprenions toutes et tous que l’objectif est simple : nous protéger contre ce virus, sans faire arrêter la vie économique et sociale. C’est-à-dire en évitant la perspective d’un reconfinement généralisé», explique le chef du gouvernement devant la presse après une matinée de visite entre déambulation, usine de masques et centre de tests Covid. Après la Mayenne – où le masque doit être porté dans les lieux publics de 69 communes –, Perros-Guirec, Saint-Malo, Biarritz ou encore Orléans, des décisions similaires pourront être prises localement par les préfets «en fonction de l’évolution de l’épidémie dans chaque territoire», a fait savoir le ministère de la Santé vendredi. 

Dans le Nord, classé comme six autres départements en vulnérabilité modérée par Santé publique France, le nombre de cas recensés progresse vite depuis un mois. «La dynamique est très inquiétante et il faut absolument [la] casser», souligne le docteur Patrick Goldstein, chef du pôle de l’urgence et du Samu du Nord au CHU de Lille. La multiplication des tests ne suffit pas à expliquer cette augmentation, assure l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France. Sans parler de seconde vague ni de rebond, les autorités sanitaires conditionnent la population face à une possible reprise de l’épidémie. «Plus que jamais la mobilisation, l’unité de l’ensemble des institutions, l’unité des Françaises et Français sont les meilleurs ingrédients pour faire face à cette crise sanitaire qui n’en finit pas mais que nous vaincrons», insiste le Premier ministre devant la presse, qui a le droit d’écouter sa déclaration officielle mais pas de poser de question. 

«Ambiance de sécurité»

Dans l’hypercentre lillois, des affiches installées ce week-end à l’entrée de certaines rues signalent les endroits où l’absence de masque peut coûter 135 euros d’amende. «On a constaté un relâchement donc on accueille la mesure avec bienveillance», témoigne un représentant des patrons de bars et restaurants installés près de l’Opéra. «Ça donne une ambiance de sécurité», opine Jean Castex, qui était le «monsieur déconfinement» d’Emmanuel Macron avant d’être nommé à Matignon début juillet. En un mois, soucieux d’imprimer sa marque, il a enquillé une vingtaine de déplacements, principalement sur l’insécurité, le covid et la situation économique. Mercredi, il sera de nouveau sur le terrain pour parler «vacances apprenantes», en visitant une colonie. «Je suis opérationnel 24h/24», trompetait le chef du gouvernement dans le Journal du dimanche.

Lille, le 3 août 2020. Déplacement de Jean Castex. Déambulation de Jean Castex à Roubaix. © Aimee THIRION Lille, le 3 août 2020. Déplacement de Jean Castex. Déambulation de Jean Castex à Roubaix. Jean Castex le 3 août à Lille. Photo Aimée Thirion pour Libération

«Où est le Premier ministre ? Où se cache-t-il ? Je vais lui montrer !» René, un retraité agite une facture en l’air, au passage de la délégation officielle sur la Grand-Place de Lille : «Comment voulez-vous que les gens achètent cinquante masques à 40 euros ?» Un conseiller santé du Premier ministre est envoyé à sa rencontre, parle des masques distribués gratuitement, assure que la question est prise en compte par l’exécutif. Jean Castex, lui, poursuit sa déambulation sans entendre. «Il n’y a pas de contestation frontale ? De refus de principe ?» interroge-t-il un peu plus loin, devant d’autres policiers, habitués à patrouiller dans les bus et le métro, où le masque est obligatoire depuis la fin du confinement mi-mai.

Masque sous le menton

«J’ai les larmes aux yeux…» : quelques secondes avant l’arrivée du Premier ministre, une femme frotte son nez après avoir subi un test PCR à l’Institut Pasteur, où un centre de dépistage du Covid-19 a été installé. A l’ouverture début avril, seuls les professionnels de santé venaient s’y faire tester. Quatre mois plus tard, la demande explose. Le personnel du laboratoire Synlab y reçoit ceux «qui ont des symptômes», «qui prennent l’avion», «qui ont peur après avoir été en contact avec la maladie» ou encore «qui sont obligés de faire le test parce qu’ils doivent se faire opérer», liste l’une des salariées. A pied ou en voiture, des hommes, des femmes et des enfants défilent. Les campagnes massives de dépistage fixes et mobiles se multiplient dans le Nord : 15 000 tests ont été réalisés rien que les 28, 29 et 30 juillet. Des capacités qui augmenteront encore dans les villes les plus concernées par la circulation active du virus, comme Lille, Tourcoing et Roubaix. 

La délégation s’y rend pour visiter une usine de fabrication de masques du réseau Résilience, qui produit des masques en tissu en forme de bec de canard, lavables vingt fois. Dans l’atelier roubaisien, ça s’active sur des machines à coudre importées de Chine et de Lituanie. «Il n’y a plus de fabricants français», regrette Najat Muller, la directrice de la production, faisant déborder le déplacement sur les questions industrielles. Le chef du gouvernement promet «d’engager des processus de relocalisation» à travers le plan de relance qui doit être présenté fin août. Devant le Métropole, un bar en face de l’hôtel de ville de Roubaix où s’achève le déplacement ministériel, trois hommes, surpris par l’arrivée de la délégation, avalent un café court, le masque accroché sous le menton. Une aberration sanitaire dénoncée vendredi par Patrick Goldstein : «Le masque se porte sur le nez et la bouche, sinon il ne sert à rien. On ne le met pas sur son cou ou à son bras : ce n’est pas un collier ou un objet de décorationSi vous faites ça, vous pouvez le jeter : votre masque ne vous protège plus et ne protège pas les autres.» Le Premier ministre ne relève pas et remercie plutôt les trois amis d’en avoir un. Confiant, il les apostrophe : «On ne va pas se laisser avoir par l’épidémie ! Nous sommes les plus forts.»

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