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La Chine pointée du doigt, après le départ des Kiribati du Forum du Pacifique

logo de RFI RFI 11/07/2022 Igor Gauquelin
Tarawa-Sud, capitale des Kiribatu. © Wikimedia Commons / Government of Kiribati Tarawa-Sud, capitale des Kiribatu.

Le 9 juillet, le président des Kiribati, dans la région de Micronésie, a fait savoir que son pays quittait le Forum des îles du Pacifique, le FIP. La nouvelle tombe mal, alors que les dirigeants de l'organisation régionale sont en réunion cruciale aux Fidji cette semaine, jusqu'au 14 juillet. Certains membres espèrent faire changer d'avis l'archipel, suspecté de céder à l'offensive de charme des Chinois.

Encore un pays insulaire de moins, au sein du Forum des îles du Pacifique. Les Kiribati quittent l'organisation politico-économique, et provoquent un malaise, au moment même où les dirigeants d'autres membres sont à Suva, capitale des Fidji et siège du FIP, pour évoquer les enjeux régionaux, qui sont majeurs. En toile de fond : les craintes de montée des eaux dans cette partie du monde.

Dans une lettre adressée le 9 juillet au secrétaire général, le président Taneti Maamau justifie « la décision souveraine » de son pays, qui abrite 120 000 âmes, « avec effet immédiat », par la non-nomination d'une personne issue de sa région, la Micronésie, à la tête du Forum. Plusieurs autres membres micronésiens menaçaient d'en faire de même, mais ont renoncé après un accord récent.

En février, les Palaos avaient claqué la porte, exprimant leur déception face à l'échec du candidat qui avait leurs faveurs. L'accord récemment trouvé consiste en une rotation sur le secrétariat général, explique l'AFP. La question doit être discutée pendant la réunion des dirigeants cette semaine, l'enjeu étant de voir si le FIP pourra peser efficacement sur les questions relatives à sa survie à l'avenir.

 

Les Kiribati ne se sentent pas écoutées

Fondé en 1971, le FIP regroupait 18 membres listés sur le site officiel de l'organisation. Outre les Kiribati et les Palaos, on y trouve l'Australie, les Cook, les États fédérés de Micronésie, les Fidji, la Polynésie française, Nauru, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Zélande, Niué, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Marshall, les Samoa, les Salomon, les Tonga, les Tuvalu et l'archipel de Vanuatu.

Nouvelle-Calédonie la 1ère relate que dans sa missive, le chef de l'État des Kiribati évoque le sentiment d'être mis à l'écart. Il se dit insatisfait de l'accord de Suva, signé le mois dernier, visant à rétablir l'unité politique de l'organisation, et à inciter les pays micronésiens à rester. L'accord n'a pas été signé par Tarawa-Sud – capitale des Kiribati – et a débouché sur des réformes qui passeraient mal.

Nos confrères ajoutent que le numéro un des Kiribati avait également demandé le report du sommet, qui tombait au moment de la fête nationale de son pays, le 12 juillet. Une demande, déplore-t-il, « jamais prise en compte, ni reconnue ». Le ministre des Affaires étrangères des Tuvalu, Simon Kofe, espère néanmoins que les autorités des Kiribati reconsidéreront leur décision.


Vidéo: La Chine va se "battre jusqu'au bout" pour empêcher l'indépendance de Taïwan (AFP)

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Un archipel stratégique à plus d'un titre

L'inquiétude domine, dans l'archipel des Kiribati. Ces îles sont peu élevées, et donc vulnérables face à la montée des eaux. En mai, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi s'y est rendu, dans le cadre d'une tournée régionale, signant avec plusieurs pays dix accords, portant sur différents sujets comme le climat ou l'économie, mais pas la sécurité, comme le précise Nouvelle-Calédonie la 1ère.

En revanche, un accord portant sur les questions de sécurité, Pékin en a bel et bien signé un avec les Salomon, en avril dernier. De quoi faire tiquer les États-Unis, qui ont des intérêts stratégiques majeurs dans le Pacifique, à commencer par Hawaï. Des intérêts qui, précisément, concernent la Chine, en quête d'influence pour briser l'étau des Américains et de leurs alliés.

Les Kiribati bénéficient d'une très importante Zone économique exclusive, riche en ressources et située à moins de 3 000 kilomètres de Hawaï. Pour ne rien gâter, l'archipel abrite par ailleurs une piste d'atterrissage de près de deux kilomètres, menacée par la montée des eaux. Bref, tout pour plaire à Pékin, qui pourrait aider à relever le niveau des infrastructures du pays, moyennement contrepartie.

►Lire aussi : Avec le fils Marcos, quelle posture pour les Philippines en « mer de Chine » ?

 

L'espoir qu'ils n'aillent pas « jusqu'au bout »

Australiens et Néo-Zélandais montent au front, face au risque de voir les Kiribati lâcher ce « bloc », qui se voudrait une « architecture centrale » dans la définition de la stratégie sécuritaire de la région, mais qui traverse une crise existentielle. Le chef de la diplomatie australienne dit travailler d'arrache-pied, avec les Fidji aussi, pour que les Kiribati n'aille pas « au bout de leur décision officielle de partir ».

Selon Reuters, l'Australie promettrait deux millions de dollars australiens pour subvenir à des besoins en eau potable sur place, face à la grave sécheresse, tandis que le Premier ministre néo-zélandais Jacinda Ardern a déclaré que la décision des Kiribati était « décevante », à ses yeux. D'autant que la 51e session des dirigeants du FIP est la première réunion en présentiel du Forum depuis 2019.

À l'ordre du jour initial de l'évènement, pêle-mêle : les défis socioéconomiques, climatiques, le Covid, ou les « dynamiques régionales, y compris géopolitiques ». Nous sommes en plein dans le sujet. La « Stratégie pour le continent bleu du Pacifique à l'horizon 2050 » doit être mise à jour, aussi. Les dirigeants du Pacifique devaient discuter de pêche, de thon, si toutefois l'affaire Kiribati le permet.

Les ministres devaient examiner par ailleurs « les principaux aspects du programme de travail du Forum concernant le Traité de Rarotonga et les questions d'héritage nucléaire régional », peut-on lire sur le site du forum, « y compris les intentions du Japon de rejeter des eaux usées nucléaires traitées dans l'océan Pacifique ». Le chef de la diplomatie ukrainienne devait, enfin, intervenir à distance.

►À relire : Dans le Pacifique, le passé nucléaire américain empoisonne les îles Marshall

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