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En Floride, les partisans de Donald Trump surjouent l'enthousiasme

logo de Liberation Liberation 20/10/2020 Frédéric Autran
Un groupe de partisans du président Donald Trump brandit des drapeaux dans la rue alors que le candidat démocrate à la vice-présidence, le sénateur Kamala Harris arrive à un événement de campagne, hier à Orlando en Floride. © John Raoux Un groupe de partisans du président Donald Trump brandit des drapeaux dans la rue alors que le candidat démocrate à la vice-présidence, le sénateur Kamala Harris arrive à un événement de campagne, hier à Orlando en Floride.

La candidate démocrate à la vice-présidence, Kamala Harris, était lundi à Orlando pour un meeting que des fervents soutiens du milliardaire ont tenté de perturber.

Quand on a appris que la sénatrice Kamala Harris serait à Orlando lundi matin, au lendemain de notre arrivée sur place et au premier jour du vote anticipé en Floride, on s’est dit qu’on avait de la chance. Et qu’on allait pouvoir observer de près la colistière de Joe Biden, première femme de couleur sur le «ticket» présidentiel d’un grand parti, et pionnière en série tout au long de sa carrière. On s’est réjoui un peu vite, oubliant que le monde d’avant (avant la pandémie de coronavirus et avant Donald Trump), celui des campagnes foisonnantes et ouvertes à tous - partisans, journalistes même étrangers - avait laissé la place, côté démocrate, à une organisation draconienne, ultracontrôlée. Voire secrète.

Ainsi, si l’heure de l’événement (11h15) auquel participait la candidate démocrate à la vice-présidence, en l’occurrence un «drive-in rally», un meeting où les invités viennent en voiture, était connue, l’endroit précis à Orlando ne figurait nulle part. Ni sur le site internet de la campagne ni dans la presse locale. Sur les réseaux sociaux, des partisans du duo Biden-Harris, désireux d’y assister, cherchaient à en savoir plus. Sans succès. Jusqu’à ce que des partisans de Trump, mis au courant on ne sait comment, entament sur place un contre-rassemblement et en postent les photos sur Twitter.

Occuper le terrain

Sous le soleil, qui cogne déjà en ce milieu de matinée, plus d’une centaine de partisans du Président répondent rapidement à l’appel. L’organisation semble rodée : des pick-up apportent drapeaux et immenses pancartes, qui appellent à mettre Barack Obama en prison, accusent la présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi de mettre «l’Amérique en dernier» et «les illégaux en premier», ou dépeignent Donald Trump en Rambo ou Rocky. Mégaphone en main, un quinqua en short noir et chapeau blanc de cow-boy donne parfois quelques consignes, harangue les troupes, et demande à rapprocher à l’avant les voitures aux klaxons les plus bruyants.

Car l’objectif est double : occuper le terrain - physiquement et médiatiquement - et faire le maximum de bruit dans l’espoir de perturber le meeting de Kamala Harris. Arrivée par une entrée secondaire, sans que l’on sache si la présence bruyante des partisans de Trump devant la principale y est pour quelque chose, la sénatrice s’exprime à environ 200 mètres de là, dans un hangar sous lequel ont été alignées une centaine de voitures dont les conducteurs sont priés de ne pas s’éloigner et ne pas retirer leur masque. Les klaxons et les cris des trumpistes, qui réclament à tue-tête «Four more years» pour leur président, ont-ils parasité le meeting démocrate ? Impossible à dire : nous n’avons pas pu y assister.

Alors au milieu de la petite foule trumpiste, la discussion s’engage. Car ils ont beau haïr et dénigrer les médias «fake news» américains, CNN et New York Times en tête, cibles récurrentes de l’ancien magnat de l’immobilier, ses partisans restent, avec les reporters étrangers, d’une amabilité et disponibilité remarquables. Cristina, la trentaine, tee-shirt et casquette Trump, short aux couleurs du drapeau américain et pancarte «Trump, la loi et l’ordre», se lance dans l’éloge du Président : «Donald Trump a fait un boulot merveilleux pour notre police, pour notre armée. Je viens d’une famille de militaires. Il a ramené à la maison des milliers de soldats. Il a donné aux autres l’équipement et les moyens pour mener à bien leur mission. Il a fait revenir le patriotisme à la Maison Blanche. Il ne veut pas du socialisme ou du communisme, comme Biden et Obama.»


