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Salles de sport de la République : pourquoi Benalla a eu tort de choisir l'Assemblée

logo de Liberation Liberation 28/07/2018 Laure Bretton
L'été dernier, Alexandre Benalla a profité du soleil du Touquet pour s'entraîner en plein air. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT L'été dernier, Alexandre Benalla a profité du soleil du Touquet pour s'entraîner en plein air.

Fan de sécurité et de méthode forte, Alexandre Benalla aimait également faire du sport. C'est, dit-il, la raison pour laquelle il a demandé un badge de l'Assemblée, qui, comme tous les lieux de pouvoir dans Paris, compte une salle dans ses murs. «Libération» passe en revue tous ces sites où les politiques s'entretiennent, à tous les sens du terme.

«Un esprit sain dans un corps sain.» Du moins, c’est ce que l’on espère au plus haut niveau de l’Etat. La maxime de Juvénal est remise au goût du jour avec l’affaire Benalla depuis que le conseiller présidentiel, qui a expliqué être en possession d’un badge d’entrée à l’Assemblée pour pouvoir profiter de la salle de sport du Palais-Bourbon. Alors même que l’Elysée – comme Matignon et pas mal de ministères – dispose de son propre (petit) gymnase dans ses murs, à disposition de tout le personnel, politique comme administratif.

La salle de sport de l’Assemblée, qui est plus fréquentée par les fonctionnaires que par les députés et leurs collaborateurs, ne se trouve pas dans le bâtiment principal du palais construit par la fille légitime de Louis XIV et de Madame de Montespan. Elle est installée dans une de ses dépendances donnant sur la cour, située entre les grands appartements de la questure et l’hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée. Elle est composée de deux entités reliées en enfilade. Une pièce plus grande que l’autre où se déroulent les entraînements d’escrime, grande tradition parlementaire, dont le cours hebdomadaire du vendredi est très couru.

Prof bodybuildé

Dans l’autre salle, plus petite, les appareils s’entassent – quatre vélos, deux elliptiques, trois tapis et un banc de musculation – autant que les sportifs. «C’est la plus lugubre de toutes les salles de sport que j’ai fréquentées à Paris, témoigne un assidu. A plus de cinq personnes dedans, on est les uns sur les autres.» C’est là que Jérôme Cahuzac avait fait installer un sac de boxe pour s’entraîner, inoculant le virus du noble art à une brochette de parlementaires socialistes. Là aussi que Christian Jacob fait régulièrement son jogging sur un tapis, une activité prisée en leur temps par Hervé Mariton et Thierry Mandon. Au Sénat, de l’autre côté de Paris, le matériel est beaucoup plus moderne mais la salle plus petite. L’autre rendez-vous incontournable de la salle de l’Assemblée, c’est l’heure de renforcement musculaire mâtinée de zumba. Mais là, pas un seul parlementaire en vue : ce cours collectif est la chasse gardée des abonnés «extérieurs», simples voisins de l’Assemblée qui ont le droit de s’y abonner contre une cotisation annuelle. Public exclusivement féminin, moyenne d’âge : 65 ans. Les dames du VIIe arrondissement semblent tout autant apprécier bouger leurs courbes que suivre celles du prof bodybuildé dirigeant la séance une fois par semaine.

Etre abonné «extérieur» génère la création d’un badge pour entrer à l’Assemblée bien spécifique, qui ne donne pas accès au Palais-Bourbon et encore moins à l’hémicycle, comme le badge H dont disposait Alexandre Benalla. Ce qui a fait bondir la droite et la gauche parlementaires, y voyant un cheval de Troie macronien sur leurs terres. «C’est une demande de ma part, cette carte, se justifie le conseiller présidentiel dans le Monde. J’en avais eu une avant Emmanuel Macron, en tant que collaborateur parlementaire bénévole. Je l’ai demandée tout simplement parce que j’aime aller à la salle de sport de l’Assemblée.» Bref, un «caprice», admet-il.

Salle plus moderne, mieux équipée

L’excuse avancée par le conseiller présidentiel fait lever un paquet de sourcils parmi les collaborateurs parlementaires, qui viennent faire du sport dans leurs rares moments libres. «Les portables ne passent pas du tout dans la salle du deuxième sous-sol, explique l’un d’eux. Je ne vois pas comment le mec qui est l’ombre du chef de l’Etat et qui doit être joignable 24 heures sur 24 peut se payer le luxe de disparaître une ou deux heures entièrement dans cette salle.» «C’est n’importe quoi cette explication, d’autant qu’il y a une salle à l’Elysée», abonde une collègue.

