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David Adjaye, premier architecte noir à recevoir la médaille d’or du Royal Institute of British Architects

logo de Liberation Liberation 01/10/2020 Sonia Delesalle-Stolper
David Adjaye à Londres, en 2009. © View Pictures David Adjaye à Londres, en 2009.

Au Royaume-Uni, seulement 5,2% des étudiants en architecture sont noirs et 1% des architectes noirs sont enregistrés professionnellement. Le milieu est pointé pour son cruel manque de diversité.

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Il est né en Tanzanie, de parents ghanéens – son père était diplomate. Il a vécu en Egypte, au Yémen, au Liban, avant de s’installer à l’âge de 9 ans au Royaume-Uni. Sir David Adjaye travaille dans le monde entier, de Washington à Moscou, en passant par Accra, Oslo, Denver, Londres ou New York. A 54 ans, l’architecte a reçu mercredi la médaille d’or pour 2021 du Royal Institute of British Architects (RIBA), l’une des plus hautes distinctions dans le monde de l’architecture. Cette médaille récompense une carrière versatile de plus de vingt-cinq ans, sur des projets aussi variés que des maisons individuelles, des musées internationaux ou même, en cours de construction, la cathédrale nationale du Ghana, en plein cœur d’Accra, dotée d’un auditorium capable d’accueillir 5 000 personnes.

Une première en 173 ans

«Son travail est local et spécifique et, en même temps, global et inclusif, a expliqué Alan Jones, président du RIBA. En combinant histoire, art et science, il crée des environnements séduisants finement conçus qui équilibrent des thématiques contrastées et nous inspirent tous.» L’attribution de cette médaille d’or à David Adjaye est aussi un moment historique pour le vénérable institut. C’est la première fois, en 173 ans d’existence, que cette récompense est dévolue à un architecte noir. Dans le cadre du mouvement Black Lives Matter (BLM) et alors que nombre d’institutions britanniques se penchent sur leur passé colonial, le RIBA est bien obligé de reconnaître que seuls 5,2% des étudiants en architecture au Royaume-Uni sont noirs et 1% seulement des architectes noirs sont enregistrés professionnellement. 

En juin, un sondage sur la diversité raciale dans la profession pour la revue de référence Architects’ Journal révélait que plus d’un quart des architectes noirs au Royaume-Uni disaient avoir souffert de racisme dans le cadre de leur profession. Encore plus inquiétant, ce phénomène de racisme à l’encontre des minorités ethniques BAME (Black, Asian and Minority Ethnic) est en augmentation. En 2020, 33% des sondés issus d’une minorité ethnique estiment que le racisme est «largement» répandu dans le milieu de l’architecture, une augmentation de 10% en deux ans.

Un récent appel d’offres dans le quartier de Southwark, dans le sud de Londres, a frappé les esprits. Un quart des habitants de ce quartier sont noirs. Mais sur les 110 cabinets d’architectes sélectionnés pour une compétition d’appel d’offres d’un projet public, pas un seul n’était dirigé par un architecte noir. «C’est le résultat de générations de préjudices inconscients ancrés dans le système», avait commenté dans le Guardian un architecte noir, à la tête d’un cabinet de Southwark, qui avait souhaité garder l’anonymat.

«Créer de la beauté accessible à tous»

Sir David Adjaye, pour sa part, ne s’est jamais posé comme un militant de la cause BLM, mais il en est indéniablement un symbole. «Je suis un architecte avant tout, avec des origines complexes, notait-il dans une interview à The Observer en 2014. J’utilise le continent africain comme un fond, un contexte. Mais j’ai aussi grandi à Londres… Je ne regarde pas toujours les références évidentes.» De fait, au contraire de certains de ses collègues, sa «patte» n’est pas forcément aisément reconnaissable tant son style est varié, riche et contrasté. L’une de ses œuvres les plus frappantes est le National Museum of African American Arts and Culture à Washington.

«Pour moi, l’architecture a toujours été synonyme de créer de la beauté accessible à tous à travers le monde et de contribuer à l’évolution de cet art», a réagi l’architecte après l’annonce de sa récompense. Après des études à la London South Bank University puis au Royal College of Art, David Adjaye avait déjà gagné, alors qu’il venait de recevoir son diplôme, une médaille de bronze du RIBA. Il a créé son cabinet d’architectes, Adjaye Associates, en 2000, avec des studios à Accra, Londres et New York. Il avait été anobli par la reine Elizabeth II en 2017 pour «services rendus à l’architecture».

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