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Jean Castex au JDD : "Je suis plus que jamais Charlie"

logo de leJDD leJDD il y a 2 jours Anne-Laure Barret
EXCLUSIF. Face au séparatisme et au coronavirus, le Premier ministre, Jean Castex, affiche sa détermination. Il répond aux questions du JDD. © Eric Dessons/JDD

EXCLUSIF. Face au séparatisme et au coronavirus, le Premier ministre, Jean Castex, affiche sa détermination. Il répond aux questions du JDD.

Les enseignants sont sous le choc. Quel message leur adressez-vous?

D’abord, un message de soutien absolu et de solidarité. Aujourd’hui comme demain, je veux que les enseignants sachent que, face à cet acte ignoble, tout le pays est derrière eux. Le Président l’a dit vendredi soir : ce drame touche chacune et chacun d’entre nous car, à travers ce professeur, c’est la République qu’on a attaquée. Une nouvelle fois, ce sont la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté d’enseigner, qui sont le socle de notre pacte républicain, qui ont été visées. Mais le terrorisme islamiste ne gagnera jamais car la liberté et la conscience seront toujours plus forts.  J’ai rencontré samedi les représentants de la communauté éducative avec Jean-Michel Blanquer : ils font face à ce drame avec une immense dignité et un très grand sens des responsabilités. L’État sera à la hauteur de leur engagement en répondant avec la plus grande fermeté à tous les ennemis de la République. Nous ne céderons rien, nous ne renoncerons jamais à ce que nous sommes : des citoyens libres et éclairés, dans une république laïque et solidaire, une et indivisible.

Quelles mesures pour les protéger?

J’ai réuni samedi le ministre de l’Intérieur et la ministre déléguée, le ministre de l’Éducation nationale et le garde des Sceaux pour déterminer une stratégie de riposte encore plus ferme, plus rapide et plus efficace quand un enseignant subit des menaces, même insidieuses. Nous travaillons étroitement avec l’ensemble de la communauté éducative pour aboutir au plus vite à des actes concrets.

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La liberté d’expression est une valeur cardinale de notre identité

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Faut-il étudier les caricatures de Mahomet en classe ? Doivent-elles figurer dans les livres d’histoire?

Ces caricatures font désormais partie intégrante de notre Histoire. Qu’elles soient abordées en classe ou pas, c’est aux enseignants d’en décider et non au Premier ministre d’en juger. Mais ce qui est certain est que ceux qui transmettent le savoir à nos enfants doivent demeurer libres de le faire. Cette liberté-là n’est pas négociable.

Souhaitez-vous que les journaux publient ces caricatures ?

La presse est libre de le faire, et tout l’enjeu est qu’elle le demeure toujours. C’est précisément parce que nous sommes une démocratie vivante, parce que nous avons une presse indépendante que nous sommes visés par les esprits soumis aux idéologies obscurantistes et totalitaires. La liberté d’expression est une valeur cardinale de notre identité : tous nos journaux, tous nos médias, tous nos citoyens sont libres de les publier, de les diffuser ou de ne pas les partager. Et je vous le redis : je suis plus que jamais Charlie.

Y aura-t-il un hommage national à l’enseignant assassiné? Si oui, lequel?

Oui. Un hommage national sera rendu à cet enseignant, en concertation avec sa famille.

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La menace terroriste n’a jamais cessé de se situer à un niveau très élevé dans notre pays

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Certaines oppositions mettent en cause l’inaction du gouvernement. Le gouvernement en a-t-il fait assez?

Nous sommes totalement mobilisés contre les risques terroristes, et la France peut se féliciter d’avoir un excellent système de renseignement. C’est un sujet sérieux, qui ne devrait souffrir d’aucune instrumentalisation politicienne. Je constate que les personnes qui tiennent ce genre de discours sont souvent les mêmes qui, à l’Assemblée nationale, au Sénat comme au Parlement européen, n’ont pas voté les lois qui permettent aujourd’hui de mieux protéger les Français. Je pense notamment à la loi Silt [loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme].

Le projet de loi sur le séparatisme doit être présenté en décembre au Conseil des ministres. Envisagez-vous de le compléter?

Je ne l’exclus pas.

Deux actes en trois semaines : quel est aujourd’hui le niveau de la menace?

La menace n’a jamais cessé de se situer à un niveau très élevé dans notre pays, mais elle a, comme vous le savez, changé de nature : nous sommes passés d’un risque avec des actions terroristes organisées et planifiées à l’extérieur du territoire national à un risque reposant davantage sur des actes perpétrés souvent par un seul individu, parfois sans aucune complicité, ce qui rend le travail de détection de nos services de renseignement d’autant plus délicat et difficile. Je sais qu’ils sont particulièrement sensibilisés à ce type de profil, et que nous nous dotons chaque jour de nouveaux outils pour les interpeller et les mettre en échec. Si le risque subsiste sur l’ensemble du territoire, le gouvernement est en alerte permanente sur le sujet. Pour faire face à ce type de risques, nous devons renforcer la détection de tous les signaux faibles qui sont autant d’alertes d’une dérive possible vers la radicalisation et la violence terroriste.

