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Afrique du Sud: les frères Gupta, des escrocs durs comme frères

logo de Liberation Liberation 24/06/2022 Maria Malagardis
Une manifestation le 10 juin contre les frères Gupta, accusés d'avoir détourné des millions d'argent public sud-africain en influençant le président Zuma. © Gallo Images Une manifestation le 10 juin contre les frères Gupta, accusés d'avoir détourné des millions d'argent public sud-africain en influençant le président Zuma.

Jusqu’où peut aller le pouvoir de l’argent ? Ce n’est pas un sujet du bac philo mais la question que se posent les Sud-Africains face aux incessantes révélations du plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays. Les conclusions de la commission d’enquête du juge Raymond Zondo, rendues publiques mercredi, ne sont en effet que le dernier épisode en date d’une longue saga judiciaire qui a démarré en 2018, avec la destitution du président Jacob Zuma et la fuite hors du pays des trois frères Gupta, Atul, Rajesh, et Ajay.

La fratrie est accusée d’avoir usé de son influence sur l’ancien président pour faire main basse sur les ressources du pays à la manière d’un gang mafieux, n’hésitant pas à recourir aux intimidations et pots-de-vin pour siphonner des entreprises aujourd’hui en déshérence. Leurs gains, grâce à ces détournements de fonds, sont estimés à plus de trois milliards d’euros mais les dégâts pour l’économie sud-africaine sont bien plus importants. Début juin, deux des frères Gupta, Atul et Rajesh, ont été interpellés à Dubaï, visés par une procédure d’extradition vers l’Afrique du Sud. Quant au président Zuma, son arrestation pour refus de coopérer avec les enquêteurs avait provoqué, il y a un an, des émeutes qui ont fait 350 morts. Condamné à quinze mois de prison, il a néanmoins bénéficié d’une libération conditionnelle deux mois seulement après son incarcération.

Mais le feuilleton est loin d’être achevé et le grand déballage pourrait se poursuivre. Sans épargner l’actuel président Cyril Ramaphosa qui était un vice-président pas forcément complice, mais bien silencieux, à l’époque des faits. Lui-même embarrassé par la découverte récente de plusieurs millions d’euros en cash dans l’une de ses fermes, il s’est donné quatre mois pour déclencher d’éventuelles poursuites judiciaires suite aux conclusions de la commission d’enquête anti-corruption.

Base militaire privatisée

La question du pouvoir et de l’argent équivaut en réalité ici à celle de la poule et de l’œuf. Tant l’imbrication entre Zuma et les frères Gupta est intense. Deux des enfants de l’ancien président ont ainsi été embauchés par les Gupta, dont son fils Duduzane, propulsé à la tête du conglomérat Mabengela Investments. En retour, les trois frères avaient le pouvoir de faire démettre le président de la société nationale d’électricité ou le ministre des Finances. Dans le seul but de favoriser des contrats douteux. «Le Président était prêt à faire tout ce que les Gupta voulaient», accuse le rapport de la commission d’enquête du juge Zondo.


Vidéo: Arrestation des frères Gupta, "un coup dur pour Jacob Zuma" (Euronews français)

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Neuf ans auparavant, une scène a joué un rôle révélateur : le 30 avril 2013, pour le mariage de Vega, l’une des filles des frères Gupta, ces derniers privatisent la base militaire de Waterkloof où atterrissent, sans aucune demande de visa ni permission de l’armée, 200 invités aussitôt conduits au complexe de Sun City dans le nord-ouest du pays pour une fête somptueuse. C’est le début du «Guptagate», bientôt suivi par les «Guptaleaks», avec la fuite de mails et documents compromettants.

A la tête d’un empire qui, à son apogée, générait 289 millions d’euros par an, les Gupta ne sont pas issus de l’importante communauté indienne, qui vit en Afrique du Sud depuis la colonisation britannique et qui se targue d’avoir un temps compté le Mahatma Gandhi parmi ses membres. Originaire de l’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde, la fratrie débarque en Afrique du Sud en 1993, un an avant les premières élections multiraciales.

Monopoly juteux

Partis d’une petite société informatique, Sahara Computers, ils vont peu à peu s’investir dans tous les domaines d’un Monopoly juteux : compagnies minières, aviation, tourisme, immobilier et même dans les médias. En 2009, l’élection de Zuma, qu’ils ont rencontré huit ans auparavant, va faire office de jackpot pour un gigantesque hold-up national. Mais la chute du Président les contraint à fuir du jour au lendemain leur luxueuse résidence de Saxonwold, dans la banlieue de Johannesburg, la capitale économique.

Leur arrestation inespérée à Dubaï, quinze jours avant la publication des conclusions du rapport Zondo, tient avant tout à un bon alignement des planètes. Les Emirats Arabes Unis se savent sous pression de plusieurs institutions financières pour accueillir des voyous milliardaires soupçonnés de blanchiment d’argent. Et l’élection controversée en novembre à la tête d’Interpol, l’agence de police internationale, de Ahmed Nasser al-Raissi, un Emirati accusé de torture, a peut-être renforcé le désir de donner des gages de bonne foi. Même si le président de l’agence ne décide pas de l’activation de la notice rouge, déclenchée en février pour l’interpellation des frères Gupta. «Cette décision relevant du seul pouvoir d’appréciation de chaque pays», a tenu à rappeler un responsable de l’agence. En l’occurence, les Emirats arabes Unis.

Reste qu’un des frères Gupta Ajay, échappe à ce coup de filet. Car bien que visé par d’autres plaintes, il n’est pas concerné par celle qui justifie l’arrestation. Laquelle ne porte que sur un détournement plutôt modeste de 1,6 million d’euros, visant un projet agricole. Une course contre la montre s’est donc engagée pour renforcer le dossier sud-africain de demande d’extradition. Et pendant les soixante jours de délai qui s’imposent, les bataillons d’avocats au service des Gupta vont eux aussi s’activer pour tenter de contrecarrer une extradition qui serait un véritable coup d’éclat pour la justice sud-africaine. Tout en embarrassant une partie de l’élite politique du pays.

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