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Sifflets, huées et chaos au Bayern Munich contre un partenariat avec le Qatar

logo de France 24 France 24 26/11/2021 Romain HOUEIX

L'assemblée générale du Bayern Munich a été chaotique jeudi. Une partie des supporters membres du club réclame la fin d'un partenariat avec Qatar Airways, en raison des violations des droits de l'Homme dans le pays. Le conseil d'administration demeure inflexible. "Nous sommes le Bayern, et pas vous !" Il est près de minuit, jeudi 25 novembre, lorsque le chaos fait irruption dans l'Audi Dome où se déroulait l'assemblée générale du Bayern Munich. La session a été brutalement interrompue, cinq heures après son début, par le président du club Herbert Hainer à la suite d'un débat virulent sur un partenariat avec le Qatar. "Nous sommes les fans dont vous ne voulez pas", ont répondu les quelques 800 socios présents, indignés avant de finalement scander pour réclamer le départ du président : "Hainer dehors !". Des scènes loin des images habituellement feutrées d'assemblées générales. Même le très populaire président d'honneur, Uli Hoeness, a préféré s'éclipser sans dire un mot et sans soutien pour celui qui cristallisait la colère populaire. "La nuit porte conseil. Dans mon souvenir, c'est la pire assemblée générale Bayern Munich", a-t-il simplement commenté. En théorie, les supporters ont leur mot à dire dans toutes les grandes décisions du club. C'est le sens de la règle dite du 50+1 (majorité plus un), introduite en 1998 : elle stipule que les membres de chaque club doivent toujours conserver la majorité des votes lors de l’assemblée générale, empêchant ainsi un investisseur privé de posséder plus de 49 % des parts d’un club. Au Bayern Munich, ces "socios" sont 290 000 inscrits, ce qui en fait le plus grand club de supporters au monde et une fierté du "Rekordmeister". Un partenariat à 20 millions d'euros Au Bayern Munich, la crise gronde depuis plusieurs semaines. Le problème, ce ne sont pas les résultats sportifs : le club bavarois est comme à son habitude en tête de Bundesliga et s'est également facilement qualifié pour les huitièmes de finale de Ligue des champions. Le malaise provient d'une fronde de supporters exigeant le non-renouvellement des accords de sponsoring avec la compagnie aérienne Qatar Airways, qui courent jusqu'en 2023. Actuellement, le transporteur aérien débourse 20 millions d'euros par an pour s'afficher sur la manche des maillots du Bayern, une broutille par rapport aux quatre sponsors-actionnaires majeurs Allianz, Audi, Adidas et Telekom. Mais à l'approche du Mondial-2022 dans l'émirat gazier, la continuation de ce partenariat fait débat dans un club ayant toujours prôné l'humanisme et l'éthique sportive. À la tête de la contestation, un jeune avocat : Michael Ott, 28 ans. Il se dit fan du Bayern depuis 2002 et grand admirateur des extraordinaires parades d'Oliver Kahn, l'ex-capitaine emblématique du club et de la Mannschaft. Le même Oliver Kahn, aujourd'hui président du directoire du Bayern, auquel il s'oppose désormais pour faire cesser tous les contrats de sponsoring avec le Qatar au plus vite. C'est le sens de sa motion déposée jeudi soir. Un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme "Nous voulons obtenir des mesures préventives, pour éviter un renouvellement du contrat", assure Michel Ott, leur porte-parole. "Le Qatar est coupable de violations massives des droits humains, et il y a de lourds soupçons de corruption dans le sport." Les contestataires s'appuient sur des rapports d'ONG qui accusent le Qatar d'exploiter les travailleurs étrangers, notamment dans la construction des stades du prochain Mondial. Ils reprochent aussi à Doha sa loi interdisant l'homosexualité. Le pays rejette vigoureusement ces critiques, soulignant avoir réformé son droit du travail et instauré un salaire minimum. Il promet aussi que les supporters LGBT seront les bienvenus au Mondial. Mais les opposants ne désarment pas : "Coopérer avec une entreprise