Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Colombie : les Amérindiens à Bogotá pour se faire entendre

logo de Liberation Liberation 20/10/2020 Anne Proenza
Les Amérindiens à leur arrivée dans les rues de Bogotá, dimanche. © LUISA GONZALEZ Les Amérindiens à leur arrivée dans les rues de Bogotá, dimanche.

Une délégation de plusieurs milliers d'Amérindiens est arrivée dans la capitale colombienne alors que le président, Ivan Duque, refuse toute rencontre. Ils réclament notamment l'application de l'accord de paix de 2016 et la sauvegarde de leurs territoires.

La minga est arrivée dimanche soir à Bogota. Plus de 7 500 Amérindiens venus du sud du pays pour rencontrer le président Ivan Duque «face à face» et débattre de leurs préoccupations politiques essentielles : la défense de leurs vies, de leurs territoires et de la démocratie, et l’application de l’accord de paix signé en 2016 par le gouvernement précédent et mis à mal par l’actuel. Montés dans des bus, camionnettes, chivas (ces camions transformés en bus traditionnels pour arpenter depuis des décennies les mauvaises routes colombiennes), ils ont été applaudis et soutenus partout sur leur chemin, marquant le début de la reprise des mobilisations sociales interrompues par la pandémie de Covid-19.

«Guardia ! Guardia ! Fuerza, Fuerza !» ont crié les Bogotanais à leur passage pour saluer la Garde indigène, sorte de police traditionnelle très organisée qui encadre désormais de manière pacifique toutes ces mobilisations. «Ils se battent pour les mêmes droits que nous : la vie, la paix, un travail digne, la terre. Nous sommes tous des exploités, mais eux ils n’ont pas peur», affirme Zulma, informaticienne de 48 ans venue «pour les soutenir».

Members of the Indigenous Guard get ready to take part in an anti-government march in Bogota, where thousands traveled in a caravan from Cali, Colombia, Monday, Oct. 19, 2020. The leaders of the indigenous communities say they are mobilizing to reject massacres, assassinations of social leaders, criminalization of social protest, to defend their territory, democracy and peace, and plan to stay in the capital for a nationwide protest and strike on Oct. 21. (AP Photo/Fernando Vergara) © Fernando Vergara Members of the Indigenous Guard get ready to take part in an anti-government march in Bogota, where thousands traveled in a caravan from Cali, Colombia, Monday, Oct. 19, 2020. The leaders of the indigenous communities say they are mobilizing to reject massacres, assassinations of social leaders, criminalization of social protest, to defend their territory, democracy and peace, and plan to stay in the capital for a nationwide protest and strike on Oct. 21. (AP Photo/Fernando Vergara) Lors de la mobilisation, dimanche à Bogotá. Photo Fernando Vergara. AP

Le mot minga provient du quechua et signifie au départ «travail» ou «action collective». «C’est un mot qui vient de nos peuples ancestraux, un chemin pour toute la communauté, où tout le monde – enfants, adultes, vieux – se retrouve volontairement. Tout est minga», explique Hermes Pete Vivas, dirigeant du Conseil régional des indigènes du Cauca (Cric), principale organisation amérindienne du sud du pays. Depuis les années 2000, les mingas se sont aussi multipliées pour faire face aux violences des groupes armés, des autorités, ou d’intérêts économiques puissants cherchant à exploiter leurs territoires normalement protégés. Elles regroupent non seulement les peuples amérindiens (plus de 100 en Colombie, aux langues et cultures différentes), mais aussi les communautés afro-descendantes (ainsi qu’on appelle en Colombie les communautés noires, lointains descendants des esclaves africains) et les organisations sociales paysannes.

Une action entravée par le gouvernement et l’extrême droite 

Claudia Lopez, la maire progressiste de Bogotá, a mis à disposition le complexe du Palais des sports de la capitale pour héberger les 7 500 arrivants, soulignant qu’à l’entrée ils avaient à leur disposition deux procédures pour se protéger du Covid-19 : l’une conforme à leur médecine traditionnelle, et l’autre plus contemporaine avec distribution de masques neufs, de gel désinfectant et prise de température. «Si la Minga est arrivée jusqu’à Bogotá, c’est à cause de l’incapacité de la présidence à dialoguer avec ses citoyens», a affirmé la maire en appelant «respectueusement le gouvernement à trouver une solution».

Elle a aussi appelé à ne pas stigmatiser les manifestants, rappelant que c’était les Amérindiens qui prenaient des «risques» en venant à Bogotá sachant que leurs territoires étaient beaucoup moins touchés que la capitale par le Covid-19. L’extrême droite colombienne a tenté une action en justice pour interdire la minga pour des raisons de santé publique, tandis que le gouvernement explique depuis plusieurs jours que les Amérindiens sont infiltrés par les groupes armés illégaux.

La minga avait d’abord été convoquée à Cali, la capitale du département du Valle del Cauca, dans le sud du pays. Mais devant le refus du président de dialoguer directement – il avait envoyé une délégation –, les dirigeants amérindiens ont décidé de poursuivre jusqu’à Bogotá. En 2019, la minga avait aussi bloqué pendant près de trois semaines la route panaméricaine qui traverse le pays.

«On nous tue physiquement et culturellement»

«Le caractère de la minga est aujourd’hui politique. Nous ne venons pas réclamer de l’argent, des mesures comme d’autres fois, mais expliquer que les politiques du gouvernement affectent nos territoires», souligne Hermes Pete Vivas, qui ajoute : «On nous tue physiquement et culturellement.» La semaine dernière un ex-gouverneur amérindien et sa femme ont été assassinés à Suarez, un village du département du Cauca, une des régions où les violences se multiplient. Au total, selon les tristes registres de l’ONG Indepaz, 231 personnes – leaders amérindiens, paysans, afro-descendants, militants des droits de l’homme, de l’environnement, LGBT+, syndicalistes – ont été assassinées depuis le 1er janvier 2020.

Indigenous people shout slogans against the government during a march in Bogota, Colombia, Monday, Oct. 19, 2020. The leaders of the indigenous communities say they are mobilizing to reject massacres, assassinations of social leaders, criminalization of social protest, to defend their territory, democracy and peace, and plan to stay in the capital for a nationwide protest and strike on Oct. 21. (AP Photo/Fernando Vergara) © Fernando Vergara Indigenous people shout slogans against the government during a march in Bogota, Colombia, Monday, Oct. 19, 2020. The leaders of the indigenous communities say they are mobilizing to reject massacres, assassinations of social leaders, criminalization of social protest, to defend their territory, democracy and peace, and plan to stay in the capital for a nationwide protest and strike on Oct. 21. (AP Photo/Fernando Vergara) Dimanche à Bogotá. Photo Fernando Vergara. AP

« On nous tue, on nous déplace. Notre objectif est de sauver les vies et notre territoire, proie aussi des multinationales et de mégaprojets industriels. Cela fait cinq cent ans que nous résistons et nous savons que résister ce n’est pas se résigner», renchérit Diego Fernando, 39 ans, venu de Buenaventura, principal port de la côte pacifique du pays.

Les revendications de la minga rejoignent celles du mouvement social lancé notamment par les organisations syndicales et les partis d’opposition, qui ont appelé à la grève le 21 octobre et à la formation de cortèges dans tout le pays, entre autres «pour la vie, la démocratie, l’application des accords de paix, la fin de l’autoritarisme et contre les mesures prises par le gouvernement au nom de la crise du Covid».

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon