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Retraites : un samedi soir agité à Paris, des rassemblements dans toute la France

logo de Liberation Liberation 19/03/2023 LIBERATION, AFP
Les opposants à la réforme des retraites se sont repliés sur la place d’Italie, dans le XIIIe arrondissement de Paris, où un rassemblement statique était organisé à l’appel de la CGT Ile-de-France. © Bart Biesemans Les opposants à la réforme des retraites se sont repliés sur la place d’Italie, dans le XIIIe arrondissement de Paris, où un rassemblement statique était organisé à l’appel de la CGT Ile-de-France.

Ça se tend… Après l’activation du 49.3 et avant le débat sur les motions de censure contre le gouvernement, les opposants à la réforme des retraites ont mis à profit le week-end pour exprimer leur colère. A Paris, des manifestants s’étaient donné rendez-vous place de la Concorde et sur les Champs-Elysées. Mais ces deux lieux, proches de l’Assemblée nationale pour l’un, de l’Elysée pour l’autre, ont été interdits par la préfecture de police de Paris, après deux soirées émaillées d’incidents contre le recours au 49.3.

Les opposants à la réforme des retraites se sont donc repliés sur la place d’Italie, dans le XIIIe arrondissement de Paris, où un rassemblement statique était organisé à l’appel de la CGT Ile-de-France. Cette mobilisation s’est muée en cortège, prenant d’abord la direction du sud de la capitale. Près de trois heures après le début de ce rassemblement, les forces de l’ordre tentaient toujours de disperser les près de 4 000 personnes présentes, selon la préfecture de police de Paris. Des heurts se sont produits en début de soirée : feux de poubelles, abris-bus saccagés, barricades improvisées… Face aux casseurs, les organisateurs ont assez vite décidé la dissolution de la manifestation. Selon une source policière, le calme est revenu vers 22 h 30, et 122 personnes ont été interpellées.

Des mobilisations dans le reste de la France

Quelques centaines de manifestants ont défilé à Marseille. Dont Romain Morizot, 33 ans, ingénieur télécom dans l’aviation, qui témoigne : «Que nous reste-t-il à part continuer à manifester ? On n’a que la mobilisation, qui était pacifique jusqu’au 49.3. Mais maintenant, ça va potentiellement mettre de la tension sociale partout. On va continuer, on n’a pas le choix.»

Les rassemblements se sont déroulés dans plusieurs lieux en régions, des grosses villes aux bourgs moyens : Lille, Amiens, Caen, Saint-Etienne, Roanne, Besançon, Dijon, Grenoble, Gap, Annecy, Lodève etc.

Certains cortèges ont compté plusieurs milliers de personnes, comme à Nantes (6 000 selon la police, 15 000 selon les syndicats) ou Brest (entre 5000 et 8000), avec quelques tensions. A Nantes, le périphérique a été bloqué le matin, à hauteur d’un rond-point qui dessert le centre commercial Atlantis, l’un des plus grands de la région. Une opération levée à la mi-journée. A Lyon, la préfecture a annoncé sur Twitter l’interpellation de 15 personnes après des incidents causés par «des groupes d’individus violents» près de la place Bellecour.

A Besançon (Doubs), 300 manifestants ont allumé un brasero le matin et certains y ont brûlé leur carte d’électeur, selon un correspondant de l’AFP. «Que vais-je répondre à des jeunes qui me disent que voter, ça sert à rien ? Moi, j’ai élu mon député et il est privé de vote. On est en plein déni démocratique, déclare Nathalie, trentenaire, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. Je brûle aujourd’hui ma carte d’électeur symboliquement parce que M. Macron vient de nous prouver que ça ne servait à rien.»

Le Président «suit évidemment l’évolution de la situation»

Dans les rues de Meaux (Seine-et-Marne), quelque 200 personnes ont défilé, avec le leader de la CGT, Philippe Martinez. Dans la matinée, un millier de personnes se sont aussi regroupées dans le calme, place de l’hôtel de ville du Havre. Plus au sud, les entrées de la faculté de lettres et de sciences humaines de l’université Bordeaux-Montaigne sont barricadées par des poubelles, grilles en fer et un amoncellement de chaises et de tables en bois. Sur un des murs, l’inscription «Faisons-les battre en retraite». Dans la préfecture de Gironde, un cortège improvisé a ensuite réuni 1900 personnes selon la préfecture, et des face-à-face avec les forces de l’ordre ont eu lieu rue Sainte-Catherine, plus longue rue piétonne d’Europe et très fréquentée en ce samedi après-midi.

Jeudi, peu après le recours par Elisabeth Borne à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet l’adoption d’un texte sans vote, sauf motion de censure, l’intersyndicale avait appelé à des rassemblements ce week-end. Et à une 9e journée de grèves et manifestations le 23 mars.

«Le président de la République suit évidemment l’évolution de la situation» sur le terrain, a indiqué l’entourage d’Emmanuel Macron à l’AFP.

Côté grèves, la mise à l’arrêt de la plus importante raffinerie du pays, la raffinerie de Normandie (TotalEnergies), en Seine-Maritime, a débuté vendredi soir, a indiqué à l’AFP Alexis Antonioli, responsable CGT. Cette opération prendra plusieurs jours et ne devrait pas provoquer de pénuries de carburant immédiates dans les stations-service du pays.

Jusqu’à présent, les grévistes s’étaient contentés de bloquer les expéditions de carburant, mais les raffineries continuaient à produire.

Réquisitions promises

Le ministre de l’Industrie Roland Lescure a laissé entendre samedi que le gouvernement procéderait à des réquisitions en cas de mise à l’arrêt. «On a montré à l’automne qu’on savait prendre là encore nos responsabilités, on les prendra», en référence aux réquisitions alors prises pour débloquer des sites pétroliers lors de grèves pour les salaires, a-t-il déclaré sur France Info.

De telles mesures sont «en train d’être déployées» avec les éboueurs parisiens, a-t-il ajouté. Dans la capitale, 10 000 tonnes de poubelles s’entassent toujours sur les trottoirs, selon la mairie. Elle évoque samedi «une stabilisation» du volume des déchets non ramassés dans la capitale.

Selon la préfecture, «cinq garages de camions-bennes ont repris une activité» et «deux sociétés concessionnaires de traitement ainsi que plusieurs agents (ont) été requis depuis» vendredi.

Mise à jour à 6 h 55 : avec le nombre d’interpellations à Paris et à Lyon.

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