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Au Brésil, on ne riz plus, c'est la faim des haricots

logo de Liberation Liberation 25/09/2020 Chantal Rayes
Des sacs de riz dans un supermarché de Rio de Janeiro, au Brésil, le 10 septembre. © Pilar Olivares Des sacs de riz dans un supermarché de Rio de Janeiro, au Brésil, le 10 septembre.

Tous les vendredis, la chronique «Vu du monde» se penche sur un pays émergent. Ce vendredi, le Brésil, où l'«arroz e feijão», plat national, pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages.

A quoi reconnaît-on un Brésilien ? Au fait qu’après quelques jours hors de son pays, il se sent déjà en manque d’arroz e feijão, le tandem riz blanc-haricot noir, pilier du régime alimentaire brésilien. Et à quoi le gringo, l’«étranger», reconnaît-il qu’il s’est adapté au Brésil ? Quand, après la perplexité devant ce peuple qui mange la même chose tous les jours, il cède à son tour à ses habitudes alimentaires.

D’où vient cette prosaïque combinaison, consommée seule ou en accompagnement d’une protéine animale et d’une salade – dans le prato feito ou «repas complet» ? Nul ne le sait vraiment, sinon que ce «mariage parfait», loué pour ses vertus nutritionnelles, est l’assiette démocratique par excellence. De l’ouvrier du bâtiment au chef d’entreprise, tout le monde en mange, tout le monde y goûte.

Alors, quand le journal populaire Extra publie, mi-septembre, un article proposant de remplacer l’arroz e feijão par «des options moins chères» – le prix de ces denrées ayant progressé, respectivement, de 20 et 30% depuis le début de l’année – c’est le tollé. «On ne peut pas demander aux Brésiliens de changer leur diète !, s’étouffe sur Twitter la célèbre chef Rita Lobo. L’arroz e feijão, c’est une affaire d’histoire et de culture, un patrimoine à préserver.» Puis, à une internaute que l’affaire n’émeut pas plus que ça : «Comment est-il possible que vous ne compreniez pas ce que signifie pour le Brésilien de ne plus pouvoir se permettre les aliments du panier de la ménagère ?»

La diète locale était déjà mise à mal par les aliments ultra-transformés, dont la consommation est perçue ici comme un signe de statut social. En 2017, le New York Times avait montré, dans une enquête très fouillée, comment les multinationales de l’agroalimentaire mènent une stratégie agressive d’expansion dans certains pays émergents, dont le Brésil, pour compenser leur essoufflement sur les marchés plus mûrs. Avec pour résultat un boom de l’obésité, notamment chez les enfants.

Cette fois, cependant, c’est la cupidité de l’agrobusiness brésilien – pourvoyeur de devises et à ce titre, courtisé de gauche à droite – qui est en cause. La population a certes fait des stocks alimentaires pour affronter la quarantaine décrétée face au coronavirus. Mais avec le réal brésilien devenu moins cher par rapport au dollar, les producteurs de riz, dont la demande internationale est également en hausse, ont préféré exporter… De quoi mettre de l’eau dans le moulin du Mouvement des sans terre qui triomphe sur le mode du : «On vous l’avait dit, que la souveraineté alimentaire, l’agrobusiness s’en tape.»

Drôle de paradoxe, en effet, qu’un pays grand producteur de denrées de base soit désormais contraint d’en importer. «Donc, sous Bolsonaro, on exporte du riz bon marché pour ensuite importer du riz cher, c’est bien ça ?, interpelle Marcia Denser, agitatrice de gauche. Brillante idée !» Et si, plutôt que l’arroz e feijão, les Brésiliens remplaçaient leur Président ? Ça ne leur coûterait rien, pour le coup.

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