d'État contribue à détourner l'attention des griefs et à diffuser une image du pays moderne et ouvert sur le monde", accusent-ils. Lors du dernier match en date à domicile, des millions de téléspectateurs ont vu la banderole déployée dans la tribune populaire de l'Allianz Arena : Herbert Hainer et Oliver Kahn, les deux patrons du club, y sont caricaturés avec une machine à laver, un maillot ensanglanté du Qatar et deux valises de dollars, sous le slogan "Pour de l'argent, on blanchit tout". Michael Ott n'a cependant pas eu l'occasion de proposer sa motion devant l'assemblée générale. Alors qu'il avait demandé à un tribunal de Munich d'ordonner au FC Bayern de soumettre sa proposition au vote de l'assemblée, le tribunal l'a jugée irrecevable. Escalade tout au long de la soirée Une décision qui a provoqué la première salve de huées lorsque Herbert Hainer a fait allusion à la proposition de Michael Ott dans son discours d'introduction. "En tant que club, nous sommes ouverts à tous les discours... Mais les critiques doivent toujours être factuelles et reposer sur des bases solides." La tension n'a fait que grimper au fil de la soirée, notamment lorsque le club a commencé à discuter des propositions spontanées. Le vote sur l'une d'elles, proposant que le club se définisse à l'avenir comme en accord avec "les droits de l'Homme tels qui sont reconnus partout à l'international" a illustré la division entre les contestataires et l'institution. La motion a été adoptée avec l'appui de 77,8 % des membres, mais avec l'opposition de l'ensemble du conseil d'administration. L'interruption a été provoquée par une prise de parole de Gregor Weinreich, président de Club Nr. 12, un club de supporters. Parlant du partenariat avec Qatar Airways, il a affirmé ne pas comprendre la position du club : "Où était le dialogue ? Pourquoi le club n'a-t-il pas simplement accepté la meilleure offre de sponsor après celle de Qatar Airways ?" Son intervention a provoqué une standing-ovation de plusieurs minutes de la part des membres présents. Herbert Hainer a bien tenté d'atténuer les dégâts en déclarant que la décision de continuer avec le Qatar n'était pas encore prise. Il a finalement interrompu l'assemblée générale, provoquant les événements évoqués plus haut. Un sponsor important face aux nouveaux riches Les patrons du club sont pris entre deux feux. Selon le quotidien à grand tirage Bild, plusieurs joueurs stars, dont le capitaine Manuel Neuer, auraient également demandé à leurs dirigeants de ne pas renouveler le contrat. Les liens avec le Qatar sont pourtant loin d'être nouveaux, les Bavarois y effectuent une tournée hivernale depuis 2011. Mais renoncer aux revenus du sponsoring serait très douloureux. Karl-Heinz Rummenigge, l'ancien homme fort du club qui avait négocié en 2018 le partenariat, défend son choix de l'époque par le souci de rester compétitif en Europe face à des rivaux aux ressources quasi illimitées. "Nous avons maintenant des clubs comme Manchester City avec Abu Dhabi, Paris SG avec le Qatar, Chelsea avec le milliardaire (Roman) Abramovitch et Manchester United avec des milliardaires américains", lance-t-il dans un récent podcast. "Si nous restons en Allemagne avec une culture complètement différente (...), je dois dire honnêtement qu'il va falloir doucement se faire du souci pour la Bundesliga et pour ses clubs." L'argent du sponsoring est d'autant plus important que la pandémie de Covid-19 a asséché les finances des clubs de football. Sur l'exercice 2020-2021, le chiffre d'affaires du géant bavarois a chuté de plus de 100 millions d'euros, de 750,4 à 643,9 millions. Les bénéfices du groupe après impôts ont également plongé de 52,5 millions à 1,9 million. L'argument des dirigeants du club est qu'il est plus facile d'influer sur la politique d'un État par la coopération que par le retrait pur et simple. "Je reste fermement convaincu que le dialogue est la meilleure façon de rapprocher les gens", a lancé Herbert Hainer, peu convaincant, devant l'assemblée.

