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Jérôme Rodrigues jugé à Paris pour insulte envers la police: «Il est regrettable que pour ceux qui m’ont crevé un œil ce ne soit pas aussi rapide»

logo de Liberation Liberation 24/02/2021 Romain Métairie
Jérôme Rodrigues à Paris, le 12 septembre 2020, lors de la manifestation de rentrée des gilets jaunes. © Cyril Zannettacci Jérôme Rodrigues à Paris, le 12 septembre 2020, lors de la manifestation de rentrée des gilets jaunes.

«Je n’insultais pas l’ensemble de la police. Seulement la ou les personnes qui se trouvent derrière le compte de votre syndicat.» Mercredi, Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement des gilets jaunes, comparaissait pour «injure». L’insulte en question : un «bande de nazis» asséné au cours d’un échange de tweets avec le syndicat policier Synergie-officiers.

Les faits remontent à septembre 2020, à l’occasion d’une manifestation mobilisant des gilets jaunes à Paris. Jérôme Rodrigues avait demandé aux manifestants de ne pas donner leur identité en cas d’interpellation. «Dans le pire des cas, vous passerez quatre heures maximum au commissariat. Mais auront-ils suffisamment de place pour nous accueillir , se demandait alors l’ancien plombier, dans un message posté sur les réseaux sociaux.

«Nous avons suffisamment de place pour vous accueillir», rétorque le syndicat Synergie-officiers, s’attirant une nouvelle réponse du gilet jaune. «C’est clair bande de nazis vous irez ouvrir le camp de concentration disponible au nord-est de Paris celui que vous tentez de cacher aux médias», écrit alors Jérôme Rodrigues sur Twitter.

C’est ce dernier tweet - pour lequel le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a porté plainte - qui a été examiné en long et en large, durant les cinq heures d’audience devant la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. La défense avait au préalable déposé une demande de nullité de la procédure, basée sur le corps de la citation et les circonstances de la poursuite. Citant les articles 30 et 33 de la loi de juillet 1881, l’avocat du prévenu, Me Alimi, en concluait qu’il «n’est pas possible de poursuivre quelqu’un pour injure à l’égard de la police nationale» qui est une institution et pas une personne. Une demande de nullité refusée par le procureur.

«Les plaintes que j’ai déposées n’aboutissent pas aussi vite que celle-ci !»


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A la barre, Jérôme Rodrigues met ce dérapage verbal sur le compte du cyberharcèlement dont il se dit victime ces deux dernières années, depuis qu’il a été éborgné par un policier en marge d’une manifestation le 26 janvier 2019, alors qu’il était en train de filmer l’arrivée du cortège place de la Bastille à Paris.

«Fond de préservatif, cyclope, fond de cuve… Ça devient compliqué de subir ça, psychologiquement parlant», raconte le quadragénaire, qui ne manque pas de pointer la différence de traitement des dossiers : «Toutes les plaintes que j’ai déposées n’aboutissent pas aussi vite que celle-ci ! Six mois après je me retrouve devant un tribunal. Il est regrettable que pour ceux qui m’ont crevé un œil ce ne soit pas aussi rapide.»

Jérôme Rodrigues s’est notamment appuyé sur le soutien qu’il a reçu du syndicat minoritaire VIGI, lequel n’a pas apprécié le dépôt de plainte de Gérald Darmanin : «Les propos de Jérôme Rodrigues, bien qu’outranciers, ne visent pas les policiers mais Police synergie. Donc vous n’avez pas intérêt à défendre des intérêts privés», avait tweeté le syndicat. «Je ne peux pas insulter l’ensemble de la PN quand certains de ses membres viennent m’aider, estime Jérôme Rodrigues. C’est compliqué d’avoir le soutien d’un syndicat si mes propos allaient à l’encontre de l’ensemble des policiers.»

Pour l’accusation au contraire, l’insulte à l’adresse de l’ensemble de la police «se déduit du sens même du message, cela ne s’adresse pas uniquement au syndicat […] Ces expressions sont outrageantes et profondément blessantes pour la Police Nationale. Il (Jérôme Rodrigues) emploi ces mots pour nuire, blesser du sceau de l’infamie. Pour un policier, cette insulte est la pire», assure l’avocat de la partie civile.6

Autre point de crispation dans les débats : la référence au «camp de concentration» mentionnée dans le tweet du gilet jaune. Sur ce point, Jérôme Rodrigues rappelle qu’il évoquait les fois où plusieurs manifestants étaient transportés dans un endroit au Nord de la capitale, que Checknews avait identifié comme s’agissant du commissariat Hébert, situé rue de l’Évangile, dans le 18e arrondissement de Paris (un lieu souvent réquisitionné lors de manifestations comme «dépôt», en raison de sa grande capacité d’accueil).

L’Etat ainsi que Synergie-officiers, qui s’est également porté partie civile, ont chacun demandé un euro au titre des dommages et intérêts à l’encontre de Jérôme Rodrigues, ainsi que la prise en charge des frais de justice, tandis que Me Alimi demande la relaxe de son client.

Le ministère public ne s’est de son côté pas prononcé, en raison du mystère laissé par l’autre fil rouge qui a concentré les discussions : qui était le destinataire de ces injures ? La Police Nationale ou le syndicat ? Reconnaissant que les deux interprétations étaient recevables (un doute renforcé par le hashtag « #Vousnêtespasmapolice ») , il a donc préféré s’en «remettre à la sagesse du tribunal». Le jugement doit être rendu le 6 avril.

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