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Italie : Matteo Salvini est-il fini ?

logo de 20 Minutes 20 Minutes 03/10/2020 Jean-Loup Delmas

Jadis homme fort de l’Italie et incontournable de la politique de la Botte, Matteo Salvini semble à bout de souffle. Que s’est-il passé pour le leader de la Ligue ?

Matteo Salvini n'a plus le vent en poupe © Mauro Scrobogna/AP/SIPA Matteo Salvini n'a plus le vent en poupe POLITIQUE - Jadis homme fort de l’Italie et incontournable de la politique de la Botte, Matteo Salvini semble à bout de souffle. Que s’est-il passé pour le leader de la Ligue ?

« Le plus dur n’est pas d’atteindre le sommet, mais d’y rester », paraît-il. Si Matteo Salvini ignorait ce dicton, sa carrière politique est en train de l’illustrer pour lui. Jadis homme fort de l’Italie , capable de faire la pluie et le beau temps au gouvernement avec sa double casquette de vice-président du Conseil et de ministre de l’Intérieur de juin 2018 à septembre 2019, le trublion de (l’extrême-)droite et le leader de la Ligue semble marquer le pas. Constat d’autant plus féroce ce samedi, jour de son procès pour « abus de pouvoir et de séquestration de personnes », lorsqu’il avait bloqué, à l’été 2019, 116 migrants à bord d’un navire des garde-côtes italiens durant plusieurs jours.

Certes, le procès a été reporté ce matin, maigre bouffée d’oxygène pour un homme qui semble à bout de souffle. Il n’empêche, entre ce procès et la déroute des élections régionales, la forme politique de Matteo Salvini n’est pas au beau fixe.

Pêché d’orgeuil et manque de concret

Comment l’expliquer ? « Matteo Salvini s’est fait connaître par ses déclarations extrêmement vigoureuses et violentes, mais cela s’est essoufflé en raison de son manque de résultat concret par rapport à ses promesses. Les Italiens ont fini par se dire que c’était bien gentil, son occupation des réseaux sociaux ou ses discours tonitruants, mais que dans les faits, il ne se passait pas grand-chose », souligne Ludmila Acone, docteure en histoire de l’Italie.

Pour Marc Lazar, professeur des universités en histoire et sociologie politique, spécialiste de l’Italie, la fin de l’ascension débute à l’été 2019 par un péché d’orgueil. Fort de ses résultats historiques aux européennes et de sa cote de popularité record, Matteo Salvini demande à dissoudre les chambres du Parlement italien, pour s’arroger encore plus de pouvoir. Pari manqué puisqu’il y perdra au contraire sa place au gouvernement. Marc Lazar développe : « Cela l’a directement mis dans une position affaiblie, puisqu’il ne disposait plus d’autant de pouvoir et surtout de présence médiatique, n’appartenant plus au gouvernement. Or, sa force première venait de sa médiatisation. Il est en campagne permanente pour lui et son parti. »

Un discours anti-migrants qui ne passe plus

Ensuite, Matteo Salvini s’est fait doubler dans ses thèmes chers par meilleure que lui. Giorgia Meloni, présidente des Frères d’Italie (parti de droite souverainiste). Ludmila Acone, toujours : « Elle porte la parole de la droite dure avec plus de subtilité et d'esprit politique. Même si son parti est issu d’une volonté de recréer un mouvement fasciste et qu’à la base, ses adhérents sont très nostalgiques de Mussolini, elle prend soin de ne pas le rappeler tous les quatre matins. » Et niveau influence, là où Matteo Salvini en a perdu, Giorgia Meloni en a glané, devenant présidente du Parti des conservateurs et réformistes européens. « Elle applique un discours dur mais plus concret, développe Ludmila Acone, et fait moins de commentaires sur les migrants. »

Car c’est là aussi l’un des problèmes actuels de Matteo Salvini : le thème monolithique de ses discours, les migrants, est beaucoup moins porteur en période de crise sanitaire et économique pour l’Italie. « Ce n’est pas que les Italiens se sont mis à apprécier les migrants, tempère Marc Lazar. Mais c’est très loin d’être leur propriété actuellement. Leurs préoccupations fondamentales sont la santé et la préoccupation du travail, des thèmes que porte moins Matteo Salvini. »

Touché mais pas coulé

Et ce n’est peut-être même pas pour cela que le coronavirus lui aura fait le plus mal. Pendant toute la crise, Matteo Salvini s’est montré « totalement irresponsable, démagogique, inconséquent, et il a beaucoup perdu de son aura », selon le professeur d’histoire. Même après le pic de l’épidémie, sa critique directe envers le soutien financier validé par l’Union européenne a été très mal perçue. Résultat, un parti en berne et des critiques internes.

Alors, Matteo Salvini est-il fini ? Pas si vite. Déjà, il faudra attendre le résultat de son procès, souligne Ludmila Acone : « S’il le remporte et qu’il est acquitté, il jouera son rôle de victime du système, de martyr politique qui n’a fait que défendre son pays et ses frontières et qui a été jugé pour cela », prophétise-t-elle. Politiquement, s’il se fait actuellement doubler par Giorgia Meloni, il sera facile pour lui de trouver une convergence entre les deux partis pour se remettre le pied à l’étrier.

Pour Marc Lazar, l’homme fort de la Ligue a encore des atouts, a fortiori son parti : « Il reste le premier parti d’Italie d’assez loin, et la crise économique et sociale à venir profite toujours à ce genre de mouvements. Matteo Salvini n’est pas donc pas fini, et il serait bien hâtif de l’enterrer. Mais il est clairement affaibli, et n’arrive pour le moment pas à rebondir. »

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