Le Bayern Munich a tenu son assemblée générale 2021 le jeudi 25 novembre. © Andreas Gebert, Reuters Le Bayern Munich a tenu son assemblée générale 2021 le jeudi 25 novembre.

L'assemblée générale du Bayern Munich a été chaotique jeudi. Une partie des supporters membres du club réclame la fin d'un partenariat avec Qatar Airways, en raison des violations des droits de l'Homme dans le pays. Le conseil d'administration demeure inflexible.

"Nous sommes le Bayern, et pas vous !" Il est près de minuit, jeudi 25 novembre, lorsque le chaos fait irruption dans l'Audi Dome où se déroulait l'assemblée générale du Bayern Munich. La session a été brutalement interrompue, cinq heures après son début, par le président du club Herbert Hainer à la suite d'un débat virulent sur un partenariat avec le Qatar.

"Nous sommes les fans dont vous ne voulez pas", ont répondu les quelques 800 socios présents, indignés avant de finalement scander pour réclamer le départ du président : "Hainer dehors !". Des scènes loin des images habituellement feutrées d'assemblées générales. Même le très populaire président d'honneur, Uli Hoeness, a préféré s'éclipser sans dire un mot et sans soutien pour celui qui cristallisait la colère populaire. 

"La nuit porte conseil. Dans mon souvenir, c'est la pire assemblée générale Bayern Munich", a-t-il simplement commenté. 

En théorie, les supporters ont leur mot à dire dans toutes les grandes décisions du club. C'est le sens de la règle dite du 50+1 (majorité plus un), introduite en 1998 : elle stipule que les membres de chaque club doivent toujours conserver la majorité des votes lors de l’assemblée générale, empêchant ainsi un investisseur privé de posséder plus de 49 % des parts d’un club. Au Bayern Munich, ces "socios" sont 290 000 inscrits, ce qui en fait le plus grand club de supporters au monde et une fierté du "Rekordmeister". 

Un partenariat à 20 millions d'euros

Au Bayern Munich, la crise gronde depuis plusieurs semaines. Le problème, ce ne sont pas les résultats sportifs : le club bavarois est comme à son habitude en tête de Bundesliga et s'est également facilement qualifié pour les huitièmes de finale de Ligue des champions. Le malaise provient d'une fronde de supporters exigeant le non-renouvellement des accords de sponsoring avec la compagnie aérienne Qatar Airways, qui courent jusqu'en 2023. 

Actuellement, le transporteur aérien débourse 20 millions d'euros par an pour s'afficher sur la manche des maillots du Bayern, une broutille par rapport aux quatre sponsors-actionnaires majeurs Allianz, Audi, Adidas et Telekom. Mais à l'approche du Mondial-2022 dans l'émirat gazier, la continuation de ce partenariat fait débat dans un club ayant toujours prôné l'humanisme et l'éthique sportive.

À la tête de la contestation, un jeune avocat : Michael Ott, 28 ans. Il se dit fan du Bayern depuis 2002 et grand admirateur des extraordinaires parades d'Oliver Kahn, l'ex-capitaine emblématique du club et de la Mannschaft. Le même Oliver Kahn, aujourd'hui président du directoire du Bayern, auquel il s'oppose désormais pour faire cesser tous les contrats de sponsoring avec le Qatar au plus vite. C'est le sens de sa motion déposée jeudi soir. 

Un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme 

"Nous voulons obtenir des mesures préventives, pour éviter un renouvellement du contrat", assure Michel Ott, leur porte-parole. "Le Qatar est coupable de violations massives des droits humains, et il y a de lourds soupçons de corruption dans le sport."

Les contestataires s'appuient sur des rapports d'ONG qui accusent le Qatar d'exploiter les travailleurs étrangers, notamment dans la construction des stades du prochain Mondial. Ils reprochent aussi à Doha sa loi interdisant l'homosexualité. Le pays rejette vigoureusement ces critiques, soulignant avoir réformé son droit du travail et instauré un salaire minimum. Il promet aussi que les supporters LGBT seront les bienvenus au Mondial. 

Mais les opposants ne désarment pas : "Coopérer avec une entreprise d'État contribue à détourner l'attention des griefs et à diffuser une image du pays moderne et ouvert sur le monde", accusent-ils. 