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Cristina lors d'un rassemblement de supporters de Trump à Orlando (Floride), le 19 octobre 2020. Cristina lors d'un rassemblement de supporters de Trump à Orlando (Floride), le 19 octobre 2020. Pour Cristina, Donald Trump est le candidat de «la loi et l’ordre». 

La parole est libre, sans filtre, même si l’homme au chapeau de cow-boy semble veiller au grain. Jeremy et Stephen, ouvriers du bâtiment, disent avoir eu vent du rassemblement «sur les réseaux sociaux». Un rassemblement spontané ? Peu probable, tant toutes les facettes que le camp républicain veut mettre en avant sont soigneusement représentées : les «voix noires pour Trump», les «Latinos pour Trump», les «femmes pour Trump», les militants anti-avortement, les défenseurs des armes et du second amendement.

Stephen, grand gaillard en tee-shirt rouge, crâne rasé et barbe de trois jours soigneusement taillée, porte un drapeau double face : sur l’une, Trump en Rambo, lance-roquettes à la main ; sur l’autre, un fusil semi-automatique AR-15 blanc sur fond noir avec, en lettres capitales, un message de défi : «Come and Take it» («Viens le chercher»).

Fervent partisan de Donald Trump, Jeremy redoute qu'une administration Biden cherche à confisquer les armes des Américains. Le 19 octobre à Orlando (Floride) Fervent partisan de Donald Trump, Jeremy redoute qu'une administration Biden cherche à confisquer les armes des Américains. Le 19 octobre à Orlando (Floride) Fervent partisan de Donald Trump, Jeremy ne croit pas à une possible victoire de Joe Biden.

Alors que beaucoup s’inquiètent d’une possible réaction violente de certains partisans armés de Trump en cas de défaite le 3 novembre, le trentenaire réplique posément : «Trump va l’emporter encore plus largement qu’en 2016. Des millions de gens ont rejoint le mouvement.» A ses côtés, Jeremy ajoute : «Joe Biden ne génère aucun enthousiasme. Vous n’avez qu’à regarder en face, il n’y a personne.»

«Le jour et la nuit»

Sur le trottoir d’en face, de l’autre côté d’un terre-plein central qui fait figure de mur imaginaire entre ces deux Amériques incapables de se parler, car évoluant dans ses sphères cognitives étanches, trois militants démocrates font en effet de la résistance. Dont un duo de femmes qui vient de faire connaissance, Heather, photographe à la retraite, et Kelsey, mère au foyer de 33 ans venu avec son petit garçon.

Heather espérait assister au discours de Kamala Harris, mais n’a pas pu y accéder. Elle explique comprendre à la fois les restrictions et la discrétion qui entourent la campagne démocrate. «S’ils avaient annoncé cet événement sur Facebook, il y aurait eu dix fois plus de partisans de Trump, ainsi que des milliers de soutiens de Biden, dit-elle. Leur objectif est d’éviter tout rassemblement massif susceptible de propager le virus, menacer la population et engorger les hôpitaux. En tant que citoyenne, je trouve cela rassurant, car cela montre que les dirigeants que nous espérons voir au pouvoir en janvier se soucient des gens. Et croyez-moi, le fait que nous ne soyons que trois ce matin face à eux n’est en aucun cas révélateur d’un manque d’enthousiasme dans notre camp.»

Heather et Kesley, supportrices du duo démocrate Joe Biden - Kamala Harris, le 19 octobre 2020 à Orlando (Floride) Heather et Kesley, supportrices du duo démocrate Joe Biden - Kamala Harris, le 19 octobre 2020 à Orlando (Floride) Face au risque sanitaire, Heather et Kesley comprennent la campagne très limitée du camp démocrate.

En regardant d’un œil inquiet, mais sans le moindre mépris, la centaine de partisans du milliardaire qui crient et chantent, sans masque, ni distanciation, Kelsey y voit l’incarnation du choix manichéen qui s’offre, selon elle, à l’Amérique. «C’est le jour et la nuit», estime la trentenaire, qui dit avoir voté Biden dès la semaine dernière par courrier pour des «raisons élémentaires : la dignité, le respect des autres, et la croyance dans la science et dans les faits».

Un SUV passe à la hauteur des deux femmes. «Loser», leur lance le conducteur, un homme d’une cinquantaine d’années, d’un regard assassin. «Peace, my friend», réplique aussitôt Heather. Silencieuse, Kelsey sourit. Puis conclut : «Par le passé, je me serais énervée. Mais grâce à eux, je suis devenue une meilleure personne, plus apaisée. Je ne leur souhaite que du bien.»

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