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Au Yémen, la désignation des Houthis comme organisation terroriste alarme les ONG

logo de Liberation Liberation 13/01/2021 Luc Mathieu
Une montre à l'effigie du chef houti Abdel Malek al-Houti, à Sanaa, lundi. © KHALED ABDULLAH Une montre à l'effigie du chef houti Abdel Malek al-Houti, à Sanaa, lundi.

La décision du secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, compliquera, voire empêchera, l'acheminement de l'aide internationale dans un pays qui subit une crise humanitaire et sanitaire dramatique.

C’est l’une des dernières décisions de l’administration Trump et elle vise l’un des pays les plus pauvres du monde, le Yémen, terrassé par cinq ans de guerre et de bombardements. Le 19 janvier, à la veille de la passation de pouvoir avec le nouveau président Joe Biden, le mouvement rebelle houthi, qui contrôle le nord du Yémen et sa capitale, Sanaa, sera catalogué comme mouvement terroriste. Trois de ses dirigeants, dont le premier, Abdel Malek al-Houti, seront également inscrits sur la liste à titre individuel.

Cette décision est unanimement critiquée par les ONG, l’ONU et l’Union européenne. «L’UE est particulièrement préoccupée par l’incidence de cette décision sur la situation humanitaire au Yémen, qui est actuellement confronté à un risque imminent de famine généralisée. Cette décision risque de rendre plus difficiles les efforts menés par les Nations unies pour parvenir à une solution globale du conflit au Yémen», a déclaré mardi le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. L’ONG Care se dit, elle, «extrêmement inquiète des conséquences dévastatrices pour les millions de personnes qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire». Une position partagée par les ONG Action contre la faim, Care et International Rescue Commitee.

La désignation des Houtis comme organisation terroriste compliquera, voire empêchera, le travail des organisations humanitaires. Si elle n’est pas assortie d’exemptions qui les mettent à l’abri de poursuites, elles ne pourront par exemple plus verser les salaires de leurs employés locaux.

«Les contraintes financières, juridiques et bureaucratiques qui résultent de cette désignation feront que de nombreuses entreprises et institutions, comme celles du secteur bancaire international, refuseront d’opérer au Yémen et collaborer avec les acteurs humanitaires», a dénoncé Action contre la faim dans un communiqué. Elle limitera aussi la possibilité d’importer nourriture et médicaments, alors que le Yémen dépend très largement de l’étranger pour ses approvisionnements en produits de base.

Conflit sans issue militaire

La guerre au Yémen s’est intensifiée en mars 2015, lorsque l’Arabie saoudite a monté une coalition avec les Emirats arabes unis pour empêcher les Houthis, venus du nord du pays, de continuer à progresser. Elle a empêché qu’ils s’emparent d’Aden, la grande ville du Sud, mais elle n’a pas réussi à les chasser de Sanaa, la capitale. Le pays est aujourd’hui fragmenté autour de lignes de front qui ne bougent plus.

Le conflit, sans issue militaire, a provoqué une catastrophe humanitaire dramatique selon les Nations unies. «Les Yéménites n’ont pas faim, ils sont affamés», a déclaré en novembre le sous-secrétaire aux affaires humanitaires de l’ONU, Mark Lowcock. Plus de 80% de la trentaine de millions d’habitants dépendent de l’aide pour survivre.

Les infrastructures médicales sont largement insuffisantes et la plupart des Yéménites ne peuvent de toute façon pas s’y rendre faute de moyens de transport. Face à ce désastre, encore amplifié par l’épidémie de Covid-19, l’aide internationale se tarit. Seuls 42% des fonds demandés en 2020 ont été versés, ce qui a provoqué la réduction, voire l’arrêt, d’au moins 15 des 41 projets de l’ONU dans le pays. L’aide humanitaire est également entravée par le pouvoir houthi qui a bloqué une centaine de projets.

Face à la politique du pire menée par le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, qui profite des derniers jours de son administration pour multiplier les sanctions contre l’Iran, l’un des soutiens des Houthis, plusieurs pays européens, dont la France et le Royaume-Uni, ont demandé aux Etats-Unis de revoir leur position. «L’administration est au courant du problème, mais elle ne peut pas s’opposer à une décision de Pompeo, explique un proche du dossier. Il n’y a plus que deux espoirs de solution : un blocage de la décision par le Congrès, ce qui semble peu probable, ou son annulation par Antony Blinken, le futur secrétaire d’Etat de Biden. Sinon, ce sera une catastrophe pour le Yémen.»

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