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Covid-19. Quatre à six semaines, un délai crédible pour un retour à une « vie plus normale » ?

logo de Ouest-France Ouest-France 03/03/2021 Chloé RIPERT.

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Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a évoqué le retour à une « vie plus normale » d’ici à la mi-avril en sortant d’un Conseil de défense ce mercredi 3 mars. Lundi, Emmanuel Macron avait lui aussi parlé de ce même délai. Mais est-ce bien crédible ? Décryptage.

Des Parisiens se promènent dans un passage de la capitale le 2 mars 2021. © GONZALO FUENTES / REUTERS Des Parisiens se promènent dans un passage de la capitale le 2 mars 2021.

C’est la deuxième fois en trois jours que l’hypothèse optimiste d’une sortie de la crise sanitaire d’ici à la mi-avril est évoquée par le gouvernement. « Pour la première fois depuis des mois, le retour à des vies plus normales est en vue. C’est un horizon au bout du tunnel », a ainsi déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, mercredi 3 mars, en sortant d’un nouveau Conseil de défense. « Il ne s’agit pas d’un horizon lointain et incertain, mais un horizon que nous espérons peut-être dès la mi-avril », a-t-il ajouté.

Lundi, c’est Emmanuel Macron en personne, en visite à Stains (Seine-Saint-Denis), qui avait évoqué ce même délai. « Il faut encore tenir quatre à six semaines », avait-il répondu à un jeune homme qui lui demandait de repousser le couvre-feu à 19 h.

Si l’Élysée avait par la suite précisé que cette déclaration ne faisait pas référence à un calendrier d’allègements mais à la progression de la vaccination contre le Covid-19 chez les plus âgés, difficile de ne pas s’accrocher à cet espoir.

Mais ce délai de quatre à six semaines pour retrouver « une vie plus normale » – ce qui ne veut pas pour autant dire notre vie « d’avant » – est-ce bien crédible ?

Décryptage avec des spécialistes.

Possible, car la vaccination va s’accélérer

Pour faire cette projection très optimiste, l’exécutif se base sur la montée en puissance de la vaccination et ses effets sur les services hospitaliers. Avec l’accord de la Haute Autorité pour vacciner avec le produit AstraZeneca les plus de 65 ans, jusque-là réservé aux moins de 50 ans et aux personnes de 50 à 64 ans présentant des comorbidités, et l’arrivée d’un quatrième vaccin, celui de Johnson and Johnson, probablement à la fin du mois en France, la campagne vaccinale devrait encore s’accélérer.

« Quatre semaines, c’est cohérent avec le rythme d’arrivée des vaccins », confirme ainsi à Ouest-France l’épidémiologiste Martin Blachier.

« Si on veut diminuer la charge des hospitalisations et des réanimations, il faut qu’il y ait plus de personnes vulnérables vaccinées, explique Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille. On voit déjà un premier effet, avec un rajeunissement des patients qui entrent en réanimation. On ressent bien l’effet des vaccinations en Ephad, qui est un point très positif. »

Le délai de quatre à six semaines coïnciderait aussi avec le retour des beaux jours, d’un temps plus printanier, dont on sait aujourd’hui qu’il est moins propice aux contaminations.

Sauf que les décès et le nombre de patients en réanimation augmentent toujours

Mais ce franc optimisme du gouvernement laisse sceptique les scientifiques. « Ce délai n’est pas particulièrement sensé, Gabriel Attal sort ça de son chapeau, s’est consternée l’épidémiologiste Catherine Hill, sur BFM TV, mercredi 2 mars. Ça veut dire continuer à tenir, et peut-être que dans quatre à six semaines ça ira mieux, mais on n’en sait absolument rien en fait ! »

« Je veux bien quatre à six semaines, mais sur quoi le gouvernement se base-t-il ? », s’étonne quant à lui Philippe Amouyel.

Mardi, 3 586 personnes étaient soignées dans les services de réanimation contre 3 544 la veille et il y avait 301 décès supplémentaires à l’hôpital, selon les données de Santé Publique France.

« Si rien n’est fait, on atteindra un pic de contaminations, autour de 50 000 cas, à la troisième semaine de mars », alerte le professeur. « On a un avion de ligne qui s’écrase tous les jours à cause du Covid ! Ce ne sont pas des chiffres, mais des femmes et des hommes comme vous et moi », s’insurge-t-il.

Mardi, l’épidémiologiste Dominique Costagliola avait déjà rappelé sur Twitter les chiffres très élevés du Covid-19 en France. « Il y a depuis le début d’octobre 2020 en moyenne un peu plus de 10 000 nouvelles hospitalisations par semaine, un peu plus de 1 650 nouvelles admissions en réanimation par semaine et un peu plus de 2 500 décès. Je vous laisse calculer ce que donneront quatre à six semaines supplémentaires à ce niveau (même sans augmentation). Je vous rappelle qu’il s’agit de gens pas de chiffres. »

Que l’évolution des variants inquiète

Autre source d’inquiétude, les variants du Covid-19, de plus en plus répandus sur le territoire et connus pour être plus contagieux que la souche originelle. « Il faut que le gouvernement mette sur la table des explications solides, car je ne sais pas ce qui va se passer avec les variants », a souligné Catherine Hill sur BFM TV.

« C’est certain que les variants vont prendre la main », assure pour sa part Philippe Amouyel, prenant l’exemple de Dunkerque et ses 90 % de cas de contaminations dus aux variants.

Que les effets des mesures prises ne se verront pas tout de suite

« Chaque fois qu’une mesure est prise, l’effet n’est pas instantané, il prend entre deux et trois semaines sur les contaminations », rappelle ainsi Philippe Amouyel. L’effet, sur les admissions en réanimation, intervient encore plus tard.

Pour voir les effets des confinements locaux par exemple, pris dans les Alpes-Maritimes le 22 février et Dunkerque quelques jours plus tard, « il faudra attendre autour du 21 mars environ », estime Philippe Amouyel.

Si d’autres départements basculent – 20 sont en surveillance renforcée –, il faudra patienter quinze jours de plus. « Les mesures de confinement localisé touchent la sphère privée, donc elles auront certainement un effet », se veut néanmoins optimiste le professeur.

Que le concept de « vie normale » est un peu flou

Et enfin, et ce n’est pas la moindre question, qu’entend le gouvernement par retour à une vie normale ? « Le retour à la normale est en vue, les lieux qui font notre vie sociale rouvriront », a vaguement indiqué Gabriel Attal ce mercredi.

« Qu’appelle-t-on une vie normale ? Est-ce la réouverture des bars et des restaurants ? C’est un peu léger de dire ça », s’étonne Philippe Amouyel. « Si c’est le cas, j’en serais le plus heureux, mais cela me semble compliqué de faire des projections au-delà de la fin mars », nuance le spécialiste.

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