Lors du dernier match en date à domicile, des millions de téléspectateurs ont vu la banderole déployée dans la tribune populaire de l'Allianz Arena : Herbert Hainer et Oliver Kahn, les deux patrons du club, y sont caricaturés avec une machine à laver, un maillot ensanglanté du Qatar et deux valises de dollars, sous le slogan "Pour de l'argent, on blanchit tout".  

Michael Ott n'a cependant pas eu l'occasion de proposer sa motion devant l'assemblée générale. Alors qu'il avait demandé à un tribunal de Munich d'ordonner au FC Bayern de soumettre sa proposition au vote de l'assemblée, le tribunal l'a jugée irrecevable. 

Escalade tout au long de la soirée 

Une décision qui a provoqué la première salve de huées lorsque Herbert Hainer a fait allusion à la proposition de Michael Ott dans son discours d'introduction. "En tant que club, nous sommes ouverts à tous les discours... Mais les critiques doivent toujours être factuelles et reposer sur des bases solides."

La tension n'a fait que grimper au fil de la soirée, notamment lorsque le club a commencé à discuter des propositions spontanées. Le vote sur l'une d'elles, proposant que le club se définisse à l'avenir comme en accord avec "les droits de l'Homme tels qui sont reconnus partout à l'international" a illustré la division entre les contestataires et l'institution. La motion a été adoptée avec l'appui de 77,8 % des membres, mais avec l'opposition de l'ensemble du conseil d'administration. 

L'interruption a été provoquée par une prise de parole de Gregor Weinreich, président de Club Nr. 12, un club de supporters. Parlant du partenariat avec Qatar Airways, il a affirmé ne pas comprendre la position du club : "Où était le dialogue ? Pourquoi le club n'a-t-il pas simplement accepté la meilleure offre de sponsor après celle de Qatar Airways ?"  

Son intervention a provoqué une standing-ovation de plusieurs minutes de la part des membres présents. Herbert Hainer a bien tenté d'atténuer les dégâts en déclarant que la décision de continuer avec le Qatar n'était pas encore prise. Il a finalement interrompu l'assemblée générale, provoquant les événements évoqués plus haut. 

Un sponsor important face aux nouveaux riches 

Les patrons du club sont pris entre deux feux. Selon le quotidien à grand tirage Bild, plusieurs joueurs stars, dont le capitaine Manuel Neuer, auraient également demandé à leurs dirigeants de ne pas renouveler le contrat. Les liens avec le Qatar sont pourtant loin d'être nouveaux, les Bavarois y effectuent une tournée hivernale depuis 2011. 

Mais renoncer aux revenus du sponsoring serait très douloureux. Karl-Heinz Rummenigge, l'ancien homme fort du club qui avait négocié en 2018 le partenariat, défend son choix de l'époque par le souci de rester compétitif en Europe face à des rivaux aux ressources quasi illimitées. 

"Nous avons maintenant des clubs comme Manchester City avec Abu Dhabi, Paris SG avec le Qatar, Chelsea avec le milliardaire (Roman) Abramovitch et Manchester United avec des milliardaires américains", lance-t-il dans un récent podcast. "Si nous restons en Allemagne avec une culture complètement différente (...), je dois dire honnêtement qu'il va falloir doucement se faire du souci pour la Bundesliga et pour ses clubs." 

L'argent du sponsoring est d'autant plus important que la pandémie de Covid-19 a asséché les finances des clubs de football. Sur l'exercice 2020-2021, le chiffre d'affaires du géant bavarois a chuté de plus de 100 millions d'euros, de 750,4 à 643,9 millions. Les bénéfices du groupe après impôts ont également plongé de 52,5 millions à 1,9 million. 

L'argument des dirigeants du club est qu'il est plus facile d'influer sur la politique d'un État par la coopération que par le retrait pur et simple. "Je reste fermement convaincu que le dialogue est la meilleure façon de rapprocher les gens", a lancé Herbert Hainer, peu convaincant, devant l'assemblée.

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