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La Fed injecte en catastrophe 53 milliards de dollars de liquidités dans le système financier

logo de Le Monde Le Monde 18/09/2019 Arnaud Leparmentier

Les marchés ont été pris, mardi, dans un « orage parfait », forçant la Réserve fédérale américaine à intervenir pour la première fois depuis dix ans.

La Fed a dû injecter 53 milliards de dollars de liquidités dans le système financier pour contenir le niveau des taux d’intérêts sur le repo. © SPENCER PLATT / AFP La Fed a dû injecter 53 milliards de dollars de liquidités dans le système financier pour contenir le niveau des taux d’intérêts sur le repo.

C’est le genre de mesures d’urgence qui rappelle de mauvais souvenirs, ceux de la crise financière de 2008. La Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) a été obligée d’injecter, mardi 17 septembre dans la matinée, 53 milliards de dollars (48 milliards d’euros) de liquidités dans le système financier pour contenir le niveau des taux d’intérêts sur le repo (repurchase market).

Ce marché permet aux institutions à court de cash de trouver les fonds nécessaires pour passer la nuit, en cédant provisoirement des titres en échange, le plus souvent des bons du Trésor. Peu risquées, les opérations de repo se financent à des taux censés évoluer comme ceux de la Fed, dans une fourchette comprise entre 2 % et 2,25 %.

Mais ces taux de repo se sont brutalement tendus, atteignant 6 % lundi après midi et 10 % mardi matin. Les marchés financiers ont été pris dans ce que le Financial Times appelle un « orage parfait », forçant la Fed à intervenir pour la première fois depuis dix ans. En clair, il n’y avait plus d’argent à prix raisonnable et la banque centrale de New York a dû mettre en urgence à disposition 75 milliards de dollars de liquidités (53 milliards ont été consommés).

Moins de dollars disponibles

Les explications sont multiples : d’abord, les entreprises américaines devaient payer leurs impôts le 15 septembre, ce qui a réduit la quantité de dollars disponibles. Ensuite, le Trésor américain, dont les déficits s’envolent, a procédé à des adjudications qui devaient être réglées lundi à hauteur de 78 milliards de dollars et les banques, en les souscrivant, ont dû consommer leurs réserves en dollars. Enfin, ce même Trésor avait un niveau extrêmement bas de réserves auprès de la Fed (184 milliards de dollars le 11 septembre, contre 400 milliards en moyenne depuis 2015) et il aurait été tenté de remonter le niveau de son compte en banque après que le plafond de la dette a été relevé par le Congrès.

Ainsi s’expliquerait la crise. De source proche des banquiers centraux, on assure qu’il s’agit d’un problème technique et qu’il n’y a pas de loup caché. Les taux avaient d’ailleurs retrouvé leur niveau normal mardi après midi.

Il n’empêche, l’affaire suscite des inquiétudes, alors que la Fed clôt mercredi 18 septembre ses deux jours de réunions. Un débat s’ouvre pour savoir s’il y a assez de liquidités dans le système financier.

Nervosité des marchés

Depuis la crise de 2008, l’Institution monétaire avait acheté les créances des banques (le fameux quantitative easing) pour maintenir la liquidité sur les marchés, mais elle a depuis fait marche arrière et réduit la quantité de titres en portefeuille. Résultat, les établissements bancaires ont moins de réserves de cash disponibles auprès de la Fed (1 300 milliards de dollars contre 2 900 milliards en 2014), ce qui les rend plus vulnérables à un besoin soudain de liquidités. Les interventions de ce type étaient fréquentes avant la crise de 2008, dédramatise l’économiste français Thomas Philippon, professeur à New York Universty.

Le Financial Time explore enfin une dernière piste, celle des récents soubresauts sur le marché de l’or noir qui auraient pu créer un effet de marché. S’y ajoute le problème de l’Arabie saoudite, le royaume étant privé de recettes en dollars avec la paralysie provisoire de ses installations pétrolières. Pour honorer ses dépenses, Riyad aurait pu puiser dans ses réserves en dollars.

L’affaire montre en tout cas la nervosité des marchés financiers en dépit de la politique accommodante des banques centrales.

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