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Massacre djihadiste au Nigéria : 110 morts selon un bilan revu à la hausse

logo de Le Parisien Le Parisien 29/11/2020 Le Parisien avec AFP
Les funérailles des 43 victimes découvertes samedi ont eu lieu ce dimanche 29 novembre. © AFP/Audu Marte Les funérailles des 43 victimes découvertes samedi ont eu lieu ce dimanche 29 novembre.

Jamais une attaque n'avait fait autant de victimes cette année au Nigeria. Samedi, au moins 110 civils ont été froidement tués alors qu'ils travaillaient dans leurs champs dans le nord-est du pays, selon un nouveau bilan des Nations Unies.

L'attaque s'est produite dans une rizière située à moins de dix kilomètres de Maiduguri, capitale du Borno, épicentre de l'insurrection islamiste. Elle s'est déroulée le jour des élections locales dans l'Etat, le premier scrutin organisé depuis le début de l'insurrection de Boko Haram en 2009. Depuis cette date, on dénombre plus de 36 000 tués et plus de deux millions de personnes ont dû fuir leur foyer.

« Le 28 novembre, en début d'après-midi, des hommes armés sont arrivés à moto et ont mené une attaque brutale sur des hommes et des femmes qui travaillaient dans des champs à Koshobe », a déclaré dimanche le coordinateur humanitaire de l'ONU au Nigeria, Edward Kallon.

Le communiqué de l'ONU ne mentionne pas le groupe djihadiste Boko Haram, ni sa faction dissidente le groupe Etat Islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), qui multiplient les violences dans cette région et contrôlent une partie du territoire nigérian.

« Tous ont été égorgés »

Samedi, le responsable d'un groupe d'autodéfense pro-gouvernemental avait fait état de 43 morts. « Nous avons retrouvé 43 corps sans vie, tous ont été égorgés », avait déclaré Babakura Kolo. « C'est sans aucun doute l'œuvre de Boko Haram qui opère dans la région et attaque fréquemment les agriculteurs ».

Les habitants désignent indistinctement les djihadistes de cette région comme des éléments de Boko Haram, qu'ils appartiennent à ce groupe ou à l'Iswap. Mais les djihadistes affiliés au groupe Etat Islamique sont les plus actifs dans la zone où se situe le village attaqué, affirme sur Twitter Bulama Bukarti, analyste pour l'Afrique subsaharienne à l'Institut Tony Blair.

Les 43 premières victimes ont été enterrées dimanche dans le village voisin de Zabarmari, en présence du gouverneur du Borno, Babaganan Umara Zulum, alors que les recherches d'autres victimes dans ces eaux marécageuses et difficiles d'accès se poursuivaient.

Des ouvriers agricoles venus d'un Etat voisin

Le gouverneur avait affirmé dimanche que 70 agriculteurs avaient été tués, prévenant que ce bilan pourrait s'alourdir dans les prochaines heures. Figurent notamment parmi les victimes des dizaines d'ouvriers agricoles originaires de l'État de Sokoto, à environ 1000 km à l'ouest, qui s'étaient rendus dans l'Etat de Borno pour trouver du travail dans les rizières.

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a « condamné » samedi soir « le meurtre de ces agriculteurs dévoués à leur travail par des terroristes », dans un communiqué. « Le pays entier est blessé par ces assassinats insensés », a-t-il ajouté.

Le mois dernier, 22 agriculteurs avaient déjà été tués dans leurs champs, non loin de Maidiguri. Les agriculteurs, pêcheurs ou bûcherons sont régulièrement pris pour cibles par les djihadistes, qui les accusent de transmettre des informations à l'armée ou de ne pas payer « l'impôt » djihadiste, obligatoire pour exercer une activité économique dans certaines zones du Borno.

Deux millions de déplacés, une crise alimentaire

Depuis plusieurs mois, les autorités encouragent les personnes déplacées à retourner dans leur village, affirmant qu'il n'est plus possible financièrement de les prendre en charge dans des camps protégés par l'armée et où ils vivent de distributions alimentaires.

Les quelque deux millions de déplacés du conflit n'ont plus accès à leurs champs et dépendent presque entièrement de l'aide humanitaire pour survivre mais un nombre d'entre eux ont regagné leurs villages, dans des opérations de relogement organisés par l'Etat du Borno.

Ces communautés rurales sont « confrontées à des épreuves indicibles. Les aider à cultiver des terres et à reconstruire leurs moyens de subsistance […] constitue le seul moyen d'éviter une crise alimentaire imminente dans l'État de Borno », a mis en garde l'ONU dans son communiqué.

Le conflit qui dure depuis plus de dix ans a créé une crise humanitaire dramatique, récemment aggravée par de mauvaises récoltes et les restrictions liées au coronavirus.

Environ 4,3 millions de personnes ont été victimes d'insécurité alimentaire en juin 2020, durant la période de soudure. L'ONU prévoit que ce chiffre augmente de 20 % l'année prochaine à la même saison.

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