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Surdose de codéine : la menace persiste

logo de Le ParisienLe Parisien 10/09/2019 Nicolas Jacquard et Elsa Mari
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La mort de Pauline, 16 ans, d’une surdose de codéine en 2017 a fait réagir les autorités sanitaires. Mais le combat contre l’usage abusif des anti-douleurs est loin d’être gagné.

En une décennie, ils sont devenus les stars de nos armoires à pharmacie. Pour le meilleur et parfois le pire. Chaque année, plus de 10 millions de Français ont recours à un médicament de la famille des opioïdes. Le plus souvent pour bénéficier de leur action antidouleur. Si le Tramadol reste le plus utilisé, ses cousins codéinés sont également très prisés. D’autant plus que jusqu’en juillet 2017, les plus faiblement dosés étaient en vente libre. En pharmacie, on pouvait ainsi se fournir facilement en codoliprane ou en sirops antitussifs codéinés. Ce dont ne se privaient pas certains adolescents ayant détourné ces produits pour en faire un usage stupéfiant.

Cette même année 2017, le décès de Pauline, 16 ans, avait toutefois contribué à la prise de conscience du danger des opiacés. Suite à ce drame, Christelle Cebo, sa maman, avait alerté les pouvoirs publics sur la nécessité d’en restreindre l’accès. Un combat relayé par Le Parisien – Aujourd’hui en France, qui avait abouti mi-juillet 2017 à la mise sur prescription médicale de l’ensemble de ces 41 médicaments, indépendamment de leur dosage. Cette descente en enfer, Christelle Cebo la raconte aujourd’hui dans un livre, à paraître ce mercredi. « La codéine devait redevenir un médicament, et cesser d’être la drogue qu’en faisaient les adolescents, assume-t-elle. Sans parler des adultes devenus accros, qui s’en servent aussi comme d’un antidépresseur. »

Ce qui est loin d’être sans risque. Aux Etats-Unis, où elle est à l’origine de la baisse de l’espérance de vie, la « crise des opioïdes » a fait près de 65 000 victimes en 2017. En France, « l’accès contrôlé à ces médicaments a permis d’éviter une crise de même ampleur », se félicitait en février l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). L’agence relevait toutefois « une augmentation des cas de trouble d’usage, ainsi que d’intoxication et de décès ».

Le Parisien © LP/Guillaume Georges Le Parisien

La codéine a tué 19 fois en France en 2017

Chaque année, environ 400 décès sont ainsi imputés aux antidouleurs opioïdes en France, dont, en 2017, 19 pour la codéine. C’est le résultat d’un recueil de données auprès d’experts volontaires. Un mode de comptabilité des décès dont tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il conduit à les sous-estimer.

Une lueur d’espoir cependant : depuis la mise sur prescription obligatoire des médicaments codéinés, leur consommation a nettement chuté. Pour les antitussifs, par exemple, « le nombre de cas d’usages détournés déclarés par les pharmacies a été divisé par six. Et le nombre de boîtes vendues en janvier 2018 a diminué de moitié par rapport au nombre de boîtes vendues en janvier 2017 », nous révèle Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments de la douleur et du système nerveux central à l’ANSM. Pour ce qui est des antidouleurs, si les chiffres récents doivent encore être consolidés, la baisse serait cette fois de l’ordre de 10 %.

Consommation en baisse, mais fausses ordonnances en hausse

« Avec l’obligation de prescription, l’accès à ces molécules a été rendu plus difficile, estime Christelle Cebo. Certains consommateurs, avec lesquels je suis en contact, m’ont dit que cela les avait aidés à décrocher. Dans tous les cas, cela oblige ceux qui sont addicts à se rapprocher de leur médecin, et à se faire suivre. » En préventif, cela permet aussi, via les médecins, une meilleure information sur ces produits. Quand bien même « tous les praticiens ne sont pas encore assez conscients des risques de dépendance », relève l’addictologue Michel Reynaud.

Dans le même temps, les pharmaciens, eux, notent un regain de présentation de fausses ordonnances. « Techniquement, elles sont plus vraies que nature, souligne ce pharmacien de l’ouest parisien. Mais on a d’autres possibilités pour les repérer. » En un an, ces fausses prescriptions ont bondi de 15 %, selon l’ANSM. « On sait que ces gamins tentent de se fournir, reprend le même pharmacien. Avant la mise sur prescription de la codéine, ils en avalaient des boîtes entières. Et maintenant, ils se rabattent vers d’autres catégories de produits… »

Une éternelle fuite en avant. Qui n’empêche pas Christelle Cebo de fustiger « l’hypocrisie qui a longtemps prévalu. » « Si la décision de juillet 2017 avait été prise avant, c’est certain, ma fille serait là aujourd’hui. »

Le Naloxone, antidote trop peu accessible

Disponible, mais encore trop peu accessible. Le Naloxone, pour nombre de professionnels de la santé, est considéré comme un remède quasi-miracle à une surdose d’opiacés.

Ces derniers bloquent l’action des neurones en charge de la respiration, en les surchargeant de morphine. Une dépression respiratoire se produit, qui peut alors entraîner la mort. En quelques secondes, le Naloxone va bloquer l’action de la morphine, et en inverser les effets. « 80 % des victimes d’une surdose pourraient être sauvées », assène le professeur Michel Reynaud, addictologue et président d’honneur de l’association France patients experts addictions.

Initialement réservé aux hôpitaux, le Naloxone a vu sa disponibilité élargie depuis 2015. Désormais, il est censé être présent en pharmacie ou pouvoir être prescrit par les médecins. Or, « nos testings ont montré qu’il n’était présent que dans 3 % des pharmacies », déplore le professeur Reynaud, fustigeant encore « trop de blocages administratifs liés à un excès de prudence des autorités ».

Le même milite pour que les services d’urgence, comme de police, en soient équipés, et y soient formés. D’autant que le Naloxone existe notamment sous forme de spray nasal, facilement utilisable. « Souvent, on a en tête qu’il ne servirait qu’aux toxicomanes, relève Michel Reynaud. Mais avec la forte consommation des Français en matière d’antidouleurs codéinés, il faut bien voir que le risque de surdose concerne aujourd’hui tout un chacun. »

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