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Paul François vainqueur face à Monsanto : «Quelle valeur a ma santé ? Celle de ma famille ?»

logo de Liberation Liberation 21/10/2020 Aude Massiot
Paul Francois au tribunal de Lyon, le 6 février 2019. © JEFF PACHOUD Paul Francois au tribunal de Lyon, le 6 février 2019.

L'agriculteur se dit soulagé de l'issue positive, rendue par la Cour de cassation ce mercredi, dans la procédure judiciaire qui l'opposait à la firme américaine. Mais il confie regretter s'être lancé dans ce combat qui l'a épuisé, ainsi que sa famille.

«Soulagement», «délivrance»… Paul François ne trouve pas les mots. Mercredi, la Cour de cassation a mis fin à la bataille judiciaire qui l’opposait depuis 2007 à Monsanto (depuis racheté par Bayer), donnant ainsi raison à agriculteur empoisonné par le pesticide de la firme appelé Lasso, aujourd’hui interdit dans de nombreux pays. Depuis la maison de sa mère, où il a attendu la décision entouré de sa famille, Paul François se livre à Libération.

Attendiez-vous une telle décision de la Cour de cassation ?

Pour être honnête, j’étais très méfiant. On affronte quand même un grand groupe industriel. Sans tomber dans la paranoïa, il peut faire pression pour éviter une condamnation. Je m’attendais peut-être aussi à une défaite parce que je suis fatigué, usé par ce procès. Mais c’est une délivrance… Quatorze ans de combat. Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, mais peu de gens peuvent s’imaginer ce que signifie de s’attaquer à un tel groupe international. C’est littéralement un combat de tous les jours. Combat qui a eu des conséquences sur ma vie familiale.

Aujourd’hui, avec mes proches, on a beaucoup pensé à ma femme, décédée en 2018 d’une rupture d’anévrisme. Elle m’a toujours soutenu, même si elle était au départ opposée à cette procédure. Je ne veux pas dire que ce qui lui est arrivé est une conséquence du procès, mais le stress a pu jouer un rôle. Dans une telle affaire, on s’expose médiatiquement. On se demande souvent pourquoi on s’est lancé dans un tel combat. Bien sûr, mon avocat me dit que la décision de la Cour de cassation créera une jurisprudence qui pourra servir à d’autres personnes. J’en suis content.

Vous regrettez d’avoir initié ce procès ?

Quand je vois l’impact qu’il a eu sur notre vie, je regrette, oui. C’est trop cher payé pour un individu et sa famille. On prend des coups. On finit par avoir envie de baisser les bras. On se dit : tout ça pour ça. Bayer va sûrement continuer à vouloir faire traîner la procédure d’indemnisation pendant peut-être deux ou trois ans. Au moins, ils ne peuvent plus dire qu’ils n’ont pas été condamnés. La Cour de cassation a rejeté point par point tout leur argumentaire.

Certains m’ont décrit comme un lanceur d’alerte. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je ne vois pas qui se lancerait dans un tel combat en connaissance de cause. On n’a rien à y gagner. Les indemnisations ne couvriront jamais ce que le procès nous a coûté. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis. Et quelle valeur a ma santé ? Celle de ma famille ? Notre temps ? Avec ma femme, nous avons vécu vingt-huit ans de mariage, dont quatorze ans de combat. Qui ne souhaite pas autre chose pour sa vie conjugale ?

Votre état de santé s’est-il amélioré ?

Pas vraiment, j’oscille entre les séquelles de l’accident et l’épuisement. Heureusement, j’ai un salarié et ma fille pour prendre le relais sur mon exploitation.

Avez-vous l’impression que vous pouvez tourner la page de cette affaire ?

En tout cas, j’en ai envie. Je veux avoir une autre vie. Oublier, si c’est possible, ce combat. Me soigner. Je pars en maison de repos maintenant. Je vais transmettre ma ferme de 240 hectares à des jeunes. Le passage en bio a sûrement été ma première victoire face à Monsanto, pouvoir montrer qu’on peut se passer de leurs produits. Je passe aussi le relais dans l’association Phyto-Victimes, dont j’ai été président pendant huit ans. J’en reste adhérent et membre actif bien sûr.

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