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La NRA, puissant lobby des armes, en procès à New York

logo de Liberation Liberation 08/08/2020 Philippe Coste
Wayne LaPierre, PDG de la National Rifle Association lors du rassemblement annuel du lobby à Indianapolis en avril 2019. © Lucas Jackson Wayne LaPierre, PDG de la National Rifle Association lors du rassemblement annuel du lobby à Indianapolis en avril 2019.

La procureure générale de l'Etat de New York reproche notamment au directeur de la National Rifle Association (NRA), Wayne LaPierre, d’avoir déposé pour plus de 12 millions de dollars de notes de frais en six ans. Et vise la dissolution de ce lobby, soutien financier de Donald Trump et de nombre d'élus républicains.

Le géant vacille. Et sa chute pourrait bouleverser la campagne électorale de Donald Trump. L’annonce spectaculaire par Letitia James, l’attorney general de New York, la ministre de la justice de l’Etat, d’un procès monstre contre la National Rifle Association, NRA, visant à la dissolution de cette toute puissante association de défense du droit aux armes à feu, provoque un tollé parmi les élus républicains. Quelle que soit l’issue du procès, fondé sur 18 mois d’enquête sur les malversations internes de cette association à but non lucratif, l’action en justice étrangle un groupe de pression qui avait contribué pour plus de 54 millions de dollars à la victoire de Trump en 2016, finançait à auteur de centaines de milliers de dollars les campagnes des membres républicains du Congrès, et terrorisait les élus locaux démocrates par la mobilisation quasi militaire de ses militants chaque fois qu’une restriction au sacro-saint droit aux armes était envisagée par une municipalité.

Notes de frais, jet privé et vacances aux Bahamas

Fondée en 1871 comme une simple organisation «éducative», chargée de promouvoir la sécurité dans l’usage des armes à feu, la NRA avait à l’époque déposé ses statuts à New York, ce qui explique la compétence juridique de cet Etat dans l’affaire, mais son siège social colossal de la banlieue de Washington dominait la politique américaine depuis sa radicalisation et son entrée dans le jeu électoral à partir des années 90.

Forte de 5 millions de membres et d’un budget évalué en 2017, à son apogée, à plus de 400 millions de dollars, la NRA était aussi la vache à lait de ses dirigeants et d’une coterie d’entreprises gratifiées de millions de dollars de contrats sans contrôle suffisant. La justice de New York reproche ainsi à son directeur, Wayne LaPierre, en poste depuis près de trente ans, d’avoir, en plus de son salaire, évalué entre 1,2 et 2 millions de dollars annuels, un chiffre énorme pour une association de ce type, déposé pour plus de 12 millions de dollars de notes de frais en 6 ans, transporté sa famille en jet privé aux frais de l’organisation, passé des vacances de rêve aux Bahamas à bord d’un méga yacht affrété par l’un des fournisseurs de la NRA et obtenu, entre autres, le remboursement de 12 000 dollars de frais d’hôtel de sa nièce lors d’un voyage d’agrément. Trois des collaborateurs de LaPierre sont aussi accusés d’avoir ainsi nourri leur train de vie somptuaire grâce à l’organisation.

«Chasse aux sorcières»

Donald Trump a eu tôt fait de décrire le procès en cours comme une «chasse aux sorcières politique». En attendant, l’enquête parachève le déclin de l’organisation, assaillie par les problèmes financiers depuis plus de deux ans. Le ralentissement des inscriptions, et la baisse des contributions annuelles explique déjà la discrétion de la NRA dans la campagne électorale actuelle, avec des contributions aux élus limitées à 250 000 dollars en 2020. Conséquence de la chute de son budget annuel à quelque 330 millions, un tiers de moins qu’en 2016, et des bisbilles internes aggravées par un procès civil avec l’un de ses fournisseurs, une agence de publicité qui assurait l’essentiel des campagnes politiques de la NRA.

L’organisation qui avait aussi monté une véritable chaîne de télévision et un empire commercial de produits dérivés, souffre de son image radicale, réduite à un argument de marketing qui ne lui permet plus de poursuivre son expansion. Trump peut compter sur les militants outrés du mouvement pour aider à sa campagne, mais les fonds ne seront pas aux rendez-vous pour faire pencher la balance en sa faveur dans les derniers mois des présidentielles.

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