Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Le débat Mélenchon-Zemmour, grand show pugilistique avec l’immigration en leitmotiv

logo de L’Obs L’Obs 24/09/2021 Timothée Vilars et Margaux Otter
© Copyright 2021, L'Obs

C’était le « match du siècle », « The Rumble in the Jungle », monté en sauce au niveau des plus grands événements sportifs par BFMTV et les partisans des deux camps, à grands coups de supportérisme, de teasers avec musique épique et de « trash talk » sur les réseaux sociaux. Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon se sont donc affrontés ce jeudi 23 septembre au soir sur BFMTV, trente-deux ans après le débat Tapie-Le Pen, première occurrence d’un grand débat télévisé en prime time mettant en scène une personnalité politique d’extrême droite.

Mélenchon ou Zemmour ? 69 % des Français les jugent incapables de gouverner

Et comme à l’époque, les décibels ont volé entre les deux bretteurs, partagés entre le dégoût mutuel et un manifeste plaisir à croiser le fer. « Vous ne voudrez pas comme moi que ce soit un match : ni combat de coqs, ni perfidie mondaine », débute Mélenchon. S’accusant chacun d’être un « danger » pour la France, les deux adversaires ont pourtant, pendant près de deux heures dix, maintenu un niveau d’animosité qui n’épargnait pas les deux malheureux journalistes préposés à l’arbitrage du débat. « Je suis là pour débattre avec M. Mélenchon, pas pour répondre à vos questions », balaie à plusieurs reprises Zemmour, qui sort ostensiblement son téléphone portable pendant la séance obligée de « fact-checking ». « Vous voyez, il y a plus désagréable que moi ! » s’amuse Mélenchon.

D’un coup, le paysage politique français s’est comme rétréci, il ne semble plus rien exister entre l’éditorialiste nationaliste et le leader insoumis, ni Emmanuel Macron dont le nom n’aura été prononcé qu’à deux ou trois reprises, ni Marine Le Pen, complètement disparue des esprits le temps d’une soirée : Zemmour et Mélenchon semblent animer, avec acharnement, le débat d’entre-deux-tours d’une réalité parallèle sous haute tension. Dès l’entrée, choix entériné par les trois parties, le débat se concentre sur l’immigration, l’islam et l’insécurité, avant de basculer dans une seconde partie sur l’économie, le social et l’écologie : chacun va jouer une mi-temps à domicile.

Eric Zemmour et 2022 : la stratégie du quitte ou double

« Je suis Français, mais ce n’est pas la même chose »

Dès les premières minutes, Zemmour égrène ses statistiques migratoires, une « avalanche de chiffres pour créer une ambiance de cauchemar », selon les mots de Mélenchon. « Je ne vais pas me laisser promener d’un chiffre à l’autre », évacue le leader insoumis, qui va opposer à l’assimilation de Zemmour son concept, inspiré du poète martiniquais Edouard Glissant, de « créolisation », selon lequel « les êtres humains se rassemblent et forment quelque chose en commun ».

« La France est ce méli-mélo singulier, unique au monde, qui culmina avec l’idée extraordinaire des droits de l’homme. […] Ce qui a fécondé la France, c’est cette immense idée de l’être humain créateur de sa propre histoire. »

« On va y aller carrément », réplique Zemmour : « Créoliser, je ne sais pas ce que ça veut dire. C’est une espèce de chimère pseudo-poétique pour vanter une fois de plus la mondialisation et ses grands mérites. »

Qui est Sarah Knafo, l’énarque dans l’ombre d’Eric Zemmour ?

Dénonçant l’islam, « pas compatible avec la France », le journaliste du « Figaro » n’attendra pas longtemps avant de recourir à son péché mignon, l’argument onomastique : la question des « prénoms français » revient en boucle tout au long du débat, donnant lieu à des échanges surréalistes comme lorsque Eric Zemmour évoque le faible nombre de « noms français » sur les listes de détenus. « Un nom français, c’est un nom qui est porté par un Français ! » réplique Mélenchon du tac au tac.