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Cette épidémie peut nous réapprendre collectivement à être attentifs les uns aux autres

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Selon Emmanuel Macron, il faut apprendre à "vivre avec le virus". L’entrée en vigueur du couvre-feu, samedi à 21 heures, ne démontre-t-elle pas que le Covid, en réalité, rend la vie impossible?

Impossible, sûrement pas! Plus contrainte, assurément. Il faut admettre que ce virus est là pour quelque temps encore. Il faut être humble face à cette épidémie qui nous ramène à notre vulnérabilité devant la maladie. Pour autant, il n’y a pas de fatalité, la solution est entre nos mains : il est évident que l’État est en première ligne, que je suis en première ligne. Mais chacun d’entre nous doit prendre sa part de ce combat. Cette épidémie peut nous réapprendre collectivement à être attentifs les uns aux autres.

Ce couvre-feu n’est-il pas un constat d’échec, cinq mois après le déconfinement?

Après le déconfinement, certains d’entre nous ont pu se dire "c’est fini". Ce n’était pas fini. Les scientifiques ont toujours dit qu’une deuxième vague était probable et nous n’avons cessé de le rappeler. Nous y sommes. L’enjeu est d’y faire face sans recourir à un confinement général, à l’échelle du pays entier et pour une longue durée. Je veux l’éviter. Si le virus tue, le confinement éprouve profondément nos sociétés. Il crée du chômage, de la pauvreté, des dommages psychologiques énormes. Aujourd’hui, nos efforts ont porté. Au travail, à l’école, dans les transports, nous sommes parvenus au bon point d’équilibre. Face à cette deuxième vague, nous avons les moyens d’agir de manière plus graduée et adaptée à chaque situation locale.

Quelle est exactement votre stratégie : contrôler le virus ou l’éradiquer? Les pays qui ont choisi l’éradication réussissent (Chine, Taïwan, Hongkong, Nouvelle-Zélande), ceux qui tentent de maîtriser ont du mal. Est-ce vraiment possible de le contrôler à un niveau acceptable?

La question ne se pose pas dans ces termes : une épidémie progresse ou régresse. Comme tous nos voisins européens, nous voulons faire refluer la circulation virale jusqu’à l’arrivée d’un vaccin, en limitant cependant le niveau de contrainte sur nos concitoyens. Les mesures que nous avons prises visent à produire un vrai effet pour reprendre le contrôle de l’épidémie et protéger notre système de santé. 

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Partout où cela sera nécessaire, nous prendrons ces mesures, en lien avec les maires

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Les médecins sont pourtant très inquiets depuis juillet… N’avez-vous pas trop tardé?

Dès juillet, j’ai pris plusieurs décrets sur le port du masque obligatoire dans l’espace public, dans les commerces et dans les entreprises. Et cet été, je n’ai cessé de rappeler les consignes de prudence, en disant que le virus ne prenait pas de vacances! Agir est notre devoir. Mais nous sommes dans un État de droit : pour prendre des mesures qui restreignent les libertés publiques, il faut qu’elles soient justifiées par des indicateurs sanitaires suffisamment dégradés. Et il faut aussi que ces restrictions soient acceptées par nos concitoyens. Pour cela, ils doivent avoir conscience de la gravité de la situation. Je crois que nous y sommes : la prise de conscience est là.

Craignez-vous que le couvre-feu soit contesté par une partie de la population?

Il est évidemment qu’il peut y avoir des inquiétudes, des incompréhensions, de la lassitude. Face à cela, il n’y a que deux solutions. La pédagogie, d’abord. Et, ensuite, que l’État veille à ce que ses décisions soient respectées. J’ai demandé au ministre de l’Intérieur de prendre des dispositions en ce sens. Mais je reste confiant dans la responsabilité de l’immense majorité de mes concitoyens. Chacun doit comprendre que nous ne nous en sortirons que par l’effort de tous, au quotidien, dans nos vies professionnelle et personnelle. 

La maire de Marseille a fait part de sa "colère"…

Je respecte Mme Rubirola, mais je ne ne suis pas sûr qu’elle ait pris toute la mesure de la situation, notamment quand nous avons pris nos premières mesure dès la fin de l’été. Je m’attache à dialoguer en permanence avec tous les élus locaux mais, dans cette crise, en cas de désaccord, c’est à l’État de prendre la décision. C’est ce que j’ai fait, car j’ai la responsabilité de protéger nos concitoyens, à Marseille comme ailleurs. Je veux évidemment continuer à travailler avec les élus marseillais et je leur demande solennellement de mobiliser leurs forces de police municipale pour faire respecter le couvre-feu. C’est ensemble que nous y arriverons.

