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Qui sont les «Men in Black», ces militants danois «coronasceptiques» ?

logo de Le Figaro Le Figaro 01/03/2021 www.lefigaro.fr
Environ 1200 manifestants masqués samedi 27 février, à Copenhague. © MADS CLAUS RASMUSSEN / AFP Environ 1200 manifestants masqués samedi 27 février, à Copenhague.

Ils sont cagoulés, masqués et se donnent rendez-vous sur Facebook chaque samedi depuis la mi-décembre, fumigènes ou bougies en main. Environ un millier de «Men in Black» - les hommes en noir - réclame avec constance la fin des mesures sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19 au Danemark. La plupart des manifestations se font dans le calme à Copenhague, mais certains dérapages sont régulièrement constatés.

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Samedi 27 février, avec 1200 participants, le cortège était plus fourni qu'à l'accoutumée dans les rues de la capitale danoise. Cette fois-ci, huit personnes ont été arrêtées pour avoir visé les forces de l'ordre avec des feux d’artifice. «Liberté pour le Danemark» scandaient les militants, fumigènes en main. «Si cette maladie est si dangereuse, pourquoi n'y a-t-il pas plus de morts?», s'insurgeait un manifestant «coronaseptique». Ils se mobilisaient contre le prolongement de la plupart des restrictions en vigueur jusqu'au début du mois d'avril: les bars et les restaurants, entre autres, resteront fermés.

© RITZAU SCANPIX / REUTERS

L'autre motif d'inquiétude des manifestants est la mise en place d'un «coronapass» numérique, une application mobile qui permet de prouver sa vaccination à l'aide d'un QR code, d'abord pour les voyages à l'étranger et à terme pour aller au restaurant, dans les stades ou dans d'autres lieux publics. «Le parlement a adopté une loi épidémique qui peut nous priver de nos droits constitutionnels, s'alarmait la semaine dernière le mouvement sur sa page Facebook, dans un inventaire à la Prévert. Il y a maintenant la possibilité de privation de liberté, de tests forcés (aussi pour nos enfants), d'isolement forcé, de traitement forcé, de vaccins forcés, la possibilité d'une surveillance intensive et d'enregistrement des citoyens...».

«Anonymous» et hooliganisme

Pour Eric Sadin, philosophe spécialiste des révoltes liées aux réseaux sociaux, ce mouvement s'appuie sur un postulat très répandu depuis un an dans le monde. «La crise du coronavirus serait un formidable moyen de soumettre le peuple en amplifiant les procédés de surveillance. C'est grotesque mais les choses sont gérées de façon très pyramidales. Ainsi, tout va très vite dans cette période où les affects sont à la limite de l'implosion et les réseaux sociaux permettent de relayer très vite de les opinions», confie l'auteur de l'essai L'ère de l'individu tyran, la fin d'un monde commun.

Difficile à situer politiquement, le mouvement se réclame du «peuple», emprunte à l'imaginaire des «Anonymous» et au hooliganisme. Il rassemble un public surtout masculin. Le cofondateur Morten Jakobsen, barbe bien taillée et raie sur le côté, est sorti récemment de son anonymat dans les médias pour défendre la voix de ces militants. Il ne veut pas être présenté comme le chef de file, comme chez les «gilets jaunes», il s'agit plutôt d'un groupuscule sans leader qui se veut égalitaire. Tout comme ceux du mouvement français, les militants veulent aussi éviter une récupération politique. Ils ont refusé que Rasmus Paludan, politicien d'extrême-droite, ne rejoigne la manifestation.

Morten Jakobse n'a de cesse de fustiger une «campagne de peur» du gouvernement danois, dont les médias seraient les «complices». Le mouvement est parfois accusé d'être un agrégat de repris de justice. «Ces voyous se battent pour notre liberté à tous», rétorque, ironique, Morten Jakobsen au journal danois Politiko. Fin janvier, les «Men in Black» s'étaient fait connaître en brûlant un mannequin à l'effigie de la première ministre social-démocrate Mette Frederiksen. Dans un pays peu habitué aux mouvements sociaux, ils avaient choqué l'opinion.

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Le mouvement «Men in Black», contrairement à d'autres groupuscules danois complotistes, ne nie pas l'existence du coronavirus. Il questionne sa dangerosité. «Les statistiques sont trompeuses parce que les personnes qui meurent avec le Covid-19 dans leur corps peuvent être atteintes d'autres maladies : grippe, pneumonie...» «Pourquoi considère-t-on que les gens ne doivent pas mourir du coronavirus mais ont le droit de décéder de tout le reste?», explique le cofondateur. Ils fustigent donc l'ampleur de la réponse des autorités, notamment économique, déployée sur la crise sanitaire. Et réclament la démission du gouvernement. «La dette... Les entreprises... Le travail de redressement du pays sera bien pire que [la lutte contre] la maladie», pointe-t-il.

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