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Sobriété énergétique : « On n’a pas attendu de prendre un coup de pied au derrière de la part de Mme Borne pour agir »

logo de L’Obs L’Obs 30/08/2022 Baptiste Legrand
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« Nous n’avons qu’une seule voie, la baisse de la consommation d’énergie. » Le discours d’Elisabeth Borne a fait l’effet d’une douche froide, lundi 29 août, devant l’université d’été du Medef (La REF, Rencontre des Entrepreneurs de France). Face à la flambée des prix de l’électricité, et alors que l’Europe vit sous la menace d’une coupure du gaz russe, la Première ministre a pressé les entrepreneurs d’agir.

Elisabeth Borne demande aux entreprises des « plans de sobriété » énergétique dès septembre

La seule manière d’éviter les « coupures brutales de gaz » cet hiver est que chacun « prenne sa part », a-t-elle insisté. C’est pourquoi la cheffe du gouvernement a demandé à chaque entreprise de préparer un « plan de sobriété » d’ici la fin septembre. Objectif : une baisse de 10 % de la consommation d’énergie sur deux ans. Elisabeth Borne a aussi demandé la nomination de « référents sobriété » dans chaque entreprise. Car « si nous devions en arriver au rationnement », a-t-elle prévenu, « les entreprises seraient les premières touchées ».

Un discours modérément apprécié

Dans les allées de l’hippodrome de Longchamp, où se tient l’université d’été du Medef, le discours de la Première ministre a été modérément apprécié. « On n’a pas attendu de prendre un coup de pied au derrière de la part de Mme Borne pour agir », signale Patrice Pennel, dirigeant du groupe industriel REG SAS – basé à Maubeuge, Lens et Lille, ce groupe de 150 salariés est spécialisé dans la robinetterie de pointe et la production d’appareils mécaniques. « Notre premier objectif, c’est d’être compétitif face à des concurrents étrangers qui paient leur énergie moins cher », explique-t-il.

« Fin de l’abondance » : mais de quelle sobriété le gouvernement parle-t-il ?

C’est la raison pour laquelle Patrice Pennel a réfléchi dès le mois de juillet à une réduction de sa facture d’énergie, qui représente chez lui un poste de dépense de plus de 400 000 euros par an (gaz et électricité). « Pour le gaz, je ne suis pas inquiet. Nous arriverons à réduire la consommation de 10 %, notamment en optimisant les horaires de chauffage des ateliers et en cessant de chauffer des postes qui ne sont pas occupés. » Mais ce sera beaucoup plus compliqué pour l’électricité.

« Une machine, on ne peut pas réduire sa consommation. On peut imaginer qu’une pièce demande moins d’usinage, mais on y a déjà réfléchi. Et nos machines ont déjà un très bon rendement. On ne va pas en changer pour consommer moins d’énergie. »

De son côté, une cadre dirigeante dans le secteur bancaire explique que son groupe partage l’objectif d’une plus grande sobriété. « Mais ce n’est pas toujours simple de traduire notre ambition en actes, regrette-t-elle. Par exemple, nous voulons basculer notre flotte automobile vers des véhicules électriques moins consommateurs en énergie, mais les constructeurs peinent à fournir, le délai d’attente est de deux ans. »

« On ne peut pas réinventer son modèle économique en deux mois »

Quant à Jean-François Faure, dirigeant de Aucoffre.com, société d’achat et de stockage de métaux précieux basée dans la région de Bordeaux, il relativise l’impact du discours d’Elisabeth Borne. « Si un entrepreneur prend conscience seulement aujourd’hui, en écoutant la Première ministre, que l’énergie est un enjeu, c’est qu’il a raté quelque chose ! »

« La sobriété énergétique est notre meilleure assurance-vie »

Son entreprise est gourmande en serveurs informatiques, « extrêmement consommateurs d’énergie ». Or, ces serveurs sont détenus par des prestataires extérieurs.

« Est-ce que Google et Amazon vont eux aussi réduire leur consommation d’énergie de 10 %, comme nous le demande le gouvernement ? Est-ce qu’on leur demandera les mêmes objectifs qu’aux entreprises françaises ? »

Aucoffre.com assure aussi une petite production de frappe de pièces de métaux précieux. « On ne peut pas réduire de 10 % la température du four, sinon le métal ne va pas fondre », raille Jean-François Faure. « On peut demander à notre partenaire de couper un de ses fours. Mais ce n’est pas si simple : est-ce que cela signifie qu’il y aura 10 % de ses effectifs au chômage partiel ? » A ses yeux, réduire la consommation d’énergie ne peut pas s’improviser : « On ne peut pas réinventer son modèle économique en deux mois. »

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