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Plusieurs rassemblements en France contre la proposition de loi « sécurité globale »

logo de Le Monde Le Monde il y a 3 jours Le Monde.fr

L’article 24 du texte, adopté par l’Assemblée vendredi, concentre de très vives critiques, notamment de la part des journalistes, qui y voient de potentielles atteintes à la liberté d’informer.

Manifestation contre la loi « sécurité globale » à Paris mardi 17 novembre. © Fournis par Le Monde Manifestation contre la loi « sécurité globale » à Paris mardi 17 novembre.

« Même pas drone », « floutage de gueule ». Plusieurs rassemblements ont lieu, samedi 21 novembre, en France contre la proposition de loi dite de « sécurité globale » dont l’un des articles concentre de très vives critiques de la part des journalistes français, qui y voient un risque d’entrave à la liberté d’informer.

L’article 24, adopté par l’Assemblée nationale vendredi soir, prévoit de punir « d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende » le fait de diffuser des images non floutées d’un policier ou d’un militaire « dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique », et crée par la même occasion un nouveau délit dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

A Paris, un rassemblement a démarré à 14 h 30 sur la place du Trocadéro à l’appel de syndicats de journalistes, de sociétés de rédacteurs, dont celle du Monde, et des associations Ligue des droits de l’homme et Amnesty France.

Pierre Bouvier est journaliste au Monde.

D’autres manifestations sont également prévues à Marseille, ou bien encore Montpellier, Rennes et Saint-Étienne. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) en a recensé une vingtaine.

« Glissement »

A Lille, environ un millier de personnes se sont rassemblées samedi matin sur la place de la République devant la préfecture du Nord, selon notre journaliste sur place. « C’est du grand floutage de gueule », « Sécurité globale = libertés minimales », « des vidéos, pas des lacrymos », « la dictature en marche » ou encore « Nos images sont la véritable IGPN », pouvait-on lire sur les pancartes qui ciblaient pour la plupart la dérive sécuritaire de la société.

« Il y a un glissement de la société dans la manière dont le gouvernement traite les droits de l’homme par un encadrement policier », a expliqué Michel Philibert, membre du bureau de la Ligue des droits de l’homme, organisme à l’origine du rassemblement qui s’est déroulé dans le calme et en présence d’un important dispositif policier. « Une société démocratique ne passe pas par une société surveillée et cadenassée, a ajouté le retraité de l’éducation nationale. Il y a un traitement policier du mécontentement social qu’on est nombreux à regretter. »

Franck Bazin, journaliste localier et élu SNJ à la commission de la carte de presse, a lui dénoncé cet « arsenal législatif, coup médiatique et émotionnel, alors que les lois existantes permettent de faire valoir les droits, y compris pour les policiers ». Mais bien au-delà des journalistes, ce sont les citoyens qui sont venus exprimer leur colère. « On a l’impression que toutes nos libertés reculent sur tous les plans, soupiraient Julie et Inès, professeurs en lycée. On sait que l’on est dans un contexte particulier et que l’on doit faire des efforts mais pas à n’importe quel prix. Cette loi limite la liberté d’expression et encourage à masquer les violences policières ».

« Une entrave au droit d’informer »

A Paris, une première manifestation, mardi soir aux abords de l’Assemblée nationale, a rassemblé plusieurs milliers de personnes avant de donner lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Deux journalistes ont été interpellés et placés en garde à vue alors qu’ils y exerçaient leur métier.

Pour justifier l’attitude des policiers, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a par la suite déclaré que, « si les journalistes couvraient des manifestations », ils devaient « se rapprocher des autorités » afin de « se signaler, pour être protégés par les forces de l’ordre ». Vendredi, de très nombreux responsables de rédactions ont signé une tribune pour affirmer qu’ils refuseraient d’« accréditer » les journalistes pour couvrir ce type d’événements.

Lors des débats à l’Assemblée, M. Darmanin a assuré vendredi soir que cet article 24 « ne contrevient en aucun cas à la liberté de la presse et à la liberté d’informer ». « Un journaliste ou un citoyen qui filme une opération de police pourra bien sûr continuer de le faire. En revanche, ceux qui accompagnent leurs images d’un appel à la violence, en diffusant les noms et les adresses de nos policiers, ne pourront plus le faire », a-t-il dit.

L’argument n’a pas apaisé les craintes. « Maintenir cet article 24 est une entreprise de dissuasion massive d’exercer ces libertés fondamentales pour chaque citoyen car il permet de procéder à des interpellations et des gardes à vue préalables sans fondement », a dénoncé le député Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de sécurité à La France insoumise.

Une quarantaine de rédactions françaises, dont celle du Monde, reprochent pareillement au ministre de l’intérieur de vouloir porter atteinte à la liberté de la presse par le biais de cette proposition de loi mais aussi via le nouveau schéma national du maintien de l’ordre présenté en septembre.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) juge pour sa part que « si le risque de condamnation de journalistes sur le fondement de ce texte [de loi] est faible, les policiers pourraient procéder, sur le terrain, à l’arrestation d’un journaliste en train de filmer leurs opérations, ce qui représente une entrave au droit d’informer ».

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