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Pédophilie : la réparation financière au coeur de l'assemblée des évêques à Lourdes

logo de L'Express L'Express 05/11/2019 lexpress.fr

Les associations de victimes mettent en garde les évêques, réunis à partir de ce mardi à Lourdes, contre un "forfait au rabais" et une opération "de communication".

Les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de mardi à Lourdes. © afp.com/ERIC CABANIS Les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de mardi à Lourdes.

Plusieurs victimes de pédocriminalité dans l'Église craignent un "forfait au rabais" et une opération "de communication". Les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de ce mardi à Lourdes pour parler notamment d'écologie, mais surtout pour voter samedi le principe et les modalités d'une "allocation de reconnaissance financière" pour les victimes.

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Le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) Thierry Magnin, a indiqué qu'il ne s'agirait pas d'une "indemnité" mais d'un "forfait, dont le montant fait partie des discussions". Les évêques devront aussi se prononcer sur la création d'un "fonds spécifique de dotation", alimenté par un appel aux dons permettant de financer cette allocation. Inédit en France, un tel mécanisme permettrait de "poser des gestes concrets à destination des victimes", affirme Thierry Magnin, dans une vidéo présentant cette rencontre.

Ce "geste fort de solidarité s'adressera à toutes les personnes reconnues comme victimes car déjà passées par des procédures de justice civile, et aux victimes dont les faits sont prescrits et qui se sont manifestées auprès des cellules d'écoute dans les diocèses", selon lui.

Si ces mesures de réparation financière sont réclamées avec force par les associations de victimes, ce schéma en a fait réagir plusieurs: "Le fait qu'ils prévoient une 'allocation' et non une 'indemnisation', laquelle les engagerait juridiquement, montre bien qu'ils n'assument pas la responsabilité collective de ce fléau", a déclaré Olivier Savignac, du collectif "Foi et résilience".

"À moitié entendus"

"On va avoir un forfait de quelques milliers d'euros", "ce n'est pas suffisant et cela ne prend pas en compte les cas singuliers. Il faudrait des barèmes d'indemnisation sur le modèle des Cotorep [pour le handicap]", a-t-il ajouté. Il craint "un forfait au rabais" et une "manoeuvre de communication" des évêques.

"Cette proposition ne correspond ni aux attentes ni aux besoins des victimes, a renchéri Jean-Luc Souveton, lui aussi membre du collectif présent à Lourdes jeudi. Qui peut se satisfaire de cela? C'est une manière, pour l'institution, de se donner bonne conscience".

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Pour octroyer cette "allocation", "il y aurait besoin d'une commission indépendante qui reçoive les victimes", à la fois pour "évaluer ce dont elles ont besoin individuellement", mais aussi parce que dans certains diocèses "les relations entre victimes et l'évêque sont trop tendues", plaide Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Étienne, lui-même victime d'agressions sexuelles.

"On est reconnaissant du dialogue entamé il y a un an, mais on est seulement à moitié entendus", affirme Véronique Garnier, victime présente jeudi également, pour qui "un geste financier" de type forfait n'est "pas une réparation juste" et ne permet pas une "reconnaissance de la responsabilité collective de l'Église (...) Or le plus important, c'est que l'Église reconnaisse que les agressions sexuelles n'étaient pas quelques cas isolés, mais bien un système dont toute l'institution a été responsable".

À l'automne dernier, les évêques avaient donné leur feu vert à la création d'une Commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l'Eglise depuis les années 1950. Elle est présidée par l'ancien vice-président du Conseil d'Etat Jean-Marc Sauvé, qui viendra exposer l'avancement de ses travaux à Lourdes devant les évêques le 7 novembre.

Une nouveauté: 200 invités

Autre grand sujet à Lourdes: l'écologie, à laquelle sont consacrés les deux premiers jours de l'assemblée plénière. Les évêques viendront chacun avec deux personnes de leur diocèse, soit au total 200 personnes - hommes ou femmes dans des mouvements ou associations d'Église ou investis dans leurs paroisses - pour discuter de ce thème cher au pape, qui avait publié en 2015 l'encyclique "Laudato si" à tonalité écologique et sociale.

"C'est la première fois que les évêques seront minoritaires dans leur assemblée plénière. L'idée est d'entrer davantage dans une conversion écologique, collectivement, au niveau des évêques et dans les diocèses", souligne Thierry Magnin.

Enfin, la rencontre des évêques se fera l'écho du synode sur l'Amazonie qui vient de se conclure. Le 27 octobre, les évêques de cette région ont demandé au pape d'ouvrir la prêtrise aux hommes mariés et d'envisager que des femmes soient diacres, deux sujets tabous pour les catholiques traditionalistes dans le monde. Toutefois, l'épiscopat français ne se positionnera pas formellement sur ce sujet.

Dimanche, Eric de Moulins-Beaufort, qui oeuvrera pour la première fois à Lourdes en tant que président de la CEF, viendra clore ces six jours de travaux.

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