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En Europe, les navires de croisière polluent dix fois plus que l’ensemble des voitures

logo de Le Figaro Le Figaro 05/06/2019 Yohan Blavignat
Le bateau MSC-Opera à Venise. © MANUEL SILVESTRI/REUTERS Le bateau MSC-Opera à Venise.

Selon une étude inédite publiée ce mercredi, le leader mondial de la croisière de luxe, Carnival Corporation, a émis à lui seul en 2017 dix fois plus d’oxyde de soufre autour des côtes européennes que l’ensemble des 260 millions de voitures du parc européen.

Plus de 7 millions de passagers et 20 milliards d’euros de retombées économiques: en Europe, le succès de la croisière ne se dément pas. Costa, MSC, CroisiEurope ou encore Ponant: un total de 40 compagnies de croisières, gérant 137 navires, sont domiciliées en Europe, où 75 autres navires sont également déployés par une vingtaine de compagnies non européennes. En 2018, un total de 7,17 millions de passagers européens ont effectué une croisière maritime, soit une progression de 3,3% sur un an. Pourtant, au-delà de l’enjeu économique, les navires de croisière représentent un risque majeur de santé pour les populations vivant dans les grandes villes portuaires européennes.

Selon un rapport publié ce mercredi par l’ONG Transport & Environment, le leader mondial de la croisière de luxe, Carnival Corporation, a émis à lui seul en 2017 dix fois plus d’oxyde de soufre autour des côtes européennes que l’ensemble des 260 millions de voitures du parc européen. Un chiffre colossal pour une entreprise qui possède une flotte de 94 bateaux, dont la moitié opère en Europe. Le numéro deux mondial, Royal Carribean, notamment propriétaire du plus gros paquebot du monde - le Symphony of the Seas - en a, lui, rejeté quatre fois plus. 

60.000 décès prématurés par an

Le Vieux Continent est la deuxième destination pour les croisières, derrière les Caraïbes. En Méditerranée, Barcelone est le premier port en nombre de passagers, suivi par Civitavecchia, Palma de Majorque, Marseille et Venise. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, la France et la Norvège sont donc les pays les plus exposés aux émissions de dioxyde de soufre, selon l’étude de Transport & Environment. À Marseille, huitième ville la plus impactée du continent, les 57 bateaux de croisière qui y ont fait escale en 2017 ont émis quatre fois plus de dioxyde de soufre que tous les véhicules circulant en ville.

En 2015, des chercheurs de l’université de Rostock, en Allemagne, avaient déjà alerté sur les effets de la pollution liée au transport maritime, qui serait responsable de 60.000 décès prématurés par an en Europe. L’une des principales raisons serait la qualité médiocre des carburants utilisés par ces mastodontes des océans: un fioul lourd dont les émanations sont bien plus toxiques que le diesel, pourtant lui aussi décrié.

Vers des «ports à zéro émission»?

Mais, selon ce rapport, la pollution s’étend également aux émanations d’oxydes d’azote, un autre gaz très toxique, mais aussi des particules fines en grande quantité. Un cocktail qui nuit dangereusement à la qualité de l’air dans les grandes villes portuaires européennes. À Marseille, les navires seraient ainsi à l’origine de 10% de la pollution atmosphérique. Et cela ne risque pas de s’arrêter. Une soixantaine de navires figurent dans les carnets de commandes des grandes compagnies pour des livraisons d’ici à 2021. «Nous sommes souvent accusés dans les médias d’être la cause du surtourisme, parce qu’on est visibles, surtout quand tous les passagers descendent en même temps du bateau. Mais nous ne représentons que 5% des visiteurs de Venise ou Barcelone, le reste arrivant par avion notamment», avait affirmé en avril dernier Tor Christian Sletner, vice-président en charge des affaires gouvernementales de Clia Europe, l’association fédérant la profession.

Transport & Environment demande à l’Union européenne d’étendre la zone d’émission contrôlée de soufre (SECA) - qui contraint depuis 2015 les navires à utiliser un carburant dont la teneur en soufre ne peut pas excéder 0,1 % - à toute l’Europe, car aujourd’hui elle ne concerne pas les ports du bassin méditerranéen. L’ONG demande également d’accélérer la transition vers des «ports à zéro émission» en misant sur l’électrification des quais. Et d’en appeler aussi aux municipalités qui «interdisent à juste titre les voitures diesel», mais qui «accordent toujours un laissez-passer aux compagnies maritimes qui menacent la santé des croisiéristes et des riverains». À l’initiative du gouvernement français, un groupe de travail a été constitué pour convaincre l’Organisation maritime internationale (OMI) de classer le pourtour méditerranéen et les côtes Atlantique en SECA.

La question des risques liés aux accidents est également posée. À Venise dimanche, un énorme paquebot de MSC a heurté un quai puis un bateau touristique en voulant s’amarrer, suscitant la panique et faisant quatre blessés légers, et relançant également le débat sur les risques et dommages qu’entraînent pour la Sérénissime ces géants des mers accostant tout près de la place Saint-Marc. Mercredi dernier sur le Danube, au cœur de Budapest, une collision entre un bateau de croisière de 135 mètres et une embarcation de 26 mètres transportant des touristes sud-coréens, a fait sept morts et 21 disparus.


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