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Chronique «C'est la vie» - Zombies du smartphone

logo de Paris Match Paris Match 05/07/2022 Catherine Schwaab

Même assis en terrasse, les Parisiens sont tous sur leur portable, se parlent par FaceTime alors qu’ils sont à deux pas. Pourquoi ?

© Getty Images

Il marche tête baissée, il a failli vous rentrer dedans. Vous a évité de justesse par un instinct mystérieux. On est au bord d’un passage pour piétons, le feu n’est pas passé au vert mais, comme il n’a pas entendu de bruit de moteur, il a traversé tel un automate, le nez sur son smartphone. Il n’a pas relevé la tête depuis qu’il est sorti du métro. Il connaît le chemin par cœur, donc il avance tout droit, occupé ailleurs. À plusieurs reprises, il a frôlé l’accident, s’est fait cent fois klaxonner. Il est comme 91 % des 18-24 ans qui avouent garder le nez sur leur portable en traversant la route. Impénétrable.

C’est une nouvelle donne dans les (non-)rapports humains, je n’arrive pas à m’y faire. Il n’y a pas si longtemps, dans le métro, on n’avait pas de réseau, « ça » coupait, c’était énervant. Depuis 2020, le haut débit est partout, dans les tunnels, en station. « On a posé 3 000 antennes, annonçait la RATP, 300 kilomètres de câbles… » Résultat, le métro est devenu une immense salle de visionnage individuel. Au lieu de s’observer à la dérobée, de se parler, de regarder qui monte et qui descend, comment les voyageurs s’habillent, au lieu d’écouter discrètement les dialogues de copines, on se replie sur son 06 comme un appendice de soi. Les jeunes les premiers, qui, le nez sur leur portable, n’ont même plus l’occasion de culpabiliser quand ils ne vous cèdent pas leur place, vu qu’ils ne vous voient pas. On a tout oublié : la convivialité et les bonnes manières.

Autrefois, en marchant dans la rue, on regardait les passants, on réfléchissait, on rêvassait


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Okay, les termes sonnent un peu désuet, mais les Parisiens, ces Latins de mauvais poil, ont des habitudes urbaines. Ils n’ont pas leurs yeux dans la poche, ils observent, repèrent, balancent des piques… ou des compliments, ça arrive. Bref, ils aiment bien l’échange verbal. Fini, tout ça. Même assis en terrasse, ils sont tous sur leur portable, se parlent par FaceTime alors qu’ils sont à deux pas. Pourquoi ? Parce qu’il en manque un dans la petite réunion et… parce qu’avec FaceTime tu vois ta tête dans un coin de l’écran. Je ne parle pas des décibels. Soit l’accro du portable est silencieux, concentré sur ses SMS, soit il ou elle claironne sa discussion à la cantonade. Et s’énerve quand on lui fait signe de baisser le son. On regrette les cabines téléphoniques qui vous enfermaient dans une bulle hermétique. De la préhistoire.

Autrefois, en marchant dans la rue, on regardait les passants, on réfléchissait, on rêvassait. Ce que les Américains appellent le « eye contact » nous surprenait, au hasard d’un inconnu croisé : les regards s’accrochaient, va savoir pourquoi. Une dégaine, une démarche… Souvent ça n’allait pas plus loin, mais il y avait là quelque chose de réjouissant et gratuit. Terminé. Quand il a le visage redressé, ça n’est pas pour te voir, c’est qu’il parle tout seul… avec son portable.

Les Anglo-Saxons les appellent des « smobies » (smartphone + zombie). Ces êtres déconnectés parce que surconnectés provoquent trop d’accidents. À Tel-Aviv, pour les réveiller, la mairie a disposé des Led aux carrefours. À Séoul, une appli leur signale la route. En Sardaigne ou à Honolulu, ils se prennent une amende (22 euros, 15 dollars). En France, on se contente pour l’instant de diffuser des vidéos chocs pour avertir des dangers.

Mais le vrai danger, c’est notre société d’autistes égocentriques : sans attention vers l’autre, on est en train de perdre les codes élémentaires de la vie en commun. Le village planétaire devient une planète Mars peuplée d’extraterrestres indifférents. Insensibles.

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