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En Egypte, la lourde condamnation des «filles de TikTok» ne passe pas

logo de Le Parisien Le Parisien 25/06/2021 Ronan Tésorière
Haneen Hossam et Mowada al-Adham deux Tiktokeuses égyptiennes ont été condamnées à 10 et 6 ans de prison par la justice de leur pays cette semaine. Khaled DESOUKI / AFP © KHALED DESOUKI Haneen Hossam et Mowada al-Adham deux Tiktokeuses égyptiennes ont été condamnées à 10 et 6 ans de prison par la justice de leur pays cette semaine. Khaled DESOUKI / AFP

« Dix ans ? ! Je n’ai rien fait d’immoral, je ne mérite pas tout ça. J’ai été emprisonnée 10 mois et je n’ai rien dit. Pourquoi voulez-vous m’arrêter de nouveau ? », s’écrit Haneen Hossam, 20 ans à peine, entre deux sanglots. Dans une vidéo vue plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux, la TikTokeuse égyptienne envoie un appel à l’aide et une supplique au général Sissi pour qu’il fasse preuve de clémence à son égard après sa condamnation mardi dernier à 10 ans de prison pour « incitation à la débauche ». La jeune femme implore encore le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi de réexaminer son cas. « Je suis littéralement en train de mourir, sauvez-moi », supplie encore la jeune femme, en larmes.

Trois jours avant son arrestation, Haneen Hossam, influenceuse sur les réseaux sociaux TikTok et Likee, avait été condamnée à 10 ans de prison par contumace pour « trafic d’êtres humains » et « débauche » entre autres, selon un responsable au sein des services de sécurité égyptien. Pour ne s’être pas présentée au tribunal, elle a écopé d’une peine plus lourde qu’une autre influenceuse, Mawada al-Adham, ainsi que trois autres personnes, condamnées elles à six ans de prison. Là encore, la condamnation porte sur le « trafic d’être humains », et englobe des accusations de « corruption de la vie familiale et d’incitation à la débauche », a indiqué l’avocat de Mawada al-Adham, Me Saber Sokkar.

Que leur reproche-t-on exactement? L’histoire remonte au printemps 2020, lors duquel les deux jeunes femmes ont été arrêtées coup sur coup. Haneen Hossam, étudiante en archéologie à l’université du Caire, suivie par plus de sept millions d’internautes sur l’ensemble de ses réseaux sociaux, publie à cette époque des vidéos dans lesquelles elle apparaît en train de chanter et de danser. Contactée par l’application Likee, où les utilisateurs sont rémunérés en fonction du nombre de vues, l’influenceuse a accepté de faire une vingtaine de vidéos en échange de 400 dollars. L’une d’elles lui vaudra son arrestation. Haneen y invite les jeunes femmes de plus de 18 ans qui la suivent à attirer des personnes sur la plateforme en échange de revenus pouvant aller de 36 à 3 000 dollars. Il n’en fallait pas plus pour que la police des mœurs locale arrête la jeune femme, sous l’accusation de « trafic sexuel en ligne ». Un mois après, Mawada al-Adham subissait le même sort. Au total depuis l’an dernier, une douzaine d’influenceuses ont été poursuivies et arrêtées pour atteinte aux bonnes mœurs dans le pays conservateur.

Sur les réseaux sociaux égyptiens, de nombreuses personnalités publiques et militantes ont critiqué la sévérité du verdict et le manque de clarté des motifs invoqués par les autorités. « Qu’entendent-elles par valeurs sociétales ? Qu’il faut accepter l’injustice tant qu’elle n’est pas dirigée contre soi ? Qu’il faut quitter complètement la politique pour éviter l’oppression ? » a dénoncé sur Twitter l’acteur et activiste égyptien Amr Waked.

Neuf organisations locales et internationales de défense des droits humains ont dénoncé de leur côté une « campagne médiatique et sécuritaire systématique visant la mise sous tutelle morale et sociale des utilisateurs des réseaux sociaux ». Et surtout les utilisatrices. Les influenceuses sont « sanctionnées en raison de la façon dont elles s’habillent, agissent et gagnent de l’argent sur des applications telles que TikTok. Des poursuites pénales ont été engagées contre neuf femmes au moins, pour atteinte aux bonnes mœurs et violation des principes et des valeurs de la famille », dénonce Amnesty International.


Vidéo: "Les reines d’Égypte sont le reflet de la liberté qu’avaient les femmes en Égypte" (France 24)

"Les reines d’Égypte sont le reflet de la liberté qu’avaient les femmes en Égypte"
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Ce vendredi matin, des activistes Femen se sont même menottées devant l’ambassade d’Égypte à Paris en réclamant « la relaxe immédiate de Haneen Hossam et Mawada Al Adham » .

S’affranchir de la tutelle masculine

Derrière cette affaire, il y a la question plus large et brûlante de la place de la femme dans la société egyptienne. Soumises à une législation patriarcale vieille d’un siècle, les Égyptiennes bataillent toujours pour s’affranchir de la tutelle des hommes de leur famille et ont récemment obtenu le gel d’un projet de loi qui menaçait de restreindre encore davantage leurs droits, en permettant aux père et frères d’annuler le mariage d’une femme de leur famille, en prohibant leurs voyages à l’étranger sans autorisation ou encore en niant aux mères le droit de déclarer leur enfant à la naissance.

Dans ce combat pour ne pas « ramener l’Egypte 200 ans en arrière », selon les mots de Nihad Abou Komsane, présidente du Centre des droits des femmes, les Égyptiennes ont pu compter sur un soutien de poids : le grand imam d’al-Azhar, la principale institution de l’islam sunnite au Caire, a pris le texte gouvernemental à contre-pied, rappelant publiquement que les femmes pouvaient « occuper de hautes fonctions », « voyager sans responsable légal » ou encore « se réserver une part de l’héritage de leurs époux ». Une parole d’un poids considérable en Iran, dans laquelle la journaliste Ranim al-Afifi, créatrice d’un site féministe d’informations, voit toutefois un piège, celui de « rester coincés dans une crise perpétuelle d’interprétation religieuse ». Pour elle, une réglementation « civile » du statut personnel des femmes doit rejeter toute influence religieuse. Et en attendant, gare ne pas laisser le gel du projet de loi « absorber temporairement la colère des femmes ». Avec ce procès des « filles de TikTok », cette colère n’est manifestement pas retombée.

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