Même si elle n’est pas située dans l’enceinte du palais présidentiel, cette salle est surtout plus moderne, mieux équipée et très fréquentée par des gardes républicains ou des membres de la protection présidentielle du GSPR. Après avoir été installées au 14, rue de l’Elysée, à côté de la crèche, les deux nouvelles pièces dédiées au sport sont désormais situées au sous-sol de l’hôtel de Marigny, de l’autre côté de l’avenue Matignon, tapissées de miroir et équipées de machines pour courir ou faire du step. «Ce n’est ni moderne ni délabré, c’est surtout fréquenté par le personnel de l’Elysée, moins par les membres du cabinet», raconte une ancienne collaboratrice présidentielle. L’Elysée dispose aussi d’un dojo pour pratiquer les arts martiaux, sous la cour d’honneur, non loin de la salle de cinéma installée sous Pompidou.

«C'est vulgaire»

Parmi les autres merveilles cachées, le ministère de la Défense dans le XVe arrondissement dispose d’une piscine souterraine, construite sous le futuriste «Balardgone» conçu par l’architecte Nicolas Michelin. Le ministère de l’Enseignement supérieur, derrière le Panthéon, a dans ses murs une piscine municipale mais «sans accès privilégié pour le personnel du ministère», précise une collaboratrice. «A un moment donné, il y a eu une rumeur de construction de piscine dans les locaux du ministère des Affaires étrangères à Convention [dans le XVe arrondissement] mais ce n’était qu’une rumeur», s’amuse une diplomate. «C’est vulgaire le sport, les diplomates sont au-dessus de ça», abonde un conseiller ministériel passé par le Quai d’Orsay. Alors qu’il est le premier bâtiment officiel de la République construit pour abriter un ministère (et non un ancien palais de l’ère monarchique), le siège de la diplomatie française ne dispose d’aucun lieu pour pratiquer une activité physique suivant, probablement, le précepte énoncé par Winston Churchill : «No sport.»

Pile en face de l’Elysée, Alexandre Benalla aurait surtout pu profiter de la salle du ministère de l’Intérieur sans avoir à traverser la Seine pour renforcer sa ceinture abdominale en bonne compagnie, membre des directions de police et personnel de Beauvau. Problème : la salle est aussi au sous-sol, ce qui rend les communications téléphoniques aléatoires. Surtout quand on a un président à surveiller. L’accès est payant pour tous et pas très grande. «Aux heures de pointe, tôt le matin, déjeuner ou fin de journée, tu ne peux pas trouver de place» sur les tapis ou les rameurs, se souvient un ancien collaborateur. Immense parallélépipède situé derrière les Invalides, le ministère des Affaires sociales dispose de son côté d’une grande salle plutôt très bien équipée, non loin de plusieurs restaurants internes et d’une crèche. Sans en être une adepte, Marisol Touraine était une sportive confirmée voire stressée par le manque d’activité sportive inhérent au job de ministre. Dotée d’une montre connectée, il n’était pas rare qu’elle fasse les cent pas, escaliers compris, en fin de journée pour faire remonter sa moyenne de marche quotidienne.

Grosses gouttes

Bâtiments voisins du VIIe arrondissement, le biotope des ministères à Paris, l’activité ministérielle à Paris, l’Agriculture et l’Education nationale n’ont pas leur salle dédiée, certains collaborateurs s’exilant jusqu’à la rue de Babylone, pour suer sur leur pause méridienne dans la salle de sports des gendarmes chargés de la protection de Matignon. Car ce sont bien les locaux du Premier ministre qui abritent, a priori, le meilleur spot de la République : au rez-de-chaussée au fond du magnifique jardin où chaque chef de gouvernement plante un arbre lors de sa nomination. Nimbé, donc, de lumière naturelle et non loin du pavillon de musique, où l’on peut recevoir discrètement émissaires et négociateurs. Très bien équipé en machines de musculation et autres agréés.

Tout le personnel de Matignon y a accès, disposant de cours collectifs deux fois par jour. Adepte de la boxe française, le sport fétiche de Clémenceau, Manuel Valls y frappait un sac de sable sous l’œil de son coach plusieurs fois par semaine. Tout autant fan de boxe, Edouard Philippe a pris sa suite sur le tapis central. Détail qui n’en est pas un, il y a deux télévisions, ce qui permet de continuer à lire les bandeaux des télés d’info continue en suant à grosses gouttes. Idéal pour décrocher sans décrocher. «On peut juger que c’est somptuaire mais quand tu bosses dix-neuf heures par jour avec une hygiène de vie déplorable, cela te permet de te maintenir un peu, témoigne un ancien de Matignon. Permettre à des collaborateurs de faire du sport à l’intérieur à des horaires où les salles parisiennes sont fermées, cela leur donne un rythme de vie plus sain et évite qu’ils ne collapsent.» De quoi vous éviter, entre autres, d’aller taper des manifestants un 1er Mai.



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