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"Il a mis sa langue dans ma bouche par surprise" : elles ont été agressées le soir de la victoire

logo de L’Obs L’Obs 17/07/2018 Maïlys Khider
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Dans les rues de Paris euphoriques, bondées et alcoolisées, des agressions sexuelles sont passées inaperçues. Témoignage.

"Un mec alcoolisé vient de me foutre une main au cul" ; "des pauvres mecs m’ont touchée sans mon consentement" ; "un mec m’a pris par la taille et m’a touchée les fesses pendant la fan zone"... Ces témoignages crus ont été postés sur Twitter depuis hier soir et viennent jeter une ombre sur les célébrations qui ont suivi la victoire des Bleus en Coupe du Monde le soir du 15 juillet.

Des dizaines de femmes se sont ainsi exprimées sur les réseaux sociaux. Elles racontent les attouchements, l’indifférence générale et ce sentiment de dégoût qu’elles ressentent après cette nuit de liesse, de beuverie et de joie. Mais pas seulement.

"Tout le monde rigolait"

Elena, jeune monteuse vidéo de 28 ans, a décidé de parler. Contactée par "l’Obs", elle détaille la soirée qu’elle a passée au milieu de la foule en délire : 

"A peine sortie du métro Bonne-Nouvelle [à Paris, NDLR], un homme a mis sa langue dans ma bouche par surprise."

Elena se dirigeait vers le bar où elle avait rendez-vous avec ses amis un peu avant la fin du match. Elle raconte qu'après l’avoir embrassée de force, l'inconnu "a commencé à toucher (s)es seins. Puis il a mis sa main entre (s)es jambes." Le moment lui semble durer une éternité...

"Ça a duré longtemps. Je me suis débattue. J’ai essayé de lui donner des coups de pieds. Mais ça n’a pas marché. Le mec insistait. Il faisait deux têtes de plus que moi. J’ai résisté de toutes mes forces mais il mettait encore plus de force que moi."

Une fois que l’homme a retiré sa langue, il adresse quelques mots à Elena :  "Mais on est les champions !" Comme pour justifier son acte. La banalisation de ce type d'actes est fréquemment dénoncée par les femmes. Elena elle-même est tentée de relativiser ce qui lui est arrivé...

"Je ne sais pas s’il était bourré. Je peux comprendre les effusions de joie. Avec le recul, je pense qu’il ne s’est même pas dit qu’il faisait quelque chose de mal. Il ne m’a pas dit 'je vais te buter sale pute'. Il n’aurait peut-être pas fait ça dans un autre contexte."

Sur les Champs-Elysées après la victoire de la France, le 15 juillet 2018. © Copyright 2018, L'Obs Sur les Champs-Elysées après la victoire de la France, le 15 juillet 2018.

"Les gens nous regardaient"

Pendant l’agression, Elena constate avec effroi l’absence totale de réaction des personnes qui l'entourent :

"La rue n’était pas encore noire de monde car le match n’était pas fini. Les gens nous regardaient. Et ils criaient au type 'tu es le champion'. Tout le monde rigolait. Une seule dame est venue me voir à la fin et m'a dit 'pardon, je croyais que c’était un ami à vous'."

L’homme s’en est allé. Elena se retrouve seule. "J’ai envoyé un message à une des amies avec qui j’avais rendez-vous. Mon groupe de potes est arrivé. Je me suis effondrée en larmes. On est allés dans un bar un peu plus loin et plus au calme. Je suis très en colère que les gens n’aient pas réagi." 

Avant que ses amis viennent la chercher, Elena a été stupéfaite par l’absence de policiers dans les alentours. "Pour un événement comme celui-là, où les autorités savent qu’il y a beaucoup d’alcool et potentiellement de la violence, ils auraient dû mobiliser des policiers."

Et elle a décidé de ne pas faire intervenir la police a posteriori et ne portera pas plainte :

"J’ai déjà été agressée sexuellement il y a quelques années. La police n’a été d’aucune aide. Déjà, avec les coupables bien identifiés, ils ne font parfois rien. Là, je ne saurais même pas décrire l’homme que j’ai vu. Il avait entre 25 et 30 ans, un maillot de foot. Donc ça n'aurait aucun intérêt."

"Sports virils" 

Dans la vie, Elena n’est pas très portée sur le sport. Elle ne s’y connaît pas. Mais a l’impression que "les sports virils, ça donne ça. Il y a de la masculinité toxique qui sera dure à éradiquer". 

Dans un esprit de lutte, des femmes ont tout de même tenté une campagne de communication sur les actes sexistes autour du sport. Le "#Let her work" ("Laisse la travailler") a été lancé par la journaliste colombienne Julieth Gonzalez-Theran. Celle-ci a constaté que durant les événements sportifs, notamment pendant le mondial de football, les femmes n’étaient pas toujours libres de se déplacer dans l’espace public sans être importunées. Les journalistes sportives comptent parmi ces femmes. Baisers forcés (sur la joue ou sur la bouche), caresses inopinées. Des vidéos ont été publiées pour dénoncer ces actes peu respectueux.

Elle a alors repris de hashtag "Deixalatrabalhar" initié par une journaliste brésilienne en mars dernier. "Nous sommes des femmes et des professionnelles", "nous avons notre place dans le sport", revendiquaient-elles. 

Les femmes culpabilisées

Twitter s’est révélé être un relais et un soutien pour les femmes victimes de harcèlement ou d'agressions. Elena a trouvé le réconfort avec le hachtag "Letherwork" et me compte d’Aryeta qui a relayé sur son compte une dizaine de témoignages similaires au sien. Mais elle a aussi reçu des messages de personnes qui ont lu sa publication.

Les deux anonymes, "sûrement des trolls", suppose-t-elle, lui ont posé une question bien souvent entendue par les femmes agressées : "Qu’est-ce-que tu portais ce soir-là ? Peut-être que si tu avais mis autre chose, ça ne serait pas arrivé." Les clichés ont la dent dure. Et certaines femmes tentent de raconter l'envers du décor de cet euphorique 15 juillet. Quitte à gâcher la fête.  

Maïlys Khider

Bienvenue chez moi

Quelques jours avant la finale de la Coupe du monde le 15 juillet, le "#BienvenueChezMoi" a été lancé sur Twitter pour venir en aide aux femmes battues par leur conjoint. L’internaute @CherCher journal, elle-même victime par le passé de violences conjugales, a lancé l’initiative. Il s’agissait d’accueillir chez soi des femmes victimes de violences domestiques. Une étude britannique réalisée par l’université de Lancaster pendant la Coupe du monde a montré qu’Au Royaume-Uni, les violences conjugales augmentaient lors des matchs de l’équipe nationale. #BienvenueChezMoi est la continuité de #WelcomeHome, lancé suite à cette étude.



AUSSI SUR MSN : #LetHerWork : défendre les femmes journalistes sportives

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