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Jean-Philippe Tanguy, l’apparatchik poussé par le RN à la tête de la commission des Finances

logo de Challenges Challenges 28/06/2022 Laurent Fargues
Jean-Philippe Tanguy et Marine Le Pen lors de la présentation du chiffrage du programme de la candidate RN © AFP/Archives - STEPHANE DE SAKUTIN Jean-Philippe Tanguy et Marine Le Pen lors de la présentation du chiffrage du programme de la candidate RN

Député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy est le candidat du Rassemblement national pour la très convoitée présidence de la commission des Finances. Cet homme de partis, longtemps proche de Dupont-Aignan, a tendance à gonfler ses expériences professionnelles et a laissé un piètre souvenir chez General Electric.

Au Rassemblement national, on aime voir qu’une seule tête. Pour la présidence de la commission des Finances, les députés RN se sont vite accordés sur le nom de Jean-Philippe Tanguy, nouveau député de la Somme, comme candidat unique. L’élection, qui doit avoir lieu ce jeudi 30 juin, est l’objet de toutes les tractations au Palais Bourbon entre les élus de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale, des Républicains et du Rassemblement national. "De notre côté, c’est Marine Le Pen qui s’occupe personnellement des négociations, se félicite un député RN. Elle fera tout pour que le poste nous revienne."

Histoire de montrer patte blanche, Jean-Philippe Tanguy, 36 ans, gomme toute aspérité partisane et insiste sur sa volonté de "garantir la bonne tenue des délais des débats budgétaires". Les cadres du RN, eux, vantent la crédibilité économique de leur champion. Le président intérimaire du parti, Jordan Bardella, a rappelé sur France inter, le 23 juin, qu’il "a fait Sciences Po", qu’il "est intéressé par la gestion des finances publiques" et "qu’il a un parcours dans les grandes entreprises". De fait, l’ancien directeur adjoint de la campagne de Marine Le Pen est à la fois diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris. "Je connais les sujets de dépenses publiques et de fiscalité grâce à ma formation, souligne-t-il d’ailleurs, j’ai suivi des cours d’économie politique."

"Pas sur le fond des dossiers"

Mais, depuis ses années étudiantes où il a effectué deux stages chez Hitachi (huit mois) et EDF (six mois), puis a été apprenti chez General Electric, le parcours de Jean-Philippe Tanguy ressemble surtout à celui d’un apparatchik. En 2012, un an après la fin de ses études, il rejoint le leader souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Durant huit ans, il se met au service du petit parti, Debout la France, où il est en particulier chargé de structurer les fédérations locales. "Il a abattu un travail considérable en recrutant des cadres et des candidats avec qui il entretenait un lien direct, relève un ancien du parti. Ce n’est pas un hasard si lorsqu’il quitta le mouvement en 2020 pour rallier Marine Le Pen, plusieurs dizaines le suivront."


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Entre 26 et 34 ans, Jean-Philippe Tanguy est ainsi successivement assistant parlementaire de Nicolas Dupont-Aignan, membre de son staff de campagne et son directeur de cabinet à la communauté d’agglomération du Val d’Yerres. Avec souvent des contrats à temps partiel afin de garder du temps pour le parti à titre bénévole et éviter tout procès en mélange des genres. Il a aussi été candidat Debout la France aux régionales de 2015 dans les Hauts-de-France et aux européennes de 2019.

Pur politique

"En tant que directeur de cabinet de Nicolas Dupont-Aignan, j’avais une grande autonomie, avance-t-il. Je me suis en particulier occupé de dossiers très concrets, comme la fusion des communautés d’agglomération de Val d’Yerres et Val de Seine ou l’alignement de la fiscalité locale." Une description de son rôle qui ne correspond pas franchement au souvenir de ceux qui l’ont côtoyé à l’époque. L’ex-maire de Draveil, George Tron, qui a ferraillé contre la fusion les deux communautés d’agglomération, "ne l’a jamais eu comme interlocuteur technique". Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il assure que "Jean-Philippe Tanguy supervisait la communication, la publication du journal municipal, les relations avec les élus, etc., mais n’intervenait absolument pas sur le fond des dossiers ayant trait aux dépenses publiques ou aux impôts locaux".

De même, les fréquentes allusions de Jean-Philippe Tanguy à son expérience chez General Electric font sourire ses anciens collègues. "Il a été apprenti il y a plus de dix ans au sein de la cellule de communication durant moins de deux ans", commente sobrement Clara Gaymard, l’ex-patronne de General Electric France. Il n’était donc ni le chef de cabinet de la présidente, ni un spécialiste de l’énergie. "Il sortait à peine de l’école et tout le monde le surnommait "chaton", complète un ex-cadre du groupe. Alors quand il s’est ensuite présenté comme un lanceur d’alerte qui avait prédit le rachat d’Alstom, on a trouvé qu’il réécrivait totalement l’histoire."

Création de son propre parti 

Au cours de son passage chez le géant américain de l’énergie, un épisode a toutefois laissé un goût amer. Alors que Clara Gaymard lui avait passé temporairement une clé USB pour imprimer des documents, la patronne fut désagréablement surprise de constater qu’il était incapable de la lui rendre deux jours plus tard. "Il avait visiblement emporté la clé chez lui avec tous les documents sans que l’on sache pour quel usage, décrit un ancien cadre de General Electric. D'un coup, il a eu aux yeux de Clara Gaymard l’image de quelqu’un de peu fiable, voire de malveillant." Une version que récuse Jean-Philippe Tanguy: "j’ai eu accès à ces données accidentellement et j’ai rendu la clé au bout d’une semaine".

Chez ses anciens camarades de Debout La France, l’histoire est pourtant bien connue. "C’est un pur politique qui a le réflexe de récupérer tout élément qui pourrait lui servir plus tard", confie un ancien du mouvement. En mars 2021, il a d’ailleurs créé son propre parti politique, L’Avenir Français. Un mouvement qui se dit "gaulliste", et a vocation à permettre à des cadres et militants LR de se rapprocher de Marine Le Pen sans adhérer au RN. Il a élu six députés le 19 juin dernier. Signe que les ambitions de Jean-Philippe Tanguy ne s’arrêtent sans doute pas à la commission des Finances.

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