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Flambée des prix de l'électricité : un effet Covid, mais pas que

logo de Liberation Liberation 01/02/2021 Pauline Achard
A partir de ce 1er février, les usagers verront leur facture revue à la hausse de 1,6% TTC. © Pascal Rossignol A partir de ce 1er février, les usagers verront leur facture revue à la hausse de 1,6% TTC.

Ce 1er février, le tarif réglementé de l’électricité fixé par le gouvernement augmentera à nouveau de 15 euros par an. La Commission de régulation de l’énergie justifie cette hausse par la crise sanitaire, l’UFC-Que choisir dénonce des règles de régulation «inadaptées».

Les prix de l’électricité poursuivent leur envolée. Dès ce 1er février, les usagers verront, une nouvelle fois, leur facture revue à la hausse de 1,6% TTC. Cette augmentation annuelle d’environ 15 euros intervient un an après une revalorisation de 2,4% des tarifs, suivie d’une autre de 1,54% au premier août 2020. Ces tarifs réglementés de vente (TRV) sont fixés chaque année par le gouvernement après avis de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Dans sa proposition, l’instance de régulation justifie cette évolution par «les conséquences de la crise sanitaire sur le système électrique français».

Pour réaliser son calcul, l’organisme se base sur les coûts de production, les coûts d’acheminement et le coût des taxes. Selon le communiqué de la CRE paru le 18 janvier, «les mesures prises pour enrayer l’épidémie ont notamment perturbé les opérations de maintenance du parc nucléaire». De nombreux réacteurs d’EDF qui devaient être l’objet d’opérations d’entretien ou de rechargement de combustible cet été sont ainsi restés à l’arrêt plus longtemps que prévu, provoquant une sous-capacité de production sur le réseau électrique. Les coupures de courant que certains craignaient pour cet hiver n’ont pas eu lieu. Mais une hausse des coûts d’approvisionnement en électricité a été enregistrée – il a fallu parfois importer de l’électricité des pays voisins pour répondre à des «pointes» – avec en parallèle une augmentation des coûts de commercialisation d’EDF (qui possède encore près de 80% du marché) pour les clients professionnels. Le tout dans un contexte d’explosion du nombre d’impayés liée à la dégradation de la situation économique et sociale.

La CRE explique donc notamment cette tension du système électrique français par l’effet Covid. Pourtant, la flambée de la facture énergétique des Français est un phénomène qui dure depuis plus de dix ans, et l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, le 1er juillet 2007.

Une régulation défaillante

A l’époque, la motivation était claire. Cette libéralisation du secteur de distribution de l’électricité devait mener à une baisse des prix de l’énergie pour tous les usagers européens. Elle s’est finalement soldée par une flambée des tarifs réglementés, au grand dam des consommateurs. Entre 2007 et 2016, le prix de l’électricité a explosé de 50%, selon une étude de l’Insee parue en 2019. Pour Antoine Autier, responsable adjoint des études, chargé de l’énergie à l’UFC-Que choisir, cette augmentation s’explique davantage par un système de régulation défaillant que par la fin du monopole d’EDF qui a été concurrencé par de nouveaux acteurs comme Engie, Total (Direct Energie) ou l’italien ENI.

Depuis 2012, la loi limite en effet le volume d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Ce dispositif entend assurer la juste concurrence sur le marché de l’électricité en permettant aux fournisseurs alternatifs précités de racheter à EDF une partie de sa production nucléaire, pour un tarif de 42 euros par MWh. Mais ce mécanisme, aujourd’hui plafonné à 150 TWh par an, fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la Cour des comptes. Il serait même responsable de cette hausse des tarifs réglementés (TRV), car «la concurrence se développe mais le plafond ne bouge pas», explique Antoine Authier de l’UFC-Que choisir. Résultat : pour répondre à la demande, les fournisseurs se tournent vers une production énergétique plus coûteuse que celle des 58 réacteurs nucléaires français, dont l’exploitant principal est EDF, et les usagers subissent cette hausse chaque année sur leur facture.

Le prix du marché, bondit, et par conséquent, EDF s’aligne. L’association de consommateurs dénonce une concurrence déloyale. «Le parc nucléaire français est un patrimoine national qui devrait bénéficier aux seuls usagers qui payent pour cette énergie, estime le responsable de l’UFC-Que choisir. Or le plafond actuel de l’Arenh avantage EDF, et continue de faire monter les tarifs réglementés qui s’adaptent au prix du marché.» De son côté, l’opérateur historique juge au contraire le tarif de l’Arenh fixé à 42 euros le MWh et qui n’a pas été revalorisé depuis 2012, notoirement insuffisant pour couvrir ses coûts de production et de maintenance nucléaire en constante augmentation. Et estime que ses concurrents profitent de son électricité nucléaire à un prix indigne. Le régulateur, à savoir la CRE, est peu ou prou sur la même ligne puisqu’il défend une hausse du prix de l’Arenh à 48 euros/MWh dans le cadre des discussions en cours sur l’avenir d’EDF entre Paris et Bruxelles autour du projet «Hercule».

Surtarification

De son côté, l’ancien directeur des tarifs d’EDF et cofondateur de Plüm énergie, Vincent Maillard, estime dans un communiqué publié ce lundi que la nouvelle augmentation des tarifs s’explique aussi par une part grandissante de clients mal tarifés. La hausse des tarifs sur les offres «heures pleines/heures creuses» déboucherait sur une surtarification de près de 85% des clients de ce type d’option, contre moins de 20% en 2008. «La moitié des clients mal tarifés, soit plus de 4 millions de clients, subissent une surfacturation de 35 euros ou plus.» Tandis que 25% d’entre eux, soit 2 millions de clients, verraient leur facture dépasser les 70 euros de surcoût par an, indique ce même rapport.

En attendant l’issue des négociations en cours entre le gouvernement français et la Commission européenne quant à l’avenir d’EDF, les associations de consommateurs demandent un moratoire de la flambée des prix de l’électricité pour les usagers.

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