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Face au coronavirus, l’aveuglement de Trump conduit les Etats-Unis au fiasco

logo de L’Obs L’Obs 06/03/2020 Philippe Boulet-Gercourt
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CARNET DE CAMPAGNE. Pendant des semaines, Donald Trump s’est vanté d’avoir empêché le coronavirus d’envahir les Etats-Unis, en fermant les frontières. Pendant ce temps, l’Amérique négligeait de se préparer. Le fiasco, aujourd’hui, met en danger sa réélection.

Il est maintenant clair, aux yeux de la plupart des Américains, que la réponse de Donald Trump à la crise du coronavirus est, pour parler gentiment, inadéquate. Ce n’est pas nous qui le disons mais le « Wall Street Journal » de Rupert Murdoch, un allié du président :

« Il a par moments semblé obscurcir le message de l’administration, en minimisant les risques et en relayant des informations incorrectes ou contredites par d’autres officiels. Il a aussi donné plusieurs versions de la sévérité de la crise. »

On ne sait plus où piocher : son « pressentiment » que le taux de mortalité était bien inférieur à l’évaluation de l’OMS, la promesse de son administration (démentie le surlendemain) de procurer des millions de tests, sa certitude, le 26 février, que le nombre de personnes infectées aux Etats-Unis serait « proche de zéro » d’ici à quelques jours… L’incompétence devient plus manifeste chaque jour, elle risque de se transformer en problème politique sérieux si elle persiste. Et en danger pour l’élection présidentielle de novembre.

Mais le comportement de Trump face à la crise a mis en évidence une autre facette de sa personnalité : sa xénophobie obsessionnelle.

« Presque étanche »

Comme le détaille une excellente enquête de « Time », l’énorme retard à l’allumage pris par cette administration s’explique par l’attention exclusive qu’elle a porté à la fermeture des frontières au lieu de préparer le pays à ce qui allait, à coup sûr, devenir une pandémie.

Non seulement Trump ne le nie pas mais il s’en vante et cherche à en tirer parti, politiquement. « Nous avons des frontières solides », expliquait-il lundi 2 mars lors d’un meeting en Caroline du Nord, et « nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher les personnes malades et infectées de venir dans notre pays ». Sa décision de limiter dès la fin janvier les vols depuis la Chine, dit-il, est une « réponse forte aux mondialistes marginaux qui préféreraient garder nos frontières ouvertes ».

Ses conseillers se sont fait l’écho de cette mentalité-forteresse. Par exemple son conseiller économique Larry Kudlow, qui affirmait le 25 février, contredisant le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) :

« Nous avons contenu [le virus]. Je ne dirais pas que c’est complètement étanche mais ça l’est presque ».

Le fait de limiter les mouvements de population et les rassemblements n’est pas une mauvaise idée en soi, évidemment. Cela peut ralentir la progression du virus de quelques jours ou quelques semaines, tout au plus. Mais au bout du compte, « ces restrictions au voyage seront absolument futiles », estime Nathan Grubaugh, épidémiologiste à la Yale School of Public Health.

Un mois de perdu

Il suffisait à l’administration d’interroger les spécialistes pour le savoir. « Vu les caractéristiques de ce virus, nous savions depuis le début qu’il n’était pas susceptible d’être contenu »,indique Luciana Borio, conseillère biodéfense à la Maison-Blanche de 2017 à 2019. Une analyse génomique du virus dans la région de Seattle a d’ailleurs montré que l’infection remontait à la mi-janvier, soit deux semaines avant l’arrêt des vols depuis la Chine.

Trump aurait aussi pu lire les journaux. Dès le 28 janvier, Luciana Borio et d’autres experts sonnaient l’alarme dans les médias. Une tribune, intitulée « Agir maintenant pour prévenir une épidémie américaine », indiquait en détail les mesures à prendre pour préparer les agences fédérales et hôpitaux à la crise.

Au lieu de quoi Trump et son équipe se sont enfermés dans cette mentalité de forteresse qui est la leur depuis le premier jour, perdant un mois précieux. Au début de la semaine qui vient de s’achever, environ 500 Américains avaient été testés. Ce week-end, promettent les autorités, 75 000 tests de détection devraient être disponibles. Pour un pays de 327 millions d’habitants.

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