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«Melmoth Furieux», tornade à la communarde

logo de Liberation Liberation 14/09/2021 Frédérique Roussel
© Fournis par Liberation

On a besoin d‘utopies. Et c’est sans doute la qualité première de Melmoth Furieux, d’en être justement une folle furieuse. Le dernier roman de Sabrina Calvo a été chercher ce qui incarne une utopie très symbolique même si elle a été écrasée, la Commune, dont les commémorations du 150e anniversaire se poursuivent un peu partout en France. Elle en reprend la forme, le souffle, le désordre chantant et la vision communautaire. Elle évoque aussi un de ses principaux personnages, Eulalie Papavoine, couturière et ambulancière communarde, arrêtée comme meneuse et condamnée à la déportation le 4 septembre 1871. Sa narratrice, Fi, qui a grandi à l’Orée du Bois, cité écrasée avec ses parents par les «bulldozers de la flicaille et de la finance», une presque quadragénaire pleine de colère, est elle aussi une couturière.

Lutte entre privilégiés et antisystème

Mais ce n’est évidemment pas un remake. Admettons que la cérémonie d’inauguration de Disneyland ait foiré en avril 1992, vrillée par des bombes et des manifestations, épouvantée par une immolation au pied du château. Uchronie choisie pour détrôner un monde de pacotille et de spectacle, cachant la violence d’une exploitation souterraine. Le kamikaze, Medhi, était le frère de Fi, et elle rumine sa revanche, rêve de brûler ce parc maudit devenu une sorte de camp de concentration. Elle a rejoint la commune libre de Belleville, un des camps retranchés parisiens avec d’autres comme la Place des Fêtes. C’est une zone qui grouille d’enfants perdus, de gueules cassées et de poètes, au premier rang un Villon tatoué et étrangement fluorescent. Une maison au passé sombre, rue des Envierges, devient leur lieu de réconfort, où s’égaient des adolescents. Les barricades contiennent, mais pour combien de temps, l’assaut inévitable des «fafs». Une ombre terrible menace, celle de Melmoth et de ses milices aux trois cercles noirs. C’est l’histoire éternelle de la lutte entre privilégiés et antisystème, entre rêve et obscur, entre merveilleuse déglingue et magie noire, entre émancipation et soumission.

La réussite du roman tient beaucoup dans l’incroyable poésie punk de son héroïne fashionista, à ses tenues, aux robes chatoyantes qu’elle réalise, à des passages sublimes sur le rapport du corps à la matière, au façonnage. A cet atelier collectif qui recompose les tissus pour en pavoiser les rues bellevilloises. Il y a ce permanent corps à corps de Fi avec l’aiguille et les étoffes, et même avec les vivants, quasiment une métaphysique. «Posée sur un tabouret, coudre à m’en faire saigner le bout des doigts. Les rotations du poignet entre les ongles suspendus et le fil et l’aiguille. j’entre dans ce souffle doux, de patience et d’attention, où chacun de mes gestes est dansé. Une lente tâche qui engage mon corps entier, penché sur l’ouvrage. Là dans la matière je trouve sensualité, je trouve expression du silence qui enfle et gonfle et déforme pour tirer, ouvrir et devenir.» Il y a aussi palpable dans le texte une énergie pulsée par la colère. L’envie d’en découdre, l’exaltation donnée par des moyens de lutte inédits et la foi dans une utopie volontaire.


Vidéo: L'Arc de Triomphe en passe d'être "emballé", oeuvre posthume de Christo (AFP)

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Sabrina Calvo, Melmoth Furieux, La Volte, 312 pp., 18 € (ebook : 10,99 €).La librairie le Monte-en-l’air propose une rencontre avec Sabrina Calvo vendredi à 19 heures (2, rue de la Mare, 75020).
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