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La Birmanie sème la zizanie à l’Asean

logo de Liberation Liberation 22/04/2021 Arnaud Vaulerin
Min Aung Hlaing en 2018. © Thet Aung Min Aung Hlaing en 2018.

C’est un cénacle où les progressistes et les démocrates ne brillent guère par leur présence et leur activisme. Et il n’est pas certain que la réunion de samedi à Jakarta change la donne. Au secrétariat général établi dans la capitale indonésienne, l’Association des Etats de l’Asie du Sud-Est (Asean) doit recevoir le général Min Aung Hlaing. L’auteur du coup d’Etat militaire du 1er février en Birmanie, renommé «meurtrier en chef» par les militants pro-démocratie, effectuera sa première sortie à l’étranger depuis le putsch. «Ce sommet inhabituel organisé par l’Indonésie – qui a des liens historiques avec les militaires birmans – offre une occasion importante pour le général Min Aung Hlaing de rencontrer les dirigeants de la région», rappelle Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem).

Sous pression et sous les critiques croissantes pour n’avoir rien fait depuis trois mois, l’Asean joue sa crédibilité. «Cette réunion ne doit pas être l’occasion pour le boucher de l’Asie d’obtenir une légitimité, commentait Charles Santiago, président des parlementaires de l’Asean pour les droits de l’homme, lors d’une conférence de presse en ligne jeudi. Il ne peut pas non plus faire partie du futur de la Birmanie. On doit lui dire : stop à la violence et aux crimes, libérez les prisonniers. Et la promesse de nouvelles élections ne doit pas être sur la table des discussions.»

«Démocratie véritable et disciplinée»

Depuis bientôt trois mois, Min Aung Hlaing n’a donné aucun signe de modération, n’a manifesté aucune volonté de négocier avec qui que ce soit. L’armée, qui s’est érigée en défenseure d’une «démocratie véritable et disciplinée», est à l’origine du chaos. Economie à l’arrêt, guerre civile, la Birmanie est un Etat en déliquescence. Si les évocations de la situation afghane ou du scénario syrien restent des comparaisons hâtives et délicates, elles permettent toutefois de saisir l’ampleur de la dégringolade birmane en moins de trois mois. Et laissent entrevoir un chaos humanitaire et sécuritaire régional si la crise devait se prolonger.

Plus de 730 Birmans ont été tués, des milliers blessés, 4 300 ont été arrêtés. La répression tous azimuts a déplacé plus de 250 000 personnes. Face aux massacres, l’Asean est restée inaudible et inactive. Depuis sa création en 1967, elle n’a «jamais été en mesure de se débarrasser de son piètre bilan en matière de droits de l’homme et de démocratie», rappelait, mercredi, Naing Khit, un éditorialiste de The Irrawaddy. Lors du coup d’Etat en Thaïlande en 2014, ou pendant les massacres contre les Rohingyas en 2016-2017, elle était paralysée. «L’Asean s’est construite sur des principes qui font que les dix Etats-membres agissent avant tout en préservant leurs intérêts nationaux. “L’Asean way” engage ces Etats à ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres», reprend Benoît de Tréglodé.

Nain diplomatique, l’Asean est à nouveau divisée. L’Indonésie, Singapour, la Malaisie, et plus récemment les Philippines, ont ouvertement critiqué le régime militaire du SAC et appelé l’organisation à des initiatives quand la Thaïlande, le Cambodge ou le Vietnam sont restés silencieux ou ambigus. L’Asean pourrait-elle suspendre l’un de ses membres pour non-respect de sa charte ?

«Ce pays appartient au peuple»

Ces derniers jours, les voix se sont multipliées pour que des représentants du gouvernement d’unité nationale (NUG) soient conviés à la réunion de samedi. Car depuis une semaine, l’opposition birmane s’est dotée d’une équipe gouvernementale après avoir constitué, dès le 5 février, le CRPH, un groupe de parlementaires résistants.

Dirigée par la conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi et le président de la République Win Myint – toujours assignés à résidence –, cette équipe gouvernementale compte «le plus grand nombre de groupes ethniques minoritaires», s’est félicité Min Ko Naing, leader de la révolution de 1988. Désignés à partir des résultats des législatives de novembre 2020, un vice-président est issu de l’ethnie Kachin, le Premier ministre est un Karen. Des ministres viennent des rangs Shan, Môn, Karen et Ta’ang. Du jamais-vu.

Ce gouvernement d’union s’est mis au travail en vue de l’instauration d’une «démocratie fédérale», comme l’écrivait dans les colonnes du New York Times, Zin Mar Aung, la nouvelle ministre des Affaires étrangères du NUG, que Libération avait rencontrée en 2015. Ils ont déchiré la constitution de 2008 écrite par les militaires pour rédiger une nouvelle et ambitieuse charte. Ils discutent d’une «armée fédérale» regroupant les nombreux groupes armés ethniques. «La Birmanie a été sous la coupe de l’armée pendant cinquante des soixante-treize années où il a été un Etat indépendant, écrivait Zin Mar Aung. Mais le pays n’appartient pas aux militaires. Il appartient au peuple.» Ce peuple qui appelle à l’aide, à la reconnaissance internationale du NUG. Et que l’Asean n’entend pas.

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