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La cyberpédocriminalité internationale, un fléau qui s'est accentué depuis le début de la pandémie

logo de RFI RFI 11/11/2021 Gabrielle Maréchaux
La cyberpédocriminalité fait des ravages sur internet. © Getty Images - Peter Dazeley La cyberpédocriminalité fait des ravages sur internet.

L’échange via internet de contenus pédopornographiques n’est pas seulement une atrocité pour les enfants qui en sont victimes, c’est aussi, en Asie du Sud Est, une manne financière qui ne fait qu'augmenter, grâce notamment aux bonnes connexions, à la bonne maitrise de l'anglais et aux manques de législations internationales. Et la pandémie n'a fait qu'accroître ce phénomène.

De notre correspondante dans la région,

C'est une réalité aujourd'hui bien connue : l’Asie du Sud-Est est une région de prédilection pour les pédocriminels qui n’hésitent pas à voyager pour trouver des victimes. Mais le versant numérique de ce phénomène depuis quelques années est lui moins médiatisé : pourtant aujourd’hui, des pédocriminels, en quelques clics depuis chez eux, paient pour voir, avec un sentiment d’impunité, parfois en direct, des enfants être violés ou sexuellement agressés. Ces derniers sont le plus souvent manipulés par des complices qui exécutent les ordres de la personne qui envoie des transferts d’argent. 

La pandémie a accentué le phénomène

Depuis l’arrivée de la pandémie, les frontières sont fermées. Les pédocriminels ne peuvent donc plus voyager. Et ces violences diffusées en ligne sont en augmentation, note, depuis Bangkok, Thomas Müller, le vice-directeur exécutif de l’ECPAT, une ONG mondiale de référence en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs : « L’école est souvent l’endroit où l’exploitation d’un enfant est repérée. Avec la pandémie, les écoles sont fermées, les enfants sont enfermés chez eux, et ça n’est pas du tout un endroit sûr pour beaucoup d’entre eux. Car, malheureusement, on voit que l’exploitation sexuelle des enfants, la majeure partie du temps, est pratiquée dans la sphère intime, où personne ne se demande s’il c’est bizarre de voir un enfant trainer avec un adulte, car ils sont de la même famille ». 

Dans un rapport qui date de 2020, Interpol note également que la pandémie a ralenti les efforts de forces de l’ordre pour lutter contre ce phénomène sordide qui a donc pu prospérer. Et si les pédocriminels ne se sentent pas inquiétés, c’est aussi parce que les identifier et les arrêter est extrêmement compliqué. Un exemple récent montre bien cette réalité. Cela faisait 20 ans qu’un Malaisien de Bornéo utilisait internet et le dark web pour diffuser des images de viols et agressions sexuelles sur enfants. Avec plus de 1000 contenus postés, il était considéré comme l’un des pédocriminels les plus recherchés au monde. Mais ce n’est qu’en 2019, grâce notamment à une image postée où l’on voyait en arrière-plan l'enseigne d'un restaurant qu’il a pu être identifié, arrêté puis condamné.

Une coopération internationale rendue difficile par le manque de moyens

Et au-delà de l’anonymat que confère internet, c’est aussi le manque de coordination entre les forces de l’ordre des différents pays où se trouvent les pédocriminels qui pose problème pour Lennnon Shan, criminologue spécialiste du cybercrime en Asie du Sud-Est : « Les termes juridiques, ce qui est répréhensible ou non, tout ça diffère d’un pays à un autre, et puis dans certains pays, en voie de développement surtout, la pédocriminalité n’est pas la priorité de la police. Elle peut aussi souvent manquer de moyens et d’expertises pour lutter contre ça ». 

Les lois parfois évoluent, comme aux Philippines où l’âge de la majorité sexuelle est passée de 12 à 16 ans cette année. Mais devant la lenteur des législateurs, l’espoir de ceux qui luttent contre la cyberpédocriminalité repose aussi sur le changement de pratique de certaines entreprises, dont les manquements sont de plus en plus exposés. Ainsi l’année dernière, suite à un article du New York Times dénonçant la présence de contenu pédopornographique sur la plateforme Porn Hub, celle-ci s'est vu menacée par d'autres entreprises : MasterCard et Visa. Ne souhaitant pas être rendu complices de cyberpédocriminalité, celles-ci ont donc assuré que leurs cartes bleues ne seraient plus autorisées pour payer sur Porn Hub, la plateforme a donc fait du ménage sur son site en supprimant 80% de ses vidéos. 

En Australie, c’est la banque WestPak qui a été dans le collimateur de la justice pour avoir été très complaisante avec les virements de clients pédocriminels vers les Philippines dont la fréquence et le montant aurait dû alerter en interne.

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