D’autres agglomérations vont-elles se voir imposer bientôt un couvre-feu ? À Clermont-Ferrand notamment, où la situation se dégrade?

Beaucoup de villes n’en sont pas très loin : vous citez Clermont-Ferrand, mais il y en a d’autres, y compris des villes de taille moyenne, des chefs-lieux de département. Partout où cela sera nécessaire, nous prendrons ces mesures, en lien avec les maires. Une petite note d’espoir toutefois : nous observons un frémissement positif à Bordeaux et à Nice. Les mesures prises portent leurs fruits.

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Nous ferons tout pour éviter un reconfinement généralisé

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Si le couvre-feu ne fonctionne pas, pourriez-vous l’instituer dès 20 heures, voire 17 heures comme en Guyane?

C’est en effet ce qui s’est passé en Guyane avec des résultats rapides. Mais au moment où je m’exprime, ce n’est pas d’actualité. Voyons d’abord ce que nos mesures produisent comme effets. Soyons clairs : en fonction de l’évolution de l’épidémie, le gouvernement se réserve la possibilité de prendre toute mesure que la situation imposera.

Y compris un reconfinement total?

Je vous le redis : j’espère vraiment que nous n’y serons pas contraints. Il serait irresponsable de notre part de ne pas prévoir toutes les hypothèses, mais nous ferons tout pour éviter ce reconfinement généralisé. Économiquement, et surtout socialement, ce serait dramatique. Car qui en seraient les premières victimes? Les plus jeunes et les plus précaires.

Même si le couvre-feu fonctionne cette fois-ci, qu’est ce qui va changer? Va-t-on dans les prochains mois vivre l’alternance de périodes de liberté et de restrictions?

Ce qui aura changé, je l’espère, c’est que nos concitoyens auront compris que le virus est toujours là. Et que, pour éviter le retour des mesures coercitives, il faudra maintenir une vigilance en toutes circonstances concernant les masques et les gestes barrière notamment. Surtout, nous aurons d’ici un mois environ de nouveaux tests rapides. Ils seront disponibles dans les cabinets médicaux et dans les pharmacies. Cela nous rendra beaucoup plus efficaces pour casser les chaînes de contamination. 

Cela veut-il dire qu’on ne peut plus vivre comme avant?

On ne peut plus vivre tout à fait comme avant. Oui, il nous faut adapter nos modes de vie. Moi aussi, j’aime boire un coup dans un bar et aller au restaurant. Mais je préfère me limiter un peu, respecter les gestes barrière et mettre mon masque plutôt que de finir en réanimation ou de contaminer mon père! 

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Je tiens à redire à Olivier Véran mon entier soutien

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Les jeunes sont frappés de plein fouet par la crise économique. Êtes-vous favorable à l’ouverture du RSA aux 18-25 ans?

Le choix du président de la République a été de revaloriser massivement la prime d’activité, en cohérence avec sa promesse initiale : favoriser l’insertion par le travail. Mais nous avons aussi pleinement conscience du fait que lorsque survient une crise économique, elle touche d’abord et de plein fouet les personnes précaires et les jeunes. De nouvelles mesures ont été prises après celles du printemps : une prime de 150 euros sera versée avant la fin de l’année à chaque personne bénéficiant du RSA et de l’ASS. À ces 150 euros s’ajouteront 100 euros par enfant, dont bénéficieront aussi les foyers qui perçoivent les APL. S’agissant des jeunes, je vous annonce aujourd’hui que nous leur étendons cette aide : 150 euros seront également versés aux 400.000 jeunes qui touchent les APL et aux étudiants boursiers. Au-delà des jeunes, l’acte II de la stratégie pauvreté sera présenté la semaine prochaine. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que la campagne hivernale, qui commence habituellement le 1er novembre, commencera aujourd’hui même. Cela permettra l’ouverture de places d’hébergement afin d’assurer une mise à l’abri dès le début du couvre-feu. 

Des perquisitions ont été menées jeudi, notamment au domicile du ministre de la Santé, Olivier Véran, dans le cadre d’une enquête sur la gestion de la crise sanitaire. Pouvez-vous travailler sereinement dans ces conditions ?

J’ai parfaitement conscience des difficultés du moment, mais je suis aussi très serein. Je tiens à redire à Olivier Véran mon entier soutien. Il a admirablement piloté la crise sanitaire lors de la première vague et il continue de le faire aujourd’hui. C’est une chance de pouvoir compter sur son engagement et sa compétence.

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