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Rugby. Bernard Laporte et Mohed Altrade en garde à vue : ce que l’on sait

logo de Ouest-France Ouest-France 23/09/2020 Juliette MARIE.
Bernard Laporte était toujours en garde à vue ce matin. © AFP Bernard Laporte était toujours en garde à vue ce matin.

Bernard Laporte et Mohed Altrad, ainsi que trois autres personne dont Serge Simon, ont été placés en garde à vue hier dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de favoritisme du président de la fédération envers le président de Montpellier. On fait le point sur cette affaire.

Bernard Laporte et quatre autres personnes placées en garde à vue

Le président de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte, a été placé en garde à vue, mardi 22 septembre. Mais il n’est pas seul. Quatre autres personnes sont dans le même cas : le milliardaire Mohed Altrad, propriétaire et dirigeant du groupe Altrad, spécialisé dans le matériel pour le BTP, et du président du Montpellier Hérault rugby ; Serge Simon, vice-président de la FFR ; Claude Atcher, responsable de l’organisation de la Coupe du monde 2023 en France ; et un salarié de la fédération, Nicolas Hourquet, en charge des relations internationales.

Convoqués pour une audition dans les locaux de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), ils ont tous passé la nuit en garde à vue du mardi au mercredi 23 septembre. L’interrogatoire est mené sous la houlette du Parquet national financier (PNF), qui enquête sur cette affaire depuis décembre 2017.

Qu’est-ce qui est reproché à Bernard Laporte et à Mohed Altrad ?

Les soupçons qui pèsent sur le patron de la FFR remontent à 2017 lorsque le Journal du Dimanche révèle que Bernard Laporte et Mohed Altrad ont signé un contrat de partenariat. Ce lien dévoilé entre les deux hommes sème le trouble sur plusieurs décisions qui ont été prises dans le milieu du ballon ovale hexagonal.

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Tout d’abord, les enquêteurs de la BRDE s’intéressent à un coup de téléphone qu’aurait passé Bernard Laporte au président de la commission d’appel de la FFR, Jean-Daniel Simonet, en juin 2017. Ils soupçonnent le président de la FFR d’avoir fait pression sur ce dernier pour qu’il réduise les sanctions contre le club de Montpellier, dirigé par Mohed Altrad. Le club montpelliérain était dans le viseur après le déploiement d’une banderole hostile à la Ligue nationale de rugby. Après cela, la peine est allégée du jour au lendemain, passant de 70 000 euros d’amende et un match à huis clos à seulement 20 000 euros d’amende et un sursis sur le match.

En août 2017, Bernard Laporte reconnaît avoir passé ce coup de téléphone, mais précise qu’il s’agissait de donner un éclairage politique à Jean-Daniel Simonet, sans pour autant l’influencer.

Les enquêteurs doivent donc déterminer d’un côté quelle a été la teneur exacte de cet appel et d’un autre côté, si Mohed Altrad a demandé à Bernard Laporte d’interférer en sa faveur.

Par ailleurs, les investigations portent également sur le contrat sponsoring accordé à Altrad pour le maillot des bleus en 2017.

Selon une révélation du Canard Enchaîné, en août 2020, les enquêteurs pourraient aussi se pencher sur les conditions d’obtention de la Coupe du Monde 2023. Sachant que, comme le rappelle le quotidien sportif L’Équipe, Mohed Altrad a soutenu la campagne de #France2023, notamment en prêtant un avion privé pour un voyage en Géorgie et Mongolie.

Que risquent-ils ?

Trois possibilités s’offrent au Parquet national financier à l’issue de l’enquête. Il pourrait classer l’affaire sans suite, citer les personnes à comparaître devant le tribunal correctionnel ou bien requérir l’ouverture d’une information judiciaire qui pourrait déboucher sur une mise en examen des différents protagonistes, selon la décision du juge d’instruction. L’éventail des possibilités reste donc pour le moment large.

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L’avocat de Bernard Laporte, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, parle lui de dossiers vides, disons creux et même d’un tissu de mensonges concernant les soupçons de favoritisme de son client auprès de Montpellier. L’avocat affirme qu’en l’état, l’affaire ne peut être renvoyée devant le tribunal et estime même que plusieurs années seraient nécessaires pour l’enquête si le juge d’instruction était saisi.

Quels impacts sur l’élection fédérale ?

Dans dix jours, le 3 octobre prochain, se déroule l’élection du nouveau président de la Fédération française de rugby, à laquelle Bernard Laporte candidate à sa propre succession. L’ancien sélectionneur du XV de France a toujours divisé dans le monde du rugby mais ce nouveau rebondissement pourrait peut-être peser auprès des clubs, décisionnaires dans cette élection.

Chez ses soutiens cependant, cela ne semble pas remettre en cause leurs votes. Avoir mon président de fédération en garde à vue ne me choque pas et n’influence pas ma décision de voter pour lui, explique par exemple Pierre Rouch, le président de Foix dans le quotidien L’Equipe. Ses proches préfèrent souligner le mauvais timing de cette garde à vue tout en mettant en avant la bonne reprise du rugby français après l’épidémie du Covid-19 ainsi que le travail entamé par l’homme de 56 ans. Hier, dans un communiqué, le patron de la FFR avait d’ailleurs dénoncé un putsch.

Florian Grill, son adversaire pour la présidence, n’a pas voulu se prononcer sur cette affaire. Mais ses partisans se montrent peu surpris par ce nouveau rebondissement qui vient même confirmer leurs doutes sur Laporte concernant cette affaire, comme pour Bruno Caille, le président de Chaumont, toujours dans L’Equipe : Une garde à vue, même s’il n’est pas encore jugé, c’est qu’il y a forcément quelque chose. De toute façon on s’en doutait.

Élu à la présidence en 2016 avec 84 % des voix, il est donc très peu probable d’observer un tel plébiscite pour le Ruthénois cette année. Reste à savoir comment les événements des derniers jours influenceront ou non les indécis dans leur vote. Ce sera peut-être la clé.

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