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Pour les étudiants, une rentrée dispendieuse

logo de Liberation Liberation 16/08/2022 Perrine Bontemps
A Montreuil, le 19 janvier, dans une "colocaction" mise en place par l'association ATD-Quart monde. © Albert Facelly A Montreuil, le 19 janvier, dans une "colocaction" mise en place par l'association ATD-Quart monde.

La crise sanitaire a révélé une précarité étudiante aussi bien financière que psychologique, affective et sociale. L’inflation qui s’accélère, pour atteindre 6,1% en juillet, est venue renforcer les difficultés financières des étudiants, ce qui pourrait affecter en cascade leur santé et leur réussite scolaire. Pour la vingtième année consécutive, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) publie son indicateur du coût de la rentrée étudiante. Au lendemain de la publication d’une enquête de l’Union nationale des étudiants de France (Unef), qui fait état d’une augmentation de 6,47% du coût de la vie étudiante, la Fage dresse un constat tout aussi inquiétant. Bien qu’une rentrée difficile se dessinait depuis quelques mois, le résultat est «beaucoup plus conséquent» que ce à quoi s’attendait la Fage. «Il nous a un peu glacé le sang», confie à Libération son président, Paul Mayaux.

Le coût moyen de la rentrée pour un étudiant est de 2 527,01 euros cette année, ce qui représente une augmentation de 7,38% par rapport à 2021. Il s’agit de la hausse annuelle la plus forte jamais enregistrée par l’indicateur en 20 ans. Dans cet indicateur du coût de la rentrée étudiante, la Fage distingue deux types de frais : ceux de la vie courante qui s’élèvent en moyenne à 1 219 euros, en hausse de 1,92%, et ceux spécifiques à la rentrée évalués à environ 1307 euros, en hausse de 13,04%. Les régions sont encore plus touchées par cette augmentation (+13,85%) que l’Ile-de-France (+11,82%). «On assiste à une hausse considérable au niveau des frais spécifiques de rentrée», alerte Paul Mayaux. Cette flambée peut notamment s’expliquer par la montée des prix en matière de complémentaire santé, d’assurance logement, ainsi que du matériel pédagogique, qui inclut «tout ce qui va permettre de faire une bonne rentrée universitaire : les manuels, mais également tout ce qui va être trousse, bloc note, stylos, sac à dos…» détaille le président de la Fage.

La santé des étudiants mise à mal

Les complémentaires santé représentent la hausse la plus spectaculaire révélée dans ce rapport : la facture bondit de plus de 32% par rapport à la rentrée précédente pour les étudiants, qui devront débourser en moyenne 411,13 euros pour l’année scolaire 2022-2023. La question de la santé étudiante est primordiale, comme a pu le révéler la période de crise sanitaire. Néanmoins, le président de la Fage souligne que «40 % des étudiants renoncent à des soins dont 43 % pour raisons financières». L’augmentation des complémentaires santé vient se greffer à une situation déjà critique. Au-delà des raisons financières, il existe un manque d’offre considérable. L’exemple des consultations psychologiques est représentatif : «c’est compliqué d’avoir une consultation psy quand il y a plusieurs mois voire années d’attente dans les services de santé universitaires», pointe Paul Mayaux. D’après la Fage, il y aurait aujourd’hui un psychologue pour 15 000 étudiants dans les services de santé universitaires, alors qu’il en faudrait un pour 1 000 à 1 500. «Nous sommes bien loin d’un dispositif satisfaisant, ces différents facteurs causent donc un taux de non-recours aux soins assez considérable», résume le président de la fédération.

Les toits se font rares

Le logement reste le premier poste de dépense d’un étudiant, pour une moyenne de 552 euros en France chaque mois. Un budget qui a augmenté de 1,8 % en région alors qu’il est en légère baisse en Ile-de-France (-0,52%). Si les prix restent contenus, le manque d’offres disponibles n’aide en rien les recherches pour la rentrée. La fédération rappelle que seuls 38 000 logements étudiants ont vu le jour en cinq ans, bien moins que les 60 000 prévus au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. En parallèle, les étudiants continuent d’être toujours plus nombreux chaque rentrée : après une hausse significative l’année dernière, 33 400 nouveaux inscrits devraient encore s’ajouter ces prochaines semaines, ce qui représente 79 000 primo-arrivants de plus sur deux ans.

Faute d’avoir trouvé de logement à temps pour la rentrée universitaire, certains étudiants doivent faire face à des situations extrêmes, comme dormir dans la rue ou dans un camping. C’est notamment le cas à Angers, où la Fage a mis en place un système de logements provisoires. Parmi les mesures défendues par la fédération, la généralisation de l’encadrement des loyers dans l’ensemble des villes en tension, ainsi qu’une réforme des aides au logement (APL). Ces dernières ont été revalorisées de 3,5% cet été, un coup de pouce qui ne compense cependant pas certaines charges à la hausse, souligne la Fage.

Les bourses sur critères sociaux, un système à revoir

Depuis 2003, et son premier indicateur du coût de la rentrée étudiante, la Fage a constaté une hausse des frais de 55%, alors qu’en parallèle, les bourses sur critères sociaux ont été augmentées de seulement 33%. Paul Mayaux évoque des «mesures non sur le montant mais sur l’assiette», qui ont permis d’ouvrir à plus de personnes issues des classes moyennes basses l’accès aux bourses. Ces mesures, bien que nécessaires, n’ont pas été suffisantes pour faire disparaître la précarité étudiante. La fédération, aux côtés d’autres structures, milite pour une refonte du système de bourses sur critères sociaux afin notamment de l’étendre sur douze mois au lieu des dix mois actuels, mais aussi «lisser les échelons afin d’endiguer les effets de seuil, revaloriser les bourses sur critères sociaux et permettre aux étudiants boursiers de bénéficier de la complémentaire santé solidaire», précise Paul Mayaux. Des concertations sur le sujet sont prévues à la rentrée avec Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Si la précarité étudiante continue d’évoluer de la sorte, ce sont des conséquences toujours plus importantes auxquelles la jeune génération va devoir faire face. «S’en sortir, ça devient mission impossible», se désole le président de la Fage. Alors que de nombreux étudiants doivent prendre un emploi salarié, «le risque de décrochage s’accentue au-delà de douze heures de travail hebdomadaires», sans parler des prêts qui les engagent sur plusieurs années. Sans mesure forte, la situation ne risque pas de s’améliorer.

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