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Au Vatican, les victimes de pédophilie réclament la tolérance zéro

logo de Liberation Liberation 24/02/2019 Bernadette Sauvaget
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Une marche symbolique a eu lieu à Rome pour exiger de l’Eglise une plus grande transparence.

Sur une pancarte, brandie par un «survivant» cette inscription en anglais «The miracle : Believe the Vatican» («Le miracle, c’est de croire le Vatican»). À elle seule, la formule résume l’état d’esprit des activistes et victimes, réunis à Rome samedi pour la Marche de la tolérance zéro pendant que se tient au Vatican un sommet mondial pour tenter de résoudre la crise des abus sexuels.

«La tolérance zéro, c’est le renvoi systématique de tous les abuseurs et des évêques qui ont couvert les affaires de pédophilie», explique à Libération, l’Américaine Denise Buchanan, violée enfant par un prêtre. À l’appel de l’ONG internationale ECA (Ending Clergy Abuse), la Piazza del Popolo à Rome est, en fin de matinée, le point de rendez-vous de plus de deux cents activistes et anciennes victimes des prêtres pédophiles, venus de la planète entière.

Un sommet à huis clos

«Le Vatican doit en terminer avec ses protocoles secrets qui ont permis de protéger les prédateurs», soutient un ancien prêtre mexicain, Alberto Athié. L’Équatorienne Sarah Oviedo lit, elle, solennellement l’appel lancé par ECA. L’ONG réclame que le Vatican respecte la convention internationale des Droits de l’enfant qu’il a ratifiée dans les années 90. Le comité de L’ONU des droits de l’enfant, un temps présidé par Sarah Oviedo, avait tancé, en 2014, le Vatican, estimant qu’il ne respectait la convention. L’Église catholique avait été sommée de communiquer à l’ONU la liste des prêtres pédo-criminels. «Le Saint-Siège a promis, en 2016, qu’il transmettrait un rapport. Mais cela n’a toujours pas été suivi d’effet», précise, à Libération, Sarah Oviedo.

À Rome, ECA propose aussi la mise en place d’une commission tripartite afin de résoudre la crise des abus sexuels dans l’Église. Elle réunirait l’institution catholique, les associations de victimes et des représentants de la société civile. Les «survivants» redoutent que l’Église ait toujours la tentation de régler les cas d’abus sexuels, en les cachant ou les minimisant. Tirée de leur expérience, les associations estiment avoir une expertise à partager.

Pendant leur sommet à huis clos au Vatican qui s’achève dimanche, les 200 évêques et cardinaux ont écouté, chaque jour, des témoignages de victimes ; ce qui, d’après ce qui a été officiellement relaté en conférence de presse, les a bouleversés. Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas reçu, en tant que telles, les associations.

Des archives détruites

Ce samedi, le cardinal Reinhardt Marx a créé la sensation, en reconnaissant publiquement, au cours du sommet, qu’en Allemagne, des «archives avaient été détruites», concernant des cas d’abus sexuels. «L’Allemagne n’est pas un cas isolé», a-t-il ajouté, un peu plus tard, lors d’une conférence de presse, refusant toutefois de dire si c’était le cas au Vatican.

Le cardinal Marx, proche du pape, s’est prononcé pour une meilleure transparence dans la gestion des affaires de pédophilie. Il souhaite, comme beaucoup de membres de la garde rapprochée de François, une évolution du secret pontifical qui impose le silence dans les procédures internes à l’Église.

C’est l’une des réformes qui devrait être prochainement lancées pour résoudre la crise des abus sexuels. Depuis longtemps, les victimes demandent que leur soient communiquées les informations dont dispose l’Église au sujet des prédateurs.

L’autre piste de travail qui a émergé pendant les travaux au Vatican serait la mise en place d’une structure nationale au sein de l’Église pour gérer les affaires d’abus sexuels. Actuellement, ce sont les diocèses localement qui en ont la charge ce qui crée le risque que les affaires soient étouffées.

«Assez de l’omerta au Vatican»

Guidé par une dizaine de policiers en civil, le cortège de la Marche pour la tolérance zéro a traversé une partie du centre historique de Rome. «Plus d’abus» et «Justice maintenant», clamaient en espagnol et en anglais, les marcheurs.

Très symboliquement, une délégation de victimes de l’institut catholique Provolo de Vérone, une institution pour les mal entendants où plusieurs dizaines d’enfants auraient été abusés des années 50 à 80, fermait la marche. C’est l’un des scandales les plus retentissants de pédophilie en Italie. «Assez de l’omerta au Vatican», «Dehors les prêtres pédophiles de l’institut Provolo», avaient inscrits sur des mitres en carton, les «survivants»

Contrairement à ce que les organisateurs avaient prévu, la Marche pour la tolérance zéro n’a pas pu accéder à la place Saint-Pierre. Pour s’y rendre, les manifestants étaient priés d’abandonner banderoles et pancartes. Activiste suisse et ancienne victime, Jean-Marie Fürbringer s’interroge : «Le Vatican nous considère-t-il comme des touristes ?»

Des victimes et des membres d'Ending Clergy Abuse (ECA) à Rome, le 23 février 2019. © Matteo Minnella / OneShot Des victimes et des membres d'Ending Clergy Abuse (ECA) à Rome, le 23 février 2019.

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