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Est-il vrai que Macron a rencontré le groupe BlackRock, spécialisé dans les fonds de pension ?

logo de Liberation Liberation 09/12/2019 Luc Peillon, Jacques Pezet
Amundi CEO Yves Perrier (L), chairman and CEO of BlackRock, Larry Fink (C) sit alongside French President Emmanuel Macron as they attend a meeting between the French President and representatives of investment funds and sovereign wealth funds to fight climate change at the Elysee Palace in Paris on July 10, 2019. (Photo by Michel Euler / POOL / AFP) © MICHEL EULER Amundi CEO Yves Perrier (L), chairman and CEO of BlackRock, Larry Fink (C) sit alongside French President Emmanuel Macron as they attend a meeting between the French President and representatives of investment funds and sovereign wealth funds to fight climate change at the Elysee Palace in Paris on July 10, 2019. (Photo by Michel Euler / POOL / AFP)

Les représentants du plus grand fonds d'investissement au monde, très intéressés par la loi Pacte et la réforme des retraites, ont déjà rencontré à plusieurs reprises le président de la République. Le lobby dont fait partie BlackRock en France, l'AFG, a également multiplié les actions d'influence sur la loi Pacte auprès des dirigeants français.

Question posée par Trialon le 09/12/2019

Bonjour,

Alors que le Parisien révèle que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, n’avait pas mentionné sa fonction d’administrateur au sein d’un Institut de formation de l’assurance (Ifpass) dans sa déclaration d’intérêts à l’HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), de nombreux internautes et le site Arrêt sur images pointent du doigt les proximités entre Emmanuel Macron, son gouvernement et BlackRock, «fonds extrêmement attentif aux opportunités des réformes du système des retraites en France». Et de dénoncer une réforme qui aurait été dictée par le lobbying du géant américain.

Les accointances supposées du pouvoir avec ce géant de la finance (plus de 6 000 dollars d’actifs, dont les deux tiers concernent l’épargne retraite) reposent notamment sur un article du Canard enchaîné, dont une capture d’écran a ressurgi la semaine dernière. Dans ce texte, qu’Arrêt sur images a d’abord présenté comme publié «la semaine dernière» avant de corriger en révélation «de l’automne 2017», le palmipède révélait que le 25 octobre 2017, l’Elysée avait reçu en grande pompe durant toute une journée (et non pas seulement durant un dîner comme évoqué dans la presse) «le gratin de la finance mondiale, représenté par les dirigeants de BlackRock, le plus gros investisseur du monde, et par 21 gestionnaires de fonds».

Autre élément cité : un extrait du documentaire «Ces financiers qui dirigent le monde – BlackRock», diffusé par Arte en septembre 2019, dans lequel le réalisateur Tom Ockers rappelle qu’Emmanuel Macron «avait déjà rencontré Larry Fink [le PDG de BlackRock, ndlr] à plusieurs reprises après sa prise de fonction» et qu’il «veut favoriser les privatisations en France. A cet effet, le président de la République a créé une commission dont l’un des membres n’est autre que le patron de BlackRock France, Jean-François Cirelli. Cet ancien conseiller du président Chirac […] ne cesse de réclamer un recours accru aux fonds spéculatifs pour l’assurance vieillesse.»

A la recherche des contacts entre la multinationale et l’Elysée, CheckNews a pu lister les rencontres suivantes évoquées dans la presse. L’Obs rapporte que dès le 6 juin 2017, le PDG de BlackRock, Larry Fink, «a été reçu en toute discrétion à l’Elysée, par le Président, et à Matignon». Trois semaines plus tard, le 28 juin 2017, Bruno Le Maire rencontre Larry Fink lors d’une visite à New York autour d’un «entretien bilatéral» et d’un «dîner d’attractivité». Le ministre de l’Economie s’était rendu aux Etats-Unis pour convaincre Wall Street d’investir en France.

Le 17 octobre 2017, le gouvernement mandate le Comité action publique 2022 (un groupe d’une trentaine d’experts) pour travailler sur la réforme de l’Etat. Parmi ses membres, on retrouve le président de BlackRock France, Jean-François Cirelli. C’est l’homme qu’on voit à la fin de l’extrait du documentaire d’Arte en train de défendre l’épargne-retraite sur le plateau des Echos en juin 2018 ou sur France info en juin 2019.

Une semaine plus tard, le 25 octobre 2017, le PDG américain Larry Fink, accompagné de dirigeants de BlackRock et de 21 gestionnaires de fonds, est de retour à Matignon et l’Elysée, lors de la journée de réception décrite par le Canard enchaîné. Lors de cette visite, les financiers vont être chaleureusement reçus dans les ors du salon Murat de l’Elysée, où a lieu le Conseil des ministres, pour y assister à des exposés de plusieurs ministres : Muriel Pénicaud, Elisabeth Borne, Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux. Le soir, ils dînent avec des ministres et Emmanuel Macron.

«Le bon plan retraite» 

Larry Fink répond également présent à l’appel de l’Elysée, le 10 juillet 2019, lorsque Emmanuel Macron y organise une réunion sur le climat et l’investissement, au cours de laquelle «huit des plus importants gestionnaires français et mondiaux se sont engagés à coopérer pour mieux prendre en compte l’impact du changement climatique dans leurs politiques d’investissement», rapportent les Echos.

Blackrock fait également partie de l’AFG (Association française de la gestion financière, lobby des fonds d’investissement en France). Cette organisation n’a pas ménagé sa peine ces derniers mois, afin de défendre ses intérêts dans la loi Pacte (croissance et transformation des entreprises), alors en cours d’élaboration. Sur le site de la HATVP, où les «représentants d’intérêts» doivent, avec plus ou moins de précision, déclarer leur action de lobbying, on dénombre plusieurs rencontres, en 2018 et 2019, avec des membres du cabinet d’Emmanuel Macron, du Premier ministre, de Pénicaud ou encore à Bercy, sur la loi Pacte précisément, et le plus souvent sur la question des nouveaux dispositifs d’épargne retraite contenus dans ce texte.

Dans une note titrée «Loi pacte : le bon plan retraite», de juin 2019, BlackRock listait même publiquement ses recommandations, notamment au gouvernement français, afin de développer l’épargne retraite. Entre autres préconisations : «Pérenniser le dispositif législatif et les incitations fiscales de long terme», «Faciliter ou prévoir la mise en place d’incitations comportementales pour accroître le niveau des contributions volontaires», «Intégrer un volet éducation financière pour soutenir le marché cible d’épargnants qui n’ont pas accès à un conseiller financier», «Faire bénéficier les particuliers à faibles revenus de mesures d’incitations additionnelles», et même «Imposer à terme la mise en place des dispositifs d’épargne-retraite de type auto-enrolment (adhésion automatique)»…

Au-delà de BlackRock, la loi Pacte et la réforme des retraites attisent aussi l’appétit d'autre fonds américains, comme le rappelait en septembre un article des Echos : «"La réforme des retraites, à commencer par la loi Pacte, devrait offrir de nouvelles opportunités pour les gestionnaires d’actifs pour servir le marché français", résume un porte-parole de Pimco (un fonds de gestion, ndlr).»

Part belle aux fonds d’investissement

Si l’on ignore l’influence exacte qu’ont pu avoir ces opérations de lobbying, il n’en reste pas moins que la loi Pacte, comme le projet de loi retraite, complémentaires, font effectivement la part belle aux fonds d’investissement. Entré en vigueur le 1er octobre, le nouveau Plan épargne retraite (PER), qui doit remplacer, à terme, les différents dispositifs existants, est censé rationaliser et développer la retraite par capitalisation en France, avec exonérations fiscales à la clef.

Comme en écho à cette loi, et sans doute pour booster le nombre de clients potentiels à cette épargne par capitalisation, le projet de réforme des retraites prévoit d’exclure désormais une partie des cadres de la retraite par répartition. Comment ? En limitant les cotisations retraites contributives (c’est-à-dire ouvrant des droits) à seulement trois plafonds sécu dans le prochain système par points, au lieu de huit dans le système actuel. Autrement dit, un cadre payé plus de 10 000 euros par mois ne pourra plus ouvrir de droits à la retraite au-delà de cette somme. Seule solution : souscrire un plan d’épargne retraite…

Même les salariés moins bien payés seraient incités à y souscrire. Car d’une manière générale, la réforme par points devrait pénaliser les carrières ascendantes (en prenant en compte toute la carrière et non plus les 25 meilleures années), donc particulièrement les cadres.

Aussi sur MSN: Jean-Paul Delevoye, le maillon faible ?

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