Vidéo: Débat Zemmour-Mélenchon : ce geste d'Eric Zemmour qui a fait réagir la Toile (Dailymotion)

Relire la vidéo

Zemmour : « Moi par exemple, j’ai un nom qui n’est pas français à l’origine »

Mélenchon : « Et on vous compte comment si on vous met en prison ? »

Zemmour : « On me compte comme un nom non-français. »

Mélenchon : « Mais pourtant vous êtes Français ! »

Zemmour : « Je suis Français, mais ce n’est pas la même chose. »

D’origine berbère, le futur candidat d’extrême droite renvoie Mélenchon à son nom espagnol et à sa naissance au Maroc : « Vous êtes le produit de mon idée de la France […], de l’assimilation à la française, et vous le reniez aujourd’hui ! »

Dénonçant une vision « rabougrie » du monde, Jean-Luc Mélenchon imagine le « Zemmouristan » et assure que ce pays existe :

« C’est un pays où les femmes sont rabaissées, où il y a la peine de mort, où les homosexuels sont punis. […] Ça s’appelle l’Arabie saoudite. »

Mal à l’aise sur la question climatique

Les animateurs doivent recadrer les débats, car l’on pourrait encore débattre d’islam à minuit et demi, et enchaînent avec les sujets économiques. A l’optimisme de Mélenchon – qui propose une augmentation du Smic de 16 % car « de l’argent, il y en a » – Zemmour oppose son déclinisme : « Je ne crois que nous soyons un pays si riche. La France est au contraire en voie d’appauvrissement, de déclin, de tiers-mondisation. » En cause ? L’entrée de la Chine dans l’OMC il y a vingt ans, et « un Etat providence devenu obèse » : pour seul argument, Zemmour cite l’analyse du controversé magistrat Charles Prats, qui évoque le chiffre mirobolant de 50 milliards d’euros par an de fraude sociale (contre 1 milliard d’euros de fraude détectés, selon la Cour des comptes).

Même quand le débat se déporte sur l’environnement, le sujet migratoire n’est jamais bien loin. Est-ce une priorité pour Eric Zemmour ? « J’ai dit ma priorité : la lutte contre l’immigration », répète-t-il à l’attention des téléspectateurs les plus distraits. Dès lors contraint de parler du réchauffement climatique, il fait preuve d’une humilité inhabituelle :

« Sur l’environnement, il y a apparemment, je ne suis pas un spécialiste, si j’en crois les scientifiques, enfin beaucoup de scientifiques car il y a des débats, il y a une augmentation du CO2 dans l’atmosphère. Je ne suis pas un spécialiste, vous non plus. »« C’est cette fois ou jamais » : Mélenchon affiche sa résolution pour son entrée en campagne

Pour Zemmour, la France se débrouille déjà formidablement sur les questions écologiques et devrait se « féliciter » et faire « des cocoricos tous les jours », notamment grâce à son industrie nucléaire peu carbonée. « A ce jour, il n’y a jamais eu d’accident nucléaire en France », avance-t-il même à tort − deux accidents nucléaires de niveau 4 sont survenus en France, dans le Loir-et-Cher en 1969 et 1980. « On progresse, on enfouit les déchets de plus en plus profondément », s’émerveille-t-il avant de préciser « tout le mal » qu’il pense des éoliennes. « Vous regardez le nucléaire avec les yeux des années 1960, vous êtes ébloui », s’amuse Mélenchon.

« Peut-être des immigrés, qu’est-ce que vous en pensez ? »

Quant à la désertion grandissante des urnes par les Français, comment la comprendre ? « L’abstention massive, qui croît lentement depuis vingt ans, vient… » « Peut-être des immigrés, qu’est-ce que vous en pensez ? » coupe Mélenchon, hilare. « Ne vous moquez pas de l’angoisse existentielle du peuple français, M. Mélenchon », réplique Zemmour, pas amusé du tout. « Vous êtes légèrement rayé, comme disque », pointe le député insoumis, qui accuse son adversaire de « pousser les gens à la guerre civile ».

« Ça touche à tous les sujets et ça hante les Français […] Si on continue comme cela, la France de 2050 sera un Liban en grand, le peuple français aura petit à petit été remplacé par un autre peuple », croit savoir le chroniqueur, selon qui les Français se sentent « expropriés de leur propre pays ». Incarne-t-il leur candidat ? « Je ne sais pas si c’est moi, mais il manque le candidat pour incarner cela. On verra. Vous permettez que je choisisse mon moment », élude de nouveau Zemmour… même si le suspense sur ce sujet est de moins en moins intense.

Publicité
Publicité

Plus d'info : L'Obs

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon