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TRIBUNE. L'avocat de Carlos Ghosn révèle les "scandales de l'affaire"

logo de leJDD leJDD 31/08/2019 Redaction JDD
François Zimeray, avocat de Carlos Ghosn dénonce "l'absence de justice" pour son client. Il accuse le procureur japonais de "violations des droits de l'homme" et de "collusion aveuglante" avec Nissan et les autorités japonaises. Retrouvez sa tribune dans le JDD.  © Reuters

François Zimeray, avocat de Carlos Ghosn dénonce "l'absence de justice" pour son client. Il accuse le procureur japonais de "violations des droits de l'homme" et de "collusion aveuglante" avec Nissan et les autorités japonaises. Retrouvez sa tribune dans le JDD

Voici la tribune de François Zimeray, avocat de Carlos Ghosn. L'ex-PDG de Renault-Nissan, arrêté une première fois en novembre 2018 pour détournement de fonds, est actuellement assigné à résidence au Japon. Son avocat dénonce "une absence de justice" : "En apportant mon concours à la ­défense de Carlos Ghosn, alors ­incarcéré au Japon, j'avais déjà quelque idée de cette justice de l'extrême que l'ONU et les ONG nomment "système de l'otage". Dans le passé m'étaient parvenus des témoignages poignants de familles de condamnés à mort qui avaient dû rembourser la corde à l'État japonais pour pouvoir ­récupérer le corps de leurs suppliciés. Dans un système où 99% des inculpés sont condamnés, je savais bien que ce serait une défense particulière. Je partais donc sans illusion. Mais je n'y étais pas. Il m'a fallu du temps pour réaliser que la question ne serait pas celle des abus de la justice japonaise mais de l'absence de justice tout court, tant est féroce la guerre économique que se livrent les États, ici pour reprendre le contrôle d'une entreprise nippone passée sous domination française.

Ce que j'observe depuis dix mois, c'est l'inversion de toute logique de justice : d'abord, on vous emprisonne, on tente de vous faire avouer, puis l'on cherche tous azimuts de quoi vous pourriez bien être coupable. Peut-on accepter que depuis son arrestation M. Ghosn et sa défense n'ont toujours pas accès au dossier? Comment se défendre dans ces conditions? Au nom de quel lâchage et de quelles lâchetés accepte-t-on si facilement l'abandon des principes que nous nous plaisons à rappeler au monde?

Le temps est venu de dénoncer avec force les scandales de cette affaire où tout semble permis au procureur japonais pour qui l'enjeu est autant de ne pas perdre la face que de dynamiter la tutelle française sur Nissan en protégeant ses actuels dirigeants avec qui a été passé un accord secret. Il est temps de dénoncer les violations des droits de l'homme dont ce ­magistrat s'est rendu coupable, ses graves manquements au devoir d'impartialité comme sa collusion aveuglante avec Nissan et les autorités politiques du pays.

Tout a été fait pour enraciner, avant son procès, l'idée de la culpabilité de Carlos Ghosn, notamment la ­distillation dans la presse de "confidences" ­systématiquement à charge et ne laissant aucun doute possible sur leur origine : le procureur de Tokyo. Au nom de quelle raison d'État se permet-il encore aujourd'hui de ­harceler M. Ghosn par une surveillance et une filature permanente?

Comment une démocratie peut-elle accepter qu'un couple soit privé de tout contact depuis 150 jours par vengeance sur l'épouse qui a eu raison de dénoncer les dérives d'un système, le procureur osant l'argument : "Elle a alerté les chefs d'État et l'opinion publique… Il n'y a pas moyen de la faire taire."

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En France, les grands principes n'ont pas résisté longtemps à la quête de bonne conscience, primant celle de la vérité.

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En France, les grands principes n'ont pas résisté longtemps à la quête de bonne conscience, primant celle de la vérité. Alors que Carlos Ghosn était arraché à la liberté, et sans attendre d'y voir clair, le conseil d'administration de Renault a privé son ancien dirigeant de ses droits à rémunération et retraite. Un audit a été lancé dont des extraits ont été répandus avant même que le principal intéressé n'ait été appelé à se justifier.

Autant de manières d'éluder les vraies questions : qui peut croire que ceux qui agissent depuis des années au cœur de la direction de l'entreprise seraient de simples lanceurs d'alerte? Au nom de quelle gouvernance renonce-t-on à interroger Nissan sur ce que coûtent des poursuites qui visent d'abord à "rejaponiser" l'entreprise et à permettre à son dirigeant actuel de sauver sa face et sa liberté? On peut continuer à détourner le regard, à faire comme si tout cela était normal. J'affirme que le traitement réservé à notre compatriote est discriminatoire. J'affirme que ce qui se déroule sous nos yeux n'a rien à voir avec la justice et que cet acharnement d'exception compromet la possibilité d'un procès équitable."

François Zimeray, avocat de Carlos Ghosn

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