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Tunisie : l’irruption de policiers pendant le show d’un humoriste fait polémique

logo de Le Parisien Le Parisien 09/08/2022 Le Parisien avec AFP
Le comédien et humoriste tunisien Lotfi Abdelli a fait part sur son compte Facebook de son intention de quitter la Tunisie. (Illustration). AFP/Fethi BELAID © AFP/Fethi BELAID Le comédien et humoriste tunisien Lotfi Abdelli a fait part sur son compte Facebook de son intention de quitter la Tunisie. (Illustration). AFP/Fethi BELAID Des policiers ont tenté d’interrompre le spectacle de l’humoriste tunisien très populaire Lotfi Abdelli, arguant d’« une atteinte aux bonnes mœurs », suscitant la polémique et la crainte d’un retour de la censure en Tunisie comme à l’époque du dictateur Ben Ali. Alors que l’humoriste et acteur Lotfi Abdelli, 52 ans, se produisait sur scène dimanche lors d’un festival à Sfax (centre-est), des policiers qui assuraient la sécurité ont tenté d’arrêter le spectacle après une scène dans laquelle il critiquait les autorités et la police, en faisant plusieurs doigts d’honneur. Lotfi Abdelli a alors pris à témoin le public pour dénoncer le comportement « hostile » de « trois policiers » qu’il a accusés d’avoir jeté des bouteilles d’eau dans sa direction. Il a pu terminer tout de même son spectacle. Pour justifier le comportement des agents, un syndicat de police a partagé mardi sur sa page Facebook « la scène du spectacle qui nous a irrités », se disant « désolé » de publier « de « telles futilités » et « bêtises ».

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Deux policiers ont déposé une plainte contre Lotfi Abdelli à Sfax pour « atteinte aux bonnes mœurs », a indiqué mardi un responsable au ministère de l’Intérieur. Il a tenu à préciser que les déclarations du syndicat « ne représentent en aucun cas la position officielle des autorités ou du ministère de l’Intérieur ». La « position (du ministère) n’est délivrée que par ses structures officielles » et « son devoir est de veiller à ce que les citoyens exercent les libertés publiques et individuelles dans le cadre de ce qui est autorisé par la loi », a affirmé le ministère dans un communiqué. Sur les réseaux sociaux, de nombreux de Tunisiens ont critiqué l’attitude des policiers et rejeté toute influence sur le contenu des spectacles. Ils ont également exprimé leurs craintes d’un retour à la « répression » des libertés en Tunisie, alors que les spectacles satiriques comme celui de Lotfi Abdelli n’étaient pas autorisés sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011.

Vidéo: Des policiers ont tenté d'interrompre le spectacle de l'humoriste tunisien très populaire Lotfi Abdelli, arguant d'"une atteinte aux bonnes moeurs (Dailymotion)

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L’humoriste a annoncé sur Facebook qu’il quittait définitivement le pays : « Vous avez volé le peu d’espoir que j’avais ».

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Pour l’avocat et militant des droits humains Bassem Trifi, « la censure exercée par la police est une agression contre la liberté d’expression, la liberté d’opinion et la liberté des médias garanties dans la Constitution de 2022 » , à peine adoptée lors d’un référendum auquel l’humoriste avait ouvertement voté « oui », du reste.

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Sur Facebook, il a qualifié l’irruption des policiers de « précédent dangereux », estimant que le ministère de l’Intérieur n’a pas adopté « des sanctions suffisamment rigoureuses » face au comportement des policiers. « Quand un groupe de sécuritaires décide de ce qui est présenté (en spectacle), sache que tu es dans un État policier ». Des journalistes agressés Le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a pour sa part dénoncé « des agressions » contre des journalistes qui filmaient « l’attaque d’un policier syndicaliste contre Lotfi Abdelli ». Depuis 2011, les policiers ont le droit de s’organiser en syndicats. Après le coup de force du président Kaïs Saïed qui s’est arrogé les pleins pouvoirs il y a un an, des ONG et des représentants de la société civile ont mis en garde contre un possible recul des libertés dans